Festival national du film d’animation de Rennes – Bilan
Le festival national du film d’animation de Rennes s’est conclu ce dimanche 12 avril après 6 jours de projections de films et de rencontres. Ce que nous retiendrons de cette édition, dans son ensemble, est la vivacité de la production animée française, autant du côté des courts-métrages professionnels qu’étudiants. Malgré un contexte de baisse de subventions de la part des différentes institutions publiques, notamment celle des régions qui a été évoquée dans plusieurs entretiens et tables rondes, cette sélection de films laisse deviner une production nationale large où il sera possible de découvrir des propositions esthétiques très intéressantes dans les années à venir.
Le jury du festival a récompensé Sous ma fenêtre, la boue de Violette Delvoye et Minuit moins l’infini de Baptiste Ratajski respectivement du grand prix du court-métrage professionnel et du grand prix du court-métrage étudiant. Il est néanmoins difficile de commenter ces choix sans avoir vu la totalité des films en compétition. Nous nous en remettons donc à leur jugement, en nous contentant de saluer deux courts, l’un professionnel et l’autre de fin d’étude, qui nous ont paru particulièrement aboutis, formellement très audacieux tout en trouvant le moyen de mettre en scène des personnages touchants ; il s’agit de La Case vide de Thibault Chollet, et du film Le Jour où j’ai léché un caillou, réalisé collectivement par Goli Atefi, Chloé Bernuchon, Flavie Eliézer, Nathan Jauze, Maud Kolasa et Marie Pijollet, tous étudiants à l’école MoPA.

Par ailleurs, il apparaît important de mentionner les quelques projections parallèles du festival, qui donnent une autre saveur à ces quelques jours passés à Rennes. Il y a eu tout d’abord le ciné-club Animation et jeu vidéo, présenté par Jean-Baptiste Massuet, enseignant-chercheur de l’Université de Rennes 2, qui a mis en lumière les imaginaires dystopiques croisés du film Avril et le monde truqué, et du jeu vidéo BioShock, sorti en 2007. La première moitié de la soirée était dédiée à un commentaire la mise en scène de la première heure du jeu d’Irrational Games, en s’appuyant sur des outils propres à l’analyse cinématographiques. En ressortait un rapport à l’espace particulier, implicitement contraint par l’architecture et les obstacles placés sur le chemin du joueur, qui sert d’appui à une critique des dérives du libéralisme et de ses tendances fascistes. La présentation faisait également le lien avec l’univers steampunk (ou plutôt dieselpunk) du film de Christian Desmares et Franck Ekinci.
Une autre séance était dédiée au travail d’André Martin, critique et réalisateur, qui a beaucoup contribué au développement de l’animation à l’échelle internationale, d’abord en écrivant sur le sujet dans nombre de revues dans les années 1950, puis en participant à la fondation de festivals, avant d’aller travailler successivement à l’Office National du Film du Canada, qui possède une branche animation importante, et au service recherche de la RTF. Ce retour historique était assuré par son fils Clément Martin, qui a plusieurs fois souligné la personnalité joyeuse et les mille vies professionnelles qu’a eu son père ; deux éléments qui entre en résonance avec l’idée de multiples détails que l’on retrouve dans les films présentés.
Une séance hommage, enfin, était dédiée au réalisateur néerlandais Co Hoedeman, spécialiste de l’animation en volume qui s’est éteint en mai de l’année dernière. Le visionnage bout à bout de cinq de ses courts-métrages, dans un ordre non-chronologique, mettait en avant la variété des matières et figures employées dans son cinéma (sable, cubes d’enfants, marionnettes, poupées Matriochka). Elles révélaient également un travail double. Tout d’abord, une volonté de s’adresser au jeune public très large : sur les cinq films, seul Le Corbeau et le hibou est parlant, et tous mettent en scène des petites situations reposant davantage sur le plaisir du mouvement que sur une narration construite. Ensuite, une animation techniquement ambitieuse, qui joue avec une matière complexe à manipuler (Le Château de sable) ou bien qui multiplie les niveaux de lecture, animant à la fois les volumes et les dessins inscrits dessus (Tchou-Tchou). Ces deux aspects convergent dans la façon de mettre en avant une musicalité de l’animation, autant en termes de rythme visuel que dans l’appui sur des bruitages et des musiques préexistantes.
On retiendra globalement l’esprit du festival, celui de créer des ponts entre les films, d’engager discussions, réflexions et échanges dans autant de directions que possibles.

Palmarès 2026
Grand prix du court-métrage professionnel : Sous ma fenêtre, la boue / Violette Delvoye
Mention spéciale du jury pour un court-métrage professionnel : Im Auto Tapes und Butterbrod / Kiana Naghshineh
Grand prix du court-métrage étudiant : Minuit moins l’infini / Baptiste Ratajski
Mention spéciale pour un court-métrage étudiant : Agathe doit partir / Dylan Hall et Maya Matar
Prix de la composition originale pour un court-métrage professionnel : Barbara Drazkov pour Autokar de Silwia Skziladz
Prix SACD pour un court-métrage étudiant : Zootrope / Lena Martinez
Prix du public pour un court-métrage en compétition : Quelqu’un de spécial / Alice Gervat
Prix Alice Guy – FNFA 2026 pour un court-métrage professionnel : Une fugue / Agnès Patron

Prix André Martin pour un long-métrage : Amélie et la métaphysique des tubes / Maïlys Vallade et Liane-Cho Han
Coup de cœur du jury étudiant pour un clip : Crenoka-Business / Léa Enjalbert et Florine Paulius
Coup de cœur des scolaires pour un court-métrage jeune public : Le Jour où j’ai léché un caillou / Goli Atefi, Chloé Bernuchon, Flavie Eliézer, Nathan Jauze, Maud Kolas et Marie Pikollet
Coup de cœur Benshi pour un court-métrage très jeune public : Piccolo piccolo / Marta Gennari
Coup de cœur Les Femmes s’animent pour une production audiovisuelle : La Grande révasion / Rémi Durin
Coup de cœur AGrAF pour une série originale jeunesse : Les Dangers / Daniel Klein et Cyril Deydier
Prix Maison du film pour un court-métrage autoproduit : Le Permis / George Milliet
Prix Ciclic Centre-Val de Loire pour un court-métrage en développement : Diorama / Paul Mas
Prix AGrAF pour un projet de court-métrage en concept : Rizoma / Juliette Gangl
Prix AgrAF pour un projet de série en concept : Coton, tout petit mouton / Cécile Robineau et Amandine Tondino
Prix Cartoon Springboard pour un projet de série de jeune auteur·ice : Very Dad Trip / Roxane Pavard
Prix Transperfect pour un projet de série en développement : Björn et Ramona / Charlotte Cambon de Lavalette






