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CANNES 2023 | Le formidable palmarès de cette 76e édition

Samedi 27 mai : Jour de palmarès

Jour de reprise sur la Croisette, souvent synonyme pour la majorité des festivaliers de départ de la Côte d’Azur. Après douze jours de célébration du septième art (nous étions au rendez-vous) et d’événements mondains (moins notre came), le festival de Cannes allait livrer son verdict. Tandis que nos rédacteurs encore présents pour quelques heures sur place se prêtaient au jeu des pronostics du coeur, des premiers prix étaient décernés : la Palm Dog à Snoop (le chien d’Anatomie d’une chute) et la Queer Palm à Monster d’Hirokazu Kore-eda.

La nomination de Ruben Östlund n’avait pas suscité une franche adhésion dans nos rangs, son cinéma bulldozer peinant désormais à complètement nous convaincre. Pour autant, les meilleurs présidents ne sont-ils pas ceux qui façonnent les meilleurs palmarès ? À cet exercice, le Suédois semble avoir été bien plus pertinent, déroulant un palmarès (pour une fois) très cohérent et consacrant les meilleurs films de la compétition.

Justine Triet palmares

Quelle ne fut pas notre joie que de voir la 76e Palme d’Or attribuée à la réalisatrice française Justine Trier pour son magistral Anatomie d’une chute ? Révélée avec La Bataille de Solférino, puis Victoria, la cinéaste confirmait avec Sibyl, présentée déjà en compétition cannoise. Avec son quatrième long métrage, elle est ainsi consacrée pour son plus grand film.

« Justine Triet signe le grand film de cette compétition cannoise. Captivant à bien des égards, si éloquent et intelligent dans ce qu’il dit de la violence sexiste, biphobe et sociétale de notre époque, le film est une grande réussite sur tous les plans : mise en scène, écriture, direction d’acteurs, montage, son, interprétations. Toute la distribution est un sans-fautes et, à sa tête, Sandra Hüller est démente ! » selon Thomas Périllon.

Fabien Randanne ne tarit pas d’éloges non plus : « Anatomie d’une chute est passionnant par ses multiples dimensions de la description factuelle du processus d’une enquête et d’un procès, au bouleversement intime et questionnements (les mêmes que celui du public) d’un enfant amené à se positionner. Une autre dimension, peut-être moins évidente, m’a passionné : la manière dont le film est travaillé par la tension entre l’hétéronormativité et tout ce qui n’y souscrit pas. Et sa manière de montrer, sans jamais le surligner, le poids du patriarcat. »

Justine Triet et Sandra Hüller

Il y a quelques jours, à l’issue de sa présentation, Antoine Rousseau livrait une analyse très juste dans sa critique : « De l’écriture à la mise en scène, sa réalisation ample fait preuve d’une maitrise impressionnante qui joue constamment avec les attentes et frustrations de son public, sans jamais prendre ce dernier pour un imbécile. Bien au contraire, le duo Triet-Harari invite le spectateur à se montrer proactif et, à l’instar de ses personnages, faire (ou non) le choix de croire. »

Le nom de Justine Triet a donc été annoncé comme grande lauréate de la Palme d’Or, seulement la troisième réalisatrice dans l’histoire du festival à recevoir cette distinction. Après avoir remercié ses partenaires et salué le talent de son co-scénariste Arthur Harari et de sa comédienne principale Sandra Hüller, Triet a livré un discours très fort et politique : « Le pays a été traversé par une protestation historique extrêmement puissante et unanime de la réforme des retraites. Cette contestation a été niée et réprimée de façon choquante, et ce schéma de pouvoir dominateur de plus en plus décomplexé éclate dans plusieurs domaines. Socialement, c’est là ou c’est le plus choquant, mais on peut aussi voir ça dans toutes les autres sphères de la société, et le cinéma n’y échappe pas. » Une grande dame de cinéma qui n’en oublie pas que l’art est politique. Comme le résume si bien Fabien Randanne, le meilleur plot-twist de ce Cannes 2023, c’est qu’il a commencé par une ovation debout pour Johnny Depp et s’achève par le triomphe de son opposé : l’avenir du cinéma et l’expression d’une conscience politique.

Jonathan Glazer Cannes

De son côté, The Zone of Interest, qui faisait figure de favori depuis plus d’une semaine, a reçu le prestigieux Grand Prix. « En adoptant un contrechamp inédit à l’horreur de la Shoah, The Zone of Interest ose s’approcher au plus près de la banalité du mal. Rarement un film aura atteint un tel objectif avec autant d’audace visuelle et narrative. Une œuvre difficile et sans concessions qui laisse son spectateur sans voix, jusqu’à sa déroutante conclusion. » affirmait Antoine Rousseau il y a quelques jours.

Le reste du palmarès est parfaitement équilibré et met en lumière les talents des artistes présenté.e.s lors de cette édition. Ainsi, Kōji Yakusho (Perfect days) et Merve Dizdar (Les herbes sèches) ont été récompensés pour leur interprétation, tandis qu’Hirokazu Kore-eda et Sakamoto Yuji ont récupéré un très légitime Prix du Scénario. Aki Kaurismäki, absent de la cérémonie, a reçu le Prix du Jury et Trân Anh Hùng celui de la mise en scène. Notons enfin le très beau choix de la Caméra d’Or dévoilé par Anaïs Demoustier, remis au magnifique L’arbre aux papillons d’or, « un film rare et puissant qui atteste de la naissance d’un auteur avec un style d’une telle maturité et une telle assurance qu’on le croirait déjà confirmé avec un style d’une grande classe » selon Florent Boutet.

