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LA POUPÉE

Rémi ne s’est jamais remis de sa dernière séparation. Depuis, il s’est mis en couple avec une poupée, c’est plus simple. Elle s’appelle Audrey. Le jour où Patricia, une nouvelle collègue, arrive dans l’entreprise de Rémi, Audrey va mystérieusement prendre vie.

Critique du film

Coups de fourchette dans une blanquette de veau surgelée, réveil à l’horoscope, partie de baby-foot avec les collègues à la pause, la vie de Rémi ressemble à celle de monsieur Tout-le-monde. Après tout, Vincent Macaigne, acteur au physique banal (même si Miki penserait le contraire) mais au charme fou, n’a cessé d’incarner des hommes ordinaires et/ou des losers magnifiques. Il est de ceux qui subliment le quotidien jusqu’à le rendre singulier.

Sauf que la vie de Rémi n’est pas tout à fait conventionnelle. Personne ne le sait, mais sa femme Audrey est en réalité une poupée sexuelle. Cette banalité domestique devient alors un secret inavouable. Loin d’en souffrir, Rémi semble trouver un certain épanouissement dans ce simulacre. La cinéaste évacue d’abord le malaise potentiel en adoptant une palette de couleurs vives, presque apaisantes. Cette sérénité vole en éclats lorsqu’une nuit, l’objet inerte devient vivant. Les gros plans sur le visage paniqué de Macaigne laissent hors champ toute une série d’hypothèses inquiétantes. Ce bref basculement vers l’épouvante révèle le ludisme avec lequel Sophie Beaulieu aborde son premier long-métrage. Comédie romantique, critique sociale et conte s’y entremêlent. Mais ce mélange, s’il donne au film un aspect coloré et léger, tend aussi à lisser chacun de ses enjeux, comme si chaque registre était atténué pour tenir dans un format ramassé.

La poupée

Si le propos anti-patriarcal affleure, il se trouve souvent étouffé par la dynamique romantique. Quelques éclats viennent toutefois réveiller l’ensemble. Lorsque Rémi demande à Audrey — désormais capable de parler — d’éviter d’évoquer ses « problèmes d’intestins », jugés peu “girly”, elle lui répond avec une innocence désarmante : « Tu préfères imaginer des hommes aux toilettes ? ». Le trouble s’installe, et avec lui une remise en question, aussi brève soit-elle. Cette candeur, qui déconstruit les normes sans frontalité, rappelle par moments le personnage de Bella Baxter dans Pauvres créatures. Dans les deux cas, une forme de pensée féministe semble émerger d’un regard neuf, presque vierge. Une idée intéressante, bien que limitée, car elle tend à occulter l’histoire et les luttes qui ont permis ces avancées.

La trajectoire d’émancipation proposée par La Poupée reste ainsi frustrante. Les critiques du patriarcat ou de la misogynie intériorisée ne dépassent jamais le stade du constat. La lâcheté de Rémi, notamment dans ses relations avec les femmes, n’entrave en rien son rapprochement avec sa collègue Patricia. Le film préfère souvent le comique de situation à une véritable confrontation. Le réveil d’Audrey ne marque pas tant une révolte qu’une forme de coexistence ambiguë, parfois même consentie. Une limite qui empêche le film de déployer pleinement les promesses de son point de départ.

Bande-annonce

22 avril 2026 – De Sophie Beaulieu