bilan-avril26

BILAN | Nos coups de coeur ciné d’avril 2026

Chaque mois, les membres de la rédaction du Bleu du Miroir partagent les films qui ont laissé une empreinte durable sur leur regard : œuvres marquantes, découvertes précieuses, expériences de cinéma qu’il fallait absolument vivre en salle obscure. Retrouvez ci-dessous les coups de cœur d’avril 2026.

Le choix de François-Xavier

Pour son passage au cinéma documentaire, Lucrecia Martel empoigne le meurtre de Javier Chocobar, chef de la communauté autochtone Chuschagasta, et déplie une histoire coloniale de l’Argentine, c’est à dire une histoire de prédation et d’effacement. Des siècles de domination qui conduisent à un sentiment d’impunité, lequel se traduit au long des séquences du procès où les victimes doivent faire profil bas. Le film se double d’un portrait de la communauté Chuschagasta et d’une splendide découverte d’une terre qui est devenue pour eux à la fois enfer et paradis. Si, par sa puissance de réel et d’accusation, Nuestra Tierra est le film du mois, difficile de passer sous silence le ginkgo biloba et le géranium de Silent Friendle très beau film de Ildiko Enyedi.

Le choix de Théo

Le vent du temps souffle sur Romería, la mer ne semble pas être la seule cachottière. Les secrets se perdent dans les écrits autant qu’ils se trouvent modifiés dans les paroles, la quête par traces est alors plus initiatique que cathartique, tandis que le passé revient par bribes. Tant pis si il est incomplet, il y a des choses qu’on peut croire et d’autres imaginer. L’image elle-même désire entretenir le flou entre ce qui est, ce qui a été (et peut-être ce qui sera ?), le film caméscope vient confronter le cinéma sur son propre terrain, signe que l’héritage peut se glisser parmi les nouvelles images. Fable d’abord familiale, Romería devient petit à petit un récit plus large, capable d’accueillir la jeunesse dans le creux de ses vagues pour lui susurrer un chant enivrant : celui de la vie et de la mort, l’air entraînant qui invite à vivre jusqu’à la prochaine passation.

Le choix de Sam

Avec Silent Friend, Ildikó Enyedi signe une œuvre singulière et hypnotique, un triptyque qui, à travers les époques, interroge notre rapport au vivant et aux formes d’intelligence invisibles. Reliés par un ginkgo biloba immuable, ses récits explorent la solitude des esprits visionnaires, oscillant entre incompréhension et illumination. Porté par une mise en scène sensorielle mêlant poésie, quiétude sonore et quelques touches de romanesque et d’humour feutré, le film suggère que toute percée, qu’elle soit scientifique ou artistique, naît d’un retrait du monde, où la pensée, lentement, se transforme et prend forme, et où l’isolement devient le terreau de révélations. Une méditation délicate sur la science, la création et la nécessité d’apprendre à voir autrement.

Le choix d’Antoine

Portrait fascinant d’un réalisateur oublié dont chaque projet de cinéma fut voué à l’échec, L’œuvre invisible se déploie comme un jeu de piste haletant, brouillant sans cesse les frontières entre fiction et réalité. À travers les témoignages de figures emblématiques du cinéma français — Jean Rochefort, Anouk Aimée, Claude Lelouch — cette enquête tente de donner forme à une énigme, un homme dont toute trace s’est mystérieusement dissipée au fil du temps. En résulte une réflexion vertigineuse sur l’empreinte que le cinéma laisse derrière lui, doublée d’une subtile mise en abyme : à mesure que son sujet se dérobe constamment, le documentaire lui-même semble menacé de disparition, privé de matière tangible pour exister pleinement. Un labyrinthe narratif aussi stimulant qu’envoûtant, qui interroge avec finesse notre rapport à l’image, à la mémoire et à l’invisible.

Le choix de Grégory

Avec Plus fort que moi, Kirk Jones signe un biopic qui avance sur une ligne de crête délicate : faire rire d’un trouble qui isole, sans jamais trahir la souffrance qu’il impose. Inspiré de la vie de John Davidson, le film embrasse pleinement les contradictions de son sujet, mêlant éclats de comédie et douleur sociale avec une sincérité désarmante. Ce qui impressionne, c’est la manière dont l’humour devient un outil de compréhension plutôt qu’un simple ressort narratif : on rit, mais ce rire se fissure aussitôt face à la fatigue d’exister « contre soi-même ». Dans ce mouvement constant, le film s’inscrit dans une tradition britannique profondément humaniste, attentive aux marges sans jamais les réduire à leur condition. Sans chercher l’effet ni la démonstration, la mise en scène privilégie la simplicité et laisse émerger une émotion directe. Au cœur de cette réussite, Robert Aramayo livre une performance saisissante, autant dans l’expressivité physique que dans les silences. Autour de lui, les seconds rôles apportent chaleur et ancrage, dessinant un monde où la bienveillance reste possible, fragile mais essentielle. De cette trajectoire heurtée, le film tire une énergie profondément communicative : celle d’un récit qui, en éclairant une réalité méconnue, parvient aussi à célébrer une forme de résilience. Un cinéma populaire au sens noble, capable de toucher juste sans jamais forcer.

Le choix de Fabien

Avec son couple glamour (Zendaya/Robert Pattinson) dont on va suivre en accéléré la rencontre et les débuts de vie commune, The Drama a dans ses premières minutes l’apparence parfaite de tout ce qu’il n’est en réalité pas. En effet, le scénario arrive rapidement à ce qui est normalement la conclusion des romances hollywoodiennes : le mariage. Il déconstruit un peu plus la structure cinématographique habituelle avec un twist qui survient dès le premier quart d’heure et pulvérise complètement ce que le film aurait dû être. La force de ce twist vraiment inattendu (et dont il conviendra donc de se garder de toute divulgation) est de mettre les spectateurs et spectatrices dans le même état de surprise que les protagonistes et de les obliger à une réflexion sans y avoir été préparé·e·s. Si le film perd un peu en intérêt sur sa longueur, il n’en demeure pas moins très bien maîtrisé dans son écriture et sa mise en scène. Mais il doit surtout énormément à son casting, son couple star en tête, qui démontre bien qu’il n’était pas juste là pour son potentiel glamour.