MAY DECEMBER

MAY DECEMBER

Vingt ans après que leur histoire d’amour a fait les choux gras de la presse, Gracie Atherton-Yu et son mari Joe – de 23 ans son cadet – se préparent à la rentrée de leurs jumeaux au lycée. Lorsque l’actrice hollywoodienne, Elizabeth Berry, vient passer du temps avec la famille pour mieux comprendre Gracie, qu’elle va incarner dans un film, la dynamique familiale s’effiloche. Joe a l’impression d’être passé à côté de sa jeunesse. Parallèlement, Elizabeth et Gracie s’étudient mutuellement, les similitudes et les différences entre les deux femmes commencent alors à s’estomper…

Critique du film

Figure incontournable du cinéma indépendant américain, Todd Haynes jouit d’une filmographie éclectique qui ne cesse de se réinventer en explorant une multitude de genres. De Poison à Dark Waters, le cinéaste a souvent investi différentes formes du cinéma classique américain pour mieux en subvertir le fond et ausculter les maux qui rongent le pays de l’oncle Sam. Une manière pour lui de parler de marginaux sans jamais renoncer au romanesque (Loin du Paradis et Carol étant les exemples les plus frappants à ce sujet). Six ans après avoir présenté Musée des merveilles, le réalisateur revient en compétition à Cannes avec May December, porté par le duo Natalie Portman et Julianne Moore que le réalisateur dirige pour la cinquième fois.

Pour ce nouveau long-métrage, le cinéaste s’inspire d’une affaire ayant défrayé la chronique dans les années 90. Une professeure d’Histoire de Seattle avait été arrêtée après que sa liaison adultère avec un collégien de vingt ans son cadet eut été révélée dans la presse. Le scandale avait alimenté les tabloïds des mois durant, d’autant qu’un enfant était né de cette union en prison, avant que les intéressés ne se marient une fois la peine de l’accusée purgée. Dans son film, Todd Hayes imagine un couple ayant vécu une expérience similaire, une vingtaine d’années après l’affaire. Gracie (Julianne Moore) et Joe (Charles Melton) tentent de mener une vie normale dans une petite ville de Géorgie, toujours dans l’ombre du scandale passé. Entre alors en scène Elizabeth (Natalie Portman), une actrice venue à la rencontre de Gracie qu’elle s’apprête à interpréter dans un film inspiré de la vie de cette dernière. 

L’entrée en matière de May December annonce la couleur. Une réorchestration du thème envoûtant du Messager de Joseph Losey (Palme d’Or en 1971) ouvre le long-métrage sur un générique vintage façon années 80. La suite semble confirmer les choix esthétiques de cette introduction en plaçant les personnages dans une imagerie volontairement kitsch qui évoque l’âge d’or des soap-operas (Dynastie, Santa Barbara). À cela s’ajoute le jeu légèrement outré de Julianne Moore et certains tics de mise en scène comme l’utilisation combinée du zoom et d’une musique dramatique pour appuyer la réplique d’un personnage. Todd Haynes semble vouloir traiter son sujet sous la forme d’une comédie aux accents parodiques. Pourtant, la majeure partie du long métrage se détourne rapidement des parti-pris exposés dans l’incipit. En effet, il est difficile de retrouver la patte du réalisateur de Carol dans cette histoire étrangement atone et sans relief. 

May December

Le sujet laissait à penser que Todd Haynes s’intéresserait aux dynamiques de ce couple sulfureux dans une société américaine où une morale toute puissante encadre les mœurs (l’action se déroulant à fortiori dans un état républicain). Malheureusement, cette thématique n’est abordée que partiellement, et avec si peu de substance qu’elle ne donne matière à aucune réflexion digne de ce nom. On pouvait alors espérer des étincelles dans la confrontation entre l’actrice et le sujet de ses recherches. Or, le film échoue là encore à proposer un point de vue pertinent sur la mise en abime du métier de comédienne. Principalement parce que le réalisateur et son scénariste prennent constamment de haut leurs personnages. Les actrices ont beau se démener, la caractérisation très superficielle qui leur est donnée ne leur laisse jamais le champ libre pour incarner quoi que ce soit. Les scènes d’affrontement entre Julianne Moore et Natalie Portman sont les premières à souffrir de cette avarie d’écriture, oscillant entre le grotesque et l’ennui. 

Pourtant nourri d’influences honorables (notamment l’immense Persona d’Ingmar Bergman), May December peine à convaincre. De l’écriture à la mise en scène, le film se contente d’égrener quelques idées sans jamais chercher à les traiter. Comme si tous ceux qui étaient à l’initiative du projet avaient déclaré forfait à chaque étape de la création. Un gâchis total qui se conclut sur un constat amère et sans appel au terme du visionnage :  la confrontation entre la brune et la blonde hitchcockiennes, annoncée par la première image dévoilée, n’aura pas lieu cette fois-ci !

Bande-annonce


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