THE PLAGUE
Dans un camp d’été, la rumeur d’une peste se propage. Quand Ben refuse d’y croire, les frontières de la réalité se brouillent et un jeu impitoyable se déclenche entre les garçons.
CRITIQUE DU FILM
Une étrange sensation de doute s’installe face à The Plague. Les espaces liminaires s’enchaînent, une certaine latence émane des premières minutes, comme si nous n’étions pas tout à fait prêt·e·s à assimiler ce que l’horreur stagnante de l’œuvre implique. Pendant un temps, il n’y a que cette vaste piscine, dans laquelle les corps s’enfoncent tels des poids morts vers les abysses carrelés. Elle n’est pas innocente, cette esthétique qui fait de l’œil aux tendances actuelles d’Internet, tout droit issue de ces fameuses backrooms, lieux incomplets et vides dont la fascination tient à cet échec de présence. S’il n’y a d’abord que le lieu, Charlie Polinger met très vite ce champ lexical de l’épure horrifique au service d’une peur bien plus humaine : au milieu de ce néant chloré trône le rejet de l’autre, une méchanceté telle qu’elle en vient à renforcer la solitude de ces couloirs désertés.
La peur paraît d’abord issue d’une imagination collective. Désireux de se créer un croquemitaine factice, les adolescents pointent du doigt leur camarade atteint d’une réaction épidermique violente, au point qu’il en vient à être évité, chassé du groupe. Il ne faut évidemment pas longtemps avant que le phénomène ne devienne plus pernicieux. Les espaces trompeurs filmés par la caméra perdent de leur aura perturbante une fois la vraie gêne mise au jour. L’isolement, déjà présent dans cette atmosphère pesante, se cristallise dans la figure de ce personnage rejeté, adolescent au maillot bleu, cible des railleries de ses camarades du fait de sa différence. Le nouvel arrivant, incarné par Everett Blunck, devient à son tour une cible, moyen idéal de montrer la prolifération des mécanismes de harcèlement dans un tel milieu, avant d’en révéler le caractère circulaire et cyclique. Ce n’est pas le vide des lieux qui fait de The Plague une œuvre aussi inconfortable, mais l’absence de toute échappatoire pour les victimes, condamnées à une forme de noyade sociale dans ce bassin sans fond.

L’horreur se déplace autant qu’elle se déploie, The Plague étire ces situations de harcèlement jusqu’à pousser spectateur·ices et personnages à bout. Les adultes ne sont d’aucun secours dans ce processus, où le changement et la différence sont traités avec une cruauté qui échappe aux figures protectrices. Retentit à intervalles réguliers une bande-son dissonante, semblant de cris désaccordés qui renforce le malaise et souligne l’asymétrie entre le groupe et ses victimes. Cette lente suffocation ne s’arrête pas avant le point de non-retour. The Plague n’abandonne jamais ce qu’il cherche à disséquer, pas avant d’avoir fait éprouver à quel point ce processus est éreintant pour celles et ceux qui en sont la cible. L’omniprésence des corps flottants prend alors une autre dimension : dans une telle fragilité, chacun peut devenir la prochaine cible. Il n’y a rien de surnaturel dans ce bassin artificiel, la seule abomination est bien humaine.
The Plague joue avec les sens tout en révélant clairement sa véritable nature. Avec cette œuvre génératrice d’un malaise difficile à cerner, Charlie Polinger parvient à inscrire le liminaire dans la chair. Ces décors d’un vide profond ne sont là que pour faire émerger une perdition plus insidieuse. Le mal n’a nul besoin de se cacher dans les profondeurs, le voilà cautionné au grand jour. L’abandon de la déférence à l’égard de toute différence.