Notons enfin, pour être complet, que du côté des courts métrages, la Palme d’or a été décernée à 27 de Flora Anna Buda et la mention spéciale à FÀR de Gunnur Martinsdóttir Schlüter.


Palme d’or
ANATOMIE D’UNE CHUTE
réalisé par Justine TRIET

Grand Prix
THE ZONE OF INTEREST
réalisé par Jonathan GLAZER

Prix de la Mise en Scène
TRÂN ANH Hùng
pour LA PASSION DE DODIN BOUFFANT

Prix du Jury
LES FEUILLES MORTES
réalisé par Aki KAURISMÄKI

Prix du Scénario
SAKAMOTO Yuji
pour MONSTER réalisé par KORE-EDA Hirokazu

Prix d’Interprétation Féminine
Merve DIZDAR
dans LES HERBES SÈCHES réalisé par Nuri Bilge CEYLAN

Prix d’Interprétation Masculine
Kōji YAKUSHO
dans PERFECT DAYS réalisé par Wim WENDERS

Caméra d’Or
L’ARBRE AUX PAPILLONS D’OR
de THIEN AN PHAM
Quinzaine des Cinéastes


Vendredi 26 mai : Jour 11

Ultime journée de compétition sur la Croisette. Après une dizaine de jours de projections, à se chahuter les places en rafraîchissant les pages de la billetterie électronique, les festivaliers découvraient les derniers films de la compétition officielle. Après sa présentation mondiale en soirée, L’été dernier de Catherine Breillat avait droit à sa traditionnelle séance du lendemain. Pour Florent Boutet, « si l’on doit reconnaître au film une qualité hors du commun dans ses cadres et dans la composition de ses plans, c’est au service d’un regard et d’un point de vue extrêmement dérangeant« .

Ce vendredi 26 mai marquait la fin de la compétition avec la présentation des deux derniers longs métrages en compétition, par des cinéastes déjà honorés à Cannes. Tout d’abord, Alice Rohrwacher, couronnée du Grand Prix pour Les merveilles puis du Prix du scénario pour Heureux comme Lazzaro, livrait aux festivaliers son nouveau bébé : La chimère. Son film, avec le talentueux Josh O’Connor en tête d’affiche, a séduit une partie du public mais n’a pas complètement touché notre rédacteur Florent Boutet, la faute à un scénario brouillon, entrainant une certaine confusion dans la compréhension de l’intrigue, et à d’inutiles longueurs. Un mal assez répandu en cette 76e édition, de trop nombreux films n’ayant pas su resserrer leur récit. Le trop, l’ennemi du mieux ?

Alice Rohrwacher

C’est à Ken Loach, inestimable cinéaste britannique dont on ne présente plus la portée profondément humaniste de son cinéma, que revenait l’honneur de clôturer cette dizaine de jours de compétition. Déjà honoré de deux Palmes d’Or, pour Le vent se lève et Moi, Daniel Blake, l’anglais l’assumait : il ne vient pas glaner un troisième trophée avec The Old Oak. Invité par Thierry Frémaux, il a finalement accepté la sélection pour présenter au public français et international son dernier cri du coeur. le réalisateur britannique poursuit son récit des grandes mutations sociales de son temps subies par les plus faibles. Pour son ultime film, il nous embarque dans un village du nord de l’Angleterre perturbé par l’arrivée de réfugiés syriens. L’occasion d’évoquer des sujets politiques qui continuent de le révolter à 86 ans : les ravages de la mondialisation et de la désindustrialisation, la précarisation des classes populaires, le sort des immigrés au milieu de politiques protectionnistes et souvent déshumanisées. Notre confrère Simon Riaux salue « la mise en scène discrète mais incroyablement maîtrisée » tandis qu’Adam Sanchez trouve dans The Old Oak une jolie conclusion en dépit de ses petits défauts : « un peu maladroit, voire routinier, mais ce qu’il raconte et montre du monde actuel me paraît toujours très pertinent, notamment sur l’indifférence de nos sociétés face aux misères. »

Un bel épilogue pour la 76e sélection du festival de Cannes, qui ne doit pas éclipser la clôture de la section Un Certain Regard, sous la présidence de John C. Reilly, qui a livré son palmarès. 20 films concourraient à Debussy, dont 8 premiers films. Et c’est How to have sex, très apprécié par nos amis de Cinematraque, mais aussi par notre contributrice Marie Serale, qui a décroché le Prix Un Certain Regard. Notons aussi que le Prix du Jury est revenu à Les meutes de Kamal Lazraq, celui de la mise en scène à Asmae El Moudir pour La mère de tous les mensonges et le Prix de la Liberté à Goodbye Julia de Mohamed Kordofani.

La soirée s’est terminée avec l’avant-première du biopic consacré à l’Abbé Pierre, incarné à l’écran par le toujours excellent Benjamin Lavernhe.

Jeudi 25 mai : Jour 10

Ce deuxième jeudi a été celui des retours. Outre Nanni Moretti, habitué des lieux depuis vingt ans, deux autres réalisateurs palmés ont marqué cette 10e journée cannoise : Quentin Tarantino, sacré pour Pulp fiction, et Wim Wenders, lauréat de la récompense suprême pour son chef d’oeuvre Paris, Texas et du Grand Prix du jury pour Si loin, si proche.

Le premier était l’invité spécial de la Quinzaine des Cinéastes, quatre ans après sa venue en sélection pour Once upon a time in Hollywood, son dernier film en date. L’occasion de promouvoir son ouvrage Cinéma Spéculations, de livrer quelques souvenirs cinéphiles et d’évoquer son prochain projet, The movie critic, dont il devrait bientôt débuter le tournage – une fois le processus de casting achevé.

Wim Wenders avait les honneurs du tapis rouge pour l’un de ses deux films sélectionnés à Cannes, Perfect days. Un peu sur le déclin depuis quelques années, sa présence au festival est l’occasion de se rappeler combien il peut-être un cinéaste brillant, capable de saisir la poésie dans l’épure. Victorien Daoût s’est laissé embarquer par le voyage : « Des scènes de route sur la musique de Lou Reed, c’est ce qu’il me fallait cet après-midi. Merci Wim Wenders. C’est magnifique !« . Suivant le quotidien de Hirayama, agent d’entretien pour les toilettes publiques de Tokyo, le film rend hommage à cette vie simple, entretenue de passions pour la musique, les livres, les arbres et la photographie. Marie Serale a été séduite, elle aussi, formulant déjà un voeu : « Il faut donner le prix d’interprétation masculine à Kōji Yakusho, si attachant« .

Breillat Cannes 23

Toujours en compétition, alors que de nombreux journalistes garnissaient la salle bondée du Théâtre Croisette pour écouter Tarantino, une autre cinéaste en retrait depuis plusieurs années faisait son retour sur le devant de la scène : Catherine Breillat. Avec L’été dernier, la réalisatrice sulfureuse tente de raconter l’histoire d’amour incestueuse entre une célèbre avocate et son beau-fils de 17 ans. Un sujet douteux qui ne manquera pas de poser question quant au rapport du cinéma avec les violences sexuelles. Leon Cattan, rédac-cheffe adjointe de Sorociné, le rappelle sans détours : « Toutes les histoires d’écart d’âge ne se valent pas. Dans L’été dernier de Breillat, on est vraiment sur du détournement de mineur complaisant et pépouze. Mais bon c’est un garçon, ça passe« . Mal écrit, le film ressemble à une pierre supplémentaire dans la grande exploration de l’inceste chez les grands bourgeois d’après Florent Boutet. Critique complète à lire demain sur Le Bleu du Miroir. 

La journée se terminait par la première de Cobweb (Dans la toile), du talentueux Kim Jee-Woon (J’ai rencontré le diable), avec le sensationnel Song Kang-Ho consacré l’an passé pour sa prestation dans Les bonnes étoiles de Kore-eda.

Mercredi 24 mai : Jour 9

Antépénultième journée de compétition sur la Croisette, où la Compétition approche doucement mais sûrement de son ultime rendez-vous, qui sera réservé à l’immense Ken Loach pour son The Old Oak. Du côté des sections parallèles, c’est en revanche le moment de dresser le bilan et de livrer les premiers palmarès.

C’est comme chaque année du côté de la Semaine de la Critique qu’il faut regarder pour les premiers honneurs. Si on salue le Prix SACD attribué à Le ravissement d’Iris Kaltenbäck, qui a séduit le jury critique à juste titre, on s’étonne davantage que le singulier, mais pas foncièrement abouti, Tiger Stripes d’Amanda Nell Eu reparte avec le Grand Prix de la sélection. Après la cérémonie de remise des prix à Miramar, c’est le film français La fille de son père d’Erwan Le Duc (Perdrix) qui refermera cette 62e édition du rendez-vous cannois consacré aux premières oeuvres.

Tiger stripes

À la Quinzaine, on approche également de la fin et, à la veille de la très attendue rencontre avec Quentin Tarantino, qui devrait mettre le Théâtre Croisette en ébullition, un superbe premier film a particulièrement retenu l’attention de Florent Boutet. Son très beau titre : L’arbre aux papillons d’or. Dans sa critique, notre rédacteur s’enthousiasme devant une telle révélation : « un film rare et puissant qui atteste de la naissance d’un auteur avec un style d’une telle maturité et une telle assurance qu’on le croirait déjà confirmé avec un style d’une grande classe. »

Autour de la salle Debussy, un nom revient beaucoup. Celui d’une comédienne enfin saluée à l’hiver dernier d’un César de la meilleure actrice : Virginie Efira. Plus belle et épanouie que jamais, la Belge semble être la star de cette fin de festival, présentant dans la foulée deux films de réalisatrices : L’amour et les forêts de Valérie Donzelli dans la section Cannes Premières, puis Rien à perdre de Delphine Deloget à Un Certain Regard. Le premier, qui raconte la descente aux enfers d’une femme en proie à un compagnon oppresseur et manipulateur, est sorti en salle simultanément.

Benoit Magimel et Juliette Binoche

La compétition pour la Palme d’Or, qui manque pour l’instant d’un très grand film mettant tout le monde d’accord (ou presque), s’est poursuivie ce mercredi avec la présentation officielle de

La soirée se terminera par le retour d’un habitué : Nanni Moretti. Déjà présent en 2021, pour un Tre Piani n’ayant pas réellement convaincu, l’Italien revient et nous invite à nous tourner Vers un avenir radieux. Même s’il n’a pas encore été présenté au Grand Théâtre Lumière, certains médias français n’ont pas attendu pour publier leurs critiques : « Une incursion très réussie dans son paysage mental sans aucune vanité » pour Le Figaro, « Un film cohérent et ironique » pour Liberation. Il vous faudra être encore un peu patients pour pouvoir lire celle de Florent Boutet, demain sur Le Bleu du Miroir.

Bryan Cranston Cannes 2023

Mardi 23 mai : Jour 8

Après une pause européenne sur le tapis rouge en début de semaine, et la présentation de l’un des grands films de cette 76e édition (si ce n’est le plus beau, d’après Florent Boutet et Victorien Daoût), Fermer les yeux de Victor Erice, les stars internationales étaient de retour sous les projecteurs avec l’immense distribution du nouveau long métrage de Wes Anderson. Restant sur une impression très mitigée avec son The French Dispatch presque soporifique, le cinéaste texan était (déjà) de retour sur la Croisette pour présenter son nouveau projet à distribution astronomique : Asteroid City. C’est toute une florilège de stars venus du pays de l’Oncle Sam et d’Asie comme de l’hexagone qui foulait le sol cannois pour une montée des marches forcément courue : Tom Hanks, Scarlett Johansson, Bryan Cranston et Adrian Brody avaient traversé l’Atlantique pour l’événement, tandis que le talentueux Damien Bonnard appréciait d’être en si belle compagnie au moment d’entrer dans le Grand Théâtre Lumière.

Tom Hanks Scarlett Johansson

Mais au-delà des flashs des photographes, la crainte qui nous animait réellement : Wes Anderson a-t-il perdu totalement son mojo ? Fort heureusement, il semblerait bien qu’Asteroid City soit une toute autre réussite artistique que son prédécesseur. « Sous ses airs de petit théâtre de marionnettes léger et artificiel, Asteroid City cache en fait une proposition beaucoup plus torturée et désabusée qu’elle n’y parait. Il y est question de deuil, de romance empêchée et plus globalement de la peur du vide. Wes Anderson ose marier ces problématiques existentielles complexes avec l’artificialité des effets qu’il maîtrise comme personne. Le résultat est aussi drôle que cruel, aussi profond que divertissant et aussi intime qu’universel » déclare notamment Antoine Rousseau dans sa belle critique du film.

Une douce journée confirmée par la seconde projection du joli Les feuilles mortes d’Aki Kaurismaki, qui « insuffle poésie et drôlerie au sein d’un quotidien morose en plus de jolis clin d’œil au cinéma qu’il aime » selon Antoine Rousseau, tandis que Florent Boutet loue ce « film hors du temps gorgé d’humour et de cinéphilie, un mélo tendre et noir à la fois où comment aimer en temps de guerre« . Enfin, toujours du côté de la compétition, quatre ans après son très apprécié Le traitre, Mario Bellocchio présentait son nouveau long-métrage, L’enlèvement, attendu pour le 23 octobre en salle.

Kitano Cannes 2023

D’autres grands cinéastes faisaient leur retour à Cannes, dont Takeshi Kitano qui était convié pour montrer Kubi aux festivaliers, même si le sentiment dominant semblerait, y compris de son propre aveu, qu’il s’agisse plutôt d’une de ses oeuvres mineures. Acclamé pour sa série Euphoria, en dépit de sérieux questionnements autour de son attitude toxique envers certain.e.s membres de son équipe, Sam Levinson était accueilli pour présenter les deux premiers épisodes de sa mini-série, The Idol. Réunissant le chanteur The Weeknd, la mannequin Lily-Rose Depp et l’actrice Jennie Kim, le show suit le parcours d’une pop star déterminée à redevenir la plus populaire et la plus sexy des icônes d’Amérique. Une proposition qui n’a pas été du goût de notre collègue Alexis Roux (Le Grand Oculaire) : « pour fustiger la toxicité du showbiz, Levinson et The Weeknd se vautrent dans une imagerie faussement porno-chic avec une complaisance usante« . Guère mieux du côté de notre ex-rédacteur faisant désormais le bonheur d’EcranLarge, Alexandre Janowiak : « Plutôt réussie quand elle observe le star-system et se focalise sur le mal-être de l’héroïne, The Idol est complètement naze quand elle plonge dans les fantasmes déviants de The Weeknd et du porno-soft. »

Mais pas de quoi entacher ce mardi 23 mai qui aura été une journée radieuse, notamment pour nos rédacteurs qui semblent avoir su faire les bons choix.

Lundi 22 mai : Jour 7

Voilà sept jours que la 76e édition du Festival de Cannes a débuté et la compétition bat son plein. Après un dimanche aussi ensoleillé qu’enthousiasmant, l’humeur semble au beau fixe puisque de beaux moments de cinéma ont égrainé les derniers jours même si la dernière séance du week-end s’est soldée par une déception. Après La nuée, Just Philippot présentait son second long métrage, Acide, avec Guillaume Canet et Laetitia Dosch en têtes d’affiche. Malheureusement, c’est le scepticisme qui prévalait à la sortie du palais, Antoine Rousseau restant sur une « grosse interrogation sur les coulisses du film tant l’enchaînement de certaines scènes paraît étrange pour ne pas dire incohérent. Néanmoins, le film peut se targuer de proposer quelques séquences fortes et surprenantes et une direction artistique plus que solide« . Une impression mitigée partagée par plusieurs confrères, certains étaient même plus sévères comme notre collègue Jean-Baptiste Morel (Cinematraque) : « On est vraiment vraiment vraiment sûrs qu’il manque pas des plans dans Acide ? Non parce que c’est infect et d’une bêtise crasse, mais en plus on pige pas les enjeux de chaque scène. De loin le pire film du festival, imprenable. »

Acide tapis rouge

Du côté de la Semaine de la Critique, Florent Boutet découvrait le très beau Lost Country, « un film qui regarde l’abysse de ces années 1990 en Serbie, et le désespoir d’un adolescent qui devient malgré lui le réceptacle des crimes de sa mère ». Victorien Daoût s’offrait un petit plaisir avec le nouveau film de Michel Gondry, Le livre des solutions, qu’il qualifiait non sans enthousiasme d’hilarant. « Un autoportrait inspiré façon La Science des rêves, avec un Pierre Niney est très bien dans la chemise à carreau du réalisateur« .

Présenté hier soir en gala, Le jeu de la reine a séduit nos rédacteurs. Antoine Rousseau a apprécié que « sous ses atours classiques, le film propose une vision féministe de la fin du règne d’Henry VIII. Ou la confrontation entre une stratège politique et le mâle au pouvoir dans toute sa toxicité« . Il regrette notamment un certain « manque de subtilité mais cela reste diablement efficace » avant de s’enflammer pour la photographie. Le sentiment de Florent Boutet est dans la même veine, saluant le prisme féministe de Karim Aïnouz : « Un film intéressant grâce à la finesse du portrait qu’il esquisse d’une femme qui abat ses cartes avec une intelligence et une grâce qui n’a d’égal que la violence qu’elle subit et qu’elle retourne en fin de compte contre un univers qui l’avait choisit comme une monnaie d’échange tout juste bonne à être sacrifiée, comme toutes les autres femmes d’un système fondamentalement misogyne. »

Les feuilles mortes tapis rouge

Présenté en Séance de Minuit, et repris ce lundi pour les festivaliers n’ayant pas eu le courage de rejoindre leur lit au milieu de la nuit, Project silence de Kim Taegom a été un « petit plaisir coupable » pour Florent Boutet qui n’a pas boudé ce moment de détente bienvenu devant cet « actionner coréen qui sent bon les 90´s avec dès chiens tueurs sur un pont et un objectif survie« . Après cette récréation sympathique, l’équipe du film Les feuilles mortes d’Aki Kaurismaki montait les marches après celle de Club Zero de Jessica Hausner. Faisant suite à Little Joe, accueilli fraîchement sur la Croisette lors de l’édition 2019, ce nouvel essai de l’Autrichienne n’a pas vraiment convaincu notre rédacteur qui n’y va pas de main morte : « Il y a des films qui portent bien leur nom : Club zéro. Son sujet absent, son ton monocorde et sa mollesse incroyable sont absolument désespérants. Et que c’est long… »

Dimanche 21 mai : Jour 6

Ce sixième jour sur la Croisette aura certainement été l’un des jours les plus importants de cette 76e édition. Après la présentation en grandes pompes du nouveau film de Martin Scorsese samedi soir, la distribution 4 étoiles de Killers of the flower moon (Leonardo DiCaprio, Robert De Niro, Lily Gladstone et Jesse Plemons) arpentait les couloirs du palais pour se prêter au jeu du photocall, avant de répondre aux journalistes lors de la très courue conférence de presse. L’occasion pour les fans des comédiens mythiques ou du grand cinéaste d’approcher leurs idoles, quelques minutes après Julianne Moore, Natalie Portman et Todd Haynes.

Projeté en Séance Spéciale, un film d’animation assez fabuleux profitait d’une projection de rattrapage de bon matin, Robot Dreams. Après Blancaneves, Pablo Berger s’essaie à l’animation et relève le défi avec brio, livrant une pépite « douce-amère, qui fourmille de belles trouvailles comme de malicieuses références et ne cède jamais à la facilité« . Si l’on regrettera que le cinéma d’animation demeure cantonné aux sections parallèles sur la Croisette, nul doute qu’il trouvera en revanche une belle place au palmarès du prochain festival d’Annecy.

Justine Triet et ses comédiens

Deuxième temps fort, et quel temps fort, de ce dimanche festivalier, la présentation officielle d’Anatomie d’une chute, quatrième film très attendue d’une cinéaste qui n’a de cesse de monter en puissance depuis le début de sa carrière, Justine Triet. Acclamé dans le Grand Théâtre Lumière, le long métrage a fait très forte impression, Antoine Rousseau le qualifiant même comme « l’une des plus grandes réussites de la compétition à ce stade« . Notre consoeur Brigitte Baronnet (Allociné) va dans le même sens : « Justine Triet passe encore un cran supérieur dans sa mise en scène et la maîtrise du scénario. » Quant à l’actrice Sandra Hüller, déjà impeccable dans The Zone of Interest de Jonathan Glazer, s’affirme comme l’une des prétendantes au Prix d’interprétation : « l’impressionnante partition offerte par Sandra Hüller. Jamais dans la performance, la comédienne délivre un jeu tout en nuances et intériorité qui ne cesse d’échapper à l’appréciation de son spectateur. »

Alicia Vikander et Michael Fassbender

Pour leur succéder, l’équipe de Firebrand (Le jeu de la Reine) de Karim Aïnouz montait les marches pour présenter un film historique consacré à Catherine Parr, la sixième femme du roi Henri VIII (qui avait fait répudier ses précédentes épouses voire décapiter). La talentueuse Alicia Vikander, dans le rôle principal, foulait ainsi le tapis rouge, accompagnée de son époux Michael Fassbender et de son partenaire à l’écran Jude Law. Rendez-vous demain pour découvrir notre critique du film.

Samedi 20 mai : Jour 5

En ce 5e jour de Festival de Cannes, si la pluie n’accordait pas de répit aux festivaliers, l’excitation était palpable autour du Palais des Festivals à l’approche de L’événement de cette 76e édition : la présentation en avant-première mondiale de Killers of the flower moon de Martin Scorsese, avec Leonardo DiCaprio, Lily Gladstone et Robert DeNiro. C’est une deuxième grande soirée hollywoodienne qui s’annonçait après le jubilé d’Indiana Jones mercredi soir, avec peut-être même plus glamour puisque Natalie Portman, Julianne Moore et Todd Haynes suivaient le mouvement en toute fin de journée pour May December.

May December Cannes

Si Scorsese semblait sur toutes les lèvres dès le matin, la compétition se poursuivait donc avec la seconde séance de Les filles d’Olfa de K. Ben Hania qui a plutôt séduit la rédaction : « Les filles d’Olfa a beaucoup de charme et une très belle énergie. Son dispositif qui en fait plus un essai qu’un doc est séduisant au début mais finit un peu par s’essouffler malheureusement dans son second acte« . Même son de cloche du côté de l’auteur de ces lignes qui a salué la volonté de la cinéaste tunisienne de « réinventer la grammaire du documentaire, un défi particulièrement intéressant qu’elle relève en faisant s’entrecroiser récits intime, répétitions et confessions face caméra pour raconter l’embrigadement de deux adolescentes« . Antoine Rousseau persiste et signe dans sa critique pour Le Bleu du Miroir : « Au-delà du propos politique nécessaire, le film de Kaouther Ben Hania offre quantité de pistes de réflexion passionnantes sur le pouvoir du cinéma sur le réel : interroger, comprendre voire même guérir.« 

Banel e Adama

En Grand Théâtre Lumière, en attendant Marty, les festivaliers ont pu découvrir le premier film de la Sénégalaise Ramata-Toulaye Sy, Banel e Adama, qui a enchanté la rétine de la grande salle en proposant une oeuvre à la photographie sublime, qui peine toutefois à se montrer suffisamment consister pour compléter marquer les esprits. En ce sens, si Florent Boutet salue « sa grande beauté », il regrette que cela sonne « un peu court, mais avec beaucoup de classe et un vrai propos et une très belle actrice dans un rôle fort« . Un premier essai qui donne toutefois très envie de suivre cette talentueuse réalisatrice à l’avenir.

Les sections parallèles n’étaient pas en reste puisqu’à la Semaine de la Critique était présenté le très réussi Le ravissement d’Iris Kaltenbäck. Une séance à forte émotion au moment de la présentation, où l’on aura remarqué et apprécié les T-shirts de l’équipe du film affichant son soutien à l’actrice Amber Heard, victime de la violence conjugale de son ex-mari célébré en début de semaine. L’émotion était encore plus palpable à l’issue de la projection de ce premier long métrage de très bonne facture, « de loin le meilleur film de la compétition présenté jusqu’à présent à la Semaine, porté par la mise en scène et l’écriture intelligente d’Iris Kaltenbäck et les merveilleuses interprétations d’Hafsia Herzi et Nina Meurisse. »

Outre la présentation officielle de May December de Todd Haynes, sur laquelle nous reviendrons dès demain, le parvis du Palais était noir de monde également du fait de la projection dans le cadre de Cannes Premières de Le temps d’aimer, le nouveau film d’une cinéaste dont on n’a de cesse de vanter l’immense talent de réalisatrice et de scénariste depuis plusieurs années, Katell Quillévéré. Pour son 4e long métrage après Poison violent, Suzanne et Réparer les vivants, la brillante cinéaste signe un mélodrame romanesque d’une intelligence émotionnelle hors du commun. Dans les rôles principaux, Anaïs Demoustier et Vincent Lacoste sont formidables de subtilité dans leur incarnation de ces amoureux maudits et subliment une mise en scène parfaite d’élégance et de finesse autour d’un récit complexe, évitant tous les pièges en travers de sa route du fait de son sujet délicat.

Vendredi 19 mai : Jour 4

Après sa prestigieuse soirée de gala, l’équipe d’Indiana Jones remettait le couvert dans le Palais des Festivals avec les traditionnelles séance photo et conférence de presse, dans la foulée de celles du médiocre Black flies – dont a bien du mal à justifier la présence en compétition pour la Palme. Les couloirs du palais étaient en ébullition après la seconde projection officielle du dernier épisode de la saga.

Pour autant, loin des paillettes hollywoodiennes, la compétition poursuivait son bonhomme de chemin avec les présentations de deux films d’auteurs très estimés : Les herbes sèches de Nuri Bilge Ceylan et The zone of interest de Jonathan Glazer. Deuxième gros morceau de la sélection après Jeunesse hier, l’exigeant nouveau film du cinéaste turc devrait à nouveau déclencher des réactions très tranchées : séduire ceux qui aiment se plonger dans son cinéma et perdre en chemin les autres. Presque dix ans après Under the skin, Jonathan Glazer refait enfin parler de lui et présente son quatrième long métrage. Une autre proposition radicale qui ne laissera pas indifférent, tant par son sujet (un couple et leurs enfants s’efforcent de construire une vie de rêve pour leur famille dans une maison avec jardin à côté d’un camp de concentration) que par son parti-pris formel.

« En adoptant un contrechamp inédit à l’horreur de la Shoah, The Zone of Interest ose s’approcher au plus près de la banalité du mal. Rarement un film aura atteint un tel objectif avec autant d’audace visuelle et narrative. Une œuvre difficile et sans concessions qui laisse son spectateur sans voix » affirme Antoine Rousseau quelques heures après la projection. De leur côté, Thomas Périllon et Florent Boutet sont ressortis un peu décontenancés par Zone of Interest qui les a laissés à distance la moitié du temps malgré ses qualités évidentes.

Jonathan Glazer Cannes

Un peu plus loin sur la Croisette, une séance spéciale était particulièrement attendue du côté de Miramar : Vincent doit mourir. Ce premier film du français Stephan Castang, qui réunit l’excellent Karim Leklou et la toujours intéressante Vimala Pons, nous fait découvrir le personnage éponyme alors qu’il subit régulièrement des agressions soudaines et inexpliquées. Fuyant la ville, il tente d’en découvrir plus sur ce mystérieux mal qui semble ne toucher que lui. Avec une certaine économie de moyens, ce thriller de survie a pour lui de resserrer son intrigue autour de son personnage pour un résultat globalement honorable. Une réussite prometteuse bien qu’imparfaite.

La journée se bouclait sur la présentation du second documentaire de la compétition officielle, Les filles d’Olfa de la Tunisienne Kaouther Ben Hania à qui l’on doit les déjà remarquables La belle et la meute et L’homme qui a vendu sa peau.

Jeudi 18 mai : Jour 3

En attendant la grande soirée de gala à l’occasion de l’avant-première mondiale du 5e volet des aventures d’Indiana Jones, le festival adoptait doucement mais sûrement son rythme de croisière avec deux nouveaux films : le documentaire Jeunesse (Printemps) de Wang Bing en journée et le policier Black Flies avec Sean Penn et Tye Sheridan, prévu en soirée. « Tourné durant cinq ans, Jeunesse joue sur la notion de redoublement des mêmes motifs dans une ville spécialisée dans des ateliers de couture. La négociation avec les patrons, l’intensité du travail et le temps de pause. Un documentaire important sur la migration d’une jeunesse sacrifiée par des protocoles inhumains » selon Florent Boutet.

Du côté d’Un Certain Regard, la journée a démarré sur l’enthousiasmant Simple comme Sylvain, troisième long-métrage de la québécoise Monia Chokri. Après deux premiers essais prometteurs mais pas complètement aboutis, l’actrice-réalisatrice signe assurément le meilleur film de son oeuvre burlesque et généreuse. Un coup de coeur quasi-unanime pour la rédaction, à l’image du sentiment à chaud d’Antoine Rousseau : « Monia Chokri pose un regard à la fois tendre et cruel sur une histoire d’amour entre deux êtres issus d’une classe sociale différente . C’est drôle, intelligent, et la rythmique des dialogues est à tomber par terre !« 

N’oublions pas non plus le beau Los Delincuentes de Rodrigo Moreno, présenté également à Un Certain Regard, que Florent Boutet considère comme « une nouvelle pièce du vaste puzzle du cinéma argentin et son chef de fil Mariano Lliñas. De l’ambition de toute part fondé sur le temps long et le désossement de la fiction. »

Kore-eda Cannes 2023

Les sections parallèles déroulaient également leur programme de compétition avec notamment Inchallah un fils à la Semaine, premier film saoudien de l’histoire à bénéficier d’une sélection au festival de Cannes, ce que ne manquait pas de rappeler Ava Cahen dans son ouverture de séance toujours pertinente et pleine d’humanité. « L’annonce de notre sélection a eu un réel retentissement dans l’industrie jordanienne et a été accueillie avec beaucoup d’enthousiasme. Mais c’est aussi beaucoup de pression, il faut être à la hauteur » se réjouissait le réalisateur Amjad Al Rasheed lorsqu’il a appris sa joyeuse nouvelle.

En attendant Le temps d’aimer de Katell Quillévéré ce week-end, Cannes Premières offrait l’occasion aux festivaliers de découvrir Perdidos en la noche (Perdu.s dans la nuit) d’Amat Escalante qui a quelque peu désarçonné Antoine Rousseau : « De nombreuses fulgurances visuelles e et une mise en scène chirurgicale qui impressionne souvent. Mais le tout est au service d’un propos confus qui met constamment à distance le spectateur. »

Pendant ce temps, et au fil de la journée, la foule grossissait progressivement devant le Palais des Festivals, se préparant à accueillir le casting hollywoodien d’Indiana Jones : Le cadran de la destinée, à l’affût de la star Harrison Ford sur le tapis rouge, mais aussi des fantastiques Mads Mikkelsen et Phoebe Waller-Bridge, dont on attend qu’ils mettent leur talent au service de protagonistes plus étoffés – on peut compter sur le danois pour camper un Vilain charismatique et on imagine difficilement l’actrice britannique se contenter d’un statut de demoiselle en détresse que le héros viendrait sortir d’un mauvais pas.

Mercredi 17 mai : Jour 2

Le premier mercredi du festival, on passe aux choses sérieuses. Après une première soirée mitigée, les compétitions de l’Officielle et des sections parallèles démarraient ce 17 mai 2023. 

Du côté de la Semaine de la Critique, c’est le premier de Marie Amachoukeli, Ama Gloria, qui avait l’honneur de faire l’ouverture de cette deuxième sélection chaperonnée par Ava Cahen. Après Claire Burger et Samuel Theïs, c’est au tour de la troisième et dernière co-réalisatrice de Party girl de passer en solo avec un film personnel. Un film poignant et intime porté par un duo terriblement attachant. 

Du côté de la Quinzaine, Le procès de Goldman a ouvert la section parallèle, désormais dirigée par Julien Rejl, qui a donné une orientation bien différente de son prédécesseur, avec de nombreux premiers films en compétition. Le film judiciaire de Cédric Kahn lançait les festivités, s’offrant de beaux retours louant sa qualité d’interprétation et d’écriture, ainsi que ses parallèles avec la période actuelle. 

Honoré hier d’une Palme d’honneur, Michael Douglas était à nouveau sous les projecteurs et dispensait une masterclass pour les festivaliers. L’occasion de revenir sur les grands moments de sa carrière, face au présentateur de Canal+, Didier Allouche. Autre beau moment de rencontre de la journée, Pedro Almodovar présentait Strange Way of Life, son moyen métrage avec Ethan Hawke, présent pour l’accompagner en séance spéciale.

Kore-eda Cannes 2023

Mais ce 17 mai marquait aussi et surtout le début de la compétition officielle avec la présentation en première mondiale du nouveau film de Hirokazu Kore-eda, Monster. Celui qui décrocha la Palme d’or avec Une affaire de famille, est déjà de retour sur la Croisette, un an seulement après son très plaisant Les bonnes étoiles. Si peu d’informations avaient filtré quant au scénario du film, l’ensemble de la rédaction est unanime : il s’agit là d’une grande réussite. Antoine Rousseau ne tarit pas d’éloges : « On aime se perdre dans Monster. Kore-eda confronte les points de vue pour traiter de la difficile construction de soi en tant qu’enfant. Une écriture remarquable qui oscille entre le trouble et la douceur. »

La journée se clôturait sur l’ouverture de la section Un Certain Regard, dont on louait la richesse il y a quelques semaines. Pour cette soirée événement, Thierry Frémaux accueillait sur scène le jury mais aussi l’équipe du film Le règne animal, second film de Thomas Cailley neuf ans après Les combattants. Si l’attente était là, après les promesses d’un premier film réjouissant, la déception était au rendez-vous à l’issue de la séance. Trop long et brouillon, le film ne parvient à trouver son identité et souffrant de véritables lacunes scénaristiques.

Au bout de la journée, l’équipe du film Le retour montait les marches en soirée de gala, aux côtés de Catherine Corsini, sur lequel nous reviendrons très bientôt.

Mardi 16 mai : Jour 1

La soixante-seizième édition du festival de Cannes débute ce mardi 16 mai 2023, sous la présidence du doublement palmé Ruben Østlünd, sacré pour The Square en 2017 et Sans filtre l’an passé. Pour découvrir les films en compétition pour la Palme d’Or et livrer un palmarès le 27 mai prochain, Thierry Frémaux a convié deux artistes que nous avons eu le privilège d’interviewer, la réalisatrice marocaine Maryam Touzani et le comédien français Denis Ménochet. Ils seront accompagnés de la scénariste et réalisatrice britanico-zambienne Rungano Nyoni, l’actrice américaine oscarisée Brie Larson (Room), l’acteur américain Paul Dano, l’écrivain afghan Atiq Rahimi, le réalisateur argentin Damián Szifron, ainsi que la réalisatrice française Julia Ducournau, qui a décroché la récompense suprême en 2021 pour son clivant Titane.

Ce jury aura donc la lourde tâche de départager la belle vingtaine de longs métrages retenus pour concourir dans la plus prestige des sections. Après la cérémonie, dont la présentation a été confiée à l’actrice Chiara Mastroianni,qui a passé le flambeau à sa mère Catherine Deneuve pour lancer cette 76e édition, un long-métrage très discutable a été choisi pour faire l’ouverture, mettant en lumière deux artistes s’étant illustré.e.s pour des faits d’agressions physiques et/ou sexuelles. Si une partie de la rédaction a pu le découvrir, nous faisons le choix de ne pas lui accorder davantage de considération et de relayer la tribune importante du collectif d’actrices et d’acteurs français.es ayant affiché leur soutien à la décision d’Adèle Haenel de quitter ce monde du cinéma qui se montre encore trop complaisant avec les agresseurs sexuels.

« Nous sommes profondément indigné·e·s et refusons de garder le silence face aux positionnements politiques affichés par le Festival de Cannes », peut-on lire dans la tribune publiée dans Libération. « En déroulant le tapis rouge aux hommes et aux femmes qui agressent, le festival envoie le message que dans notre pays nous pouvons continuer d’exercer des violences en toute impunité, que la violence est acceptable dans les lieux de création ».

Heureusement, cette soirée problématique sera éclipsée rapidement puisque les belles hostilités seront lancées dès le lendemain, mercredi 17 mai, avec la projection des deux premiers films de la compétition : Monster de Kore-eda (récipiendaire de la Palme pour Une affaire de famille) et Le retour de Catherine Corsini (deux ans après le percutant La Fracture). Au rythme de deux à trois présentations officielles par jour jusqu’au 26 mai, vingt-et-un films seront projetés en première mondiale dans le Grand Théâtre Lumière. Et c’est à l’inestimable Ken Loach, avec The old oak, que reviendra l’honneur de conclure cette sélection en beauté.

Le palmarès de cette 76e édition sera dévoilé le 27 mai prochain lors de la cérémonie de clôture, retransmise en direct par France Télévisions. Elle sera suivie par la projection, pour la dernière séance du Festival, d’Élémentaire, le film d’animation des studios Pixar.


Cannes 2023 sur Le Bleu du Miroir

Rendez-vous chaque jour sur Le Bleu du Miroir et sur nos réseaux sociaux (Twitter, Instagram, Facebook) pour vivre le festival en notre compagnie et suivre notre traditionnel journal de Cannes et nos critiques des films présentés en et hors compétition mais également dans les sections parallèles (Un Certain Regard, la Semaine de la Critique…). Sur place, Antoine Rousseau, Florent Boutet et Thomas Périllon vous rendront compte de leurs visionnages (avec des avis à chaud et des critiques), assistés d’Elodie Martin et de Victorien Daoût, en renfort logistique et compléments de couverture.


La sélection du 76e festival de Cannes : partie 1 et partie 2