PLUS FORT QUE MOI
Dans les années 1980, John Davidson grandit avec le syndrome de Gilles de la Tourette, une pathologie encore largement méconnue. Entre incompréhension, stigmatisation et détermination, son parcours, d’abord semé d’embûches, se transforme en combat pour être reconnu tel qu’il est, au-delà des préjugés.
Critique du film
À la fin des années 80, la population britannique découvre pour la première fois la figure de John Davidson. Dans l’épisode John’s Not Mad de l’émission scientifique Q.E.D., diffusé sur la BBC, les téléspectateurs observent, durant une demi-heure, ce que signifie vivre avec le syndrome de la Tourette à l’adolescence. Les années passent, et celui qui était filmé par la télévision finit par reprendre le contrôle de son histoire pour sensibiliser à cette condition. Son parcours est aujourd’hui adapté au cinéma par Kirk Jones, réalisateur de Nanny McPhee. Bien qu’il soit paradoxal qu’un film remettant en cause les normes adopte les conventions du biopic, Plus fort que moi surprend par sa capacité à allier récit personnel combattif et didactisme assumé.
Pour introduire son sujet avec une pointe de légèreté, Kirk Jones ouvre son film sur un flash-forward. Nous sommes en 2019, John Davidson s’apprête à être décoré par la reine Elizabeth II. Nerveux à l’idée de commettre l’irréparable devant sa Majesté, il hésite à fuir. Soutenu par ses proches, il décide finalement de s’y rendre. L’inévitable se produit : un tic injurieux vient rompre la bienséance de la cérémonie royale. À travers cette situation poussée à l’extrême, le film expose avec humour son sujet et accueille le spectateur avec chaleur. Une fois ce lien établi, il ne lâche plus son audience et montre, de manière plus frontale, ce que signifie vivre avec la Tourette.

Dans la tradition la plus classique du biopic, ce qui intéresse ici le cinéaste, c’est la personne de Davidson et la manière dont le syndrome façonne son existence. De l’adolescence — où les premiers tics compromettent une carrière prometteuse dans le football et fragilisent les liens familiaux — à l’âge adulte, où la question de l’indépendance devient centrale. Le film, soucieux de son rôle éducatif, impressionne par la ténacité de ce parcours. Il aurait pu s’arrêter au procès que subit Davidson après une altercation, moment fort porté par le discours de son employeur (un excellent Peter Mullan), qui interroge frontalement les préjugés entourant la maladie. Mais vivre avec la Tourette, c’est enchaîner les combats, et Plus fort que moi choisit de les embrasser dans leur continuité. Le véritable adversaire n’est pas la maladie elle-même, mais le regard que la société porte sur elle.
Le film ne parvient cependant pas toujours à restituer pleinement cette dimension combative. Une scène en particulier, censée célébrer une réussite personnelle, en témoigne. Alors que John obtient son premier emploi et que Dottie — la femme qui l’a recueilli — apprend qu’elle n’est finalement pas atteinte d’un cancer, ce moment de joie est immédiatement brisé par une agression violente. La scène, brève mais intense (ralentis, effets sonores), révèle une tendance à surligner le drame au détriment de la respiration émotionnelle. Ce choix affaiblit légèrement le naturalisme de la mise en scène et le jeu de Robert Aramayo. Ces effets restent toutefois compