la chimère

LA CHIMÈRE

Chacun poursuit sa chimère sans jamais parvenir à la saisir. Pour certains, c’est un rêve d’argent facile, pour d’autres la quête d’un amour passé… De retour dans sa petite ville du bord de la mer Tyrrhénienne, Arthur retrouve sa bande de Tombaroli, des pilleurs de tombes étrusques et de merveilles archéologiques. Arthur a un don qu’il met au service de ses amis brigands : il ressent le vide. Le vide de la terre dans laquelle se trouvent les vestiges d’un monde passé. Le même vide qu’a laissé en lui le souvenir de son amour perdu, Beniamina.

CRITIQUE DU FILM

Alice Rohrwacher est une cinéaste « née » à Cannes. Tous ses films y ont été présentés depuis Corpo Celeste en 2011, réalisé à tout juste 30 ans. Elle a depuis gagné le Grand prix pour Les Merveilles (2014), et s’est faite remarquer avec Heureux comme Lazzaro (2018), prix du scénario. La Chimère est donc une forme d’installation dans le temps pour la cinéaste et une façon de confirmer tout le talent entrevu avec ces trois premiers longs-métrages. Cette nouvelle histoire, située dans les années 1980 en Italie, suit la figure de l’étranger venu dans la péninsule pour y effectuer un voyage autant professionnel qu’intime, une sorte de quête existentielle qui devient un parcours initiatique pour le moins étrange.

Josh O’Connor joue Arthur, un instable et mystérieux personnage qui a un don, celui de réussir à détecter des reliques archéologiques. Il est comme possédé quand, armé d’une baguette tel un sourcier traditionnel, il a ses « chimères », des visions qui lui indiquent l’emplacement de trésors insoupçonnés, dissimulés dans des terrains vagues. Connu pour ses rôles dans les séries Peaky Blinders et The Crown, le jeune anglais avait apporté tout son talent au dernier film d’Eva Husson, Entre les lignes (Mothering Sunday), qui après un tunnel de deux ans va enfin sortir sur nos écrans en septembre prochain. Agité, colérique, Arthur est la cible de bandes de pilleurs de tombes à la recherche de butins lucratifs à revendre à des collectionneurs d’art privés, ce qui fait de lui une cible recherchée, son talent étant rare.

La chimère

Alice Rohrwacher bâtit un récit ambitieux qui se heurte à une certaine lisibilité, la narration étant souvent très confuse et difficile à suivre. Brouillon et manquant d’équilibre, le film se perd bien souvent dans les méandres du personnage principal et ses visions, qui n’aide pas La Chimère à trouver une consistance qui lui manque cruellement. L’écriture des personnages est également engluée dans un marécage de bonnes intentions qui tourne autour d’un amour perdu, dont on ne comprend jamais véritablement ce qu’il est advenu. L’afflux d’informations, contradictoires et parcellaires, crée un trouble qui ne bénéficie pas à la trame, jamais réellement claire.

Ces réserves sont d’autant plus regrettables que la direction artistique du film est à l’avenant des films précédents de l’autrice, magnifiant ces marges du territoire italien rural, avec un grain de folie qui avait tout pour charmer sur le papier. La thématique originale des pilleurs de tombes, avec la figure presque mythique des Etrusques qui font office de trophée, avait également un grand potentiel à exploiter. Malheureusement, ni le rythme ni l’écriture ne parviennent à relever le défi, La Chimère étant plus une somme de regrets que de réussites. S’il ne constitue pas un échec tel qu’il viendrait remettre en cause l’édifice bâti avec ses trois premiers films, il est malgré tout une déception amère qui sonne comme un rendez-vous manqué.

Bande-annonce

6 décembre 2023 – D’Alice Rohrwacher, avec Josh O’Connor , Isabella Rossellini et Carol Duarte.


Cannes 2023 – Compétition officielle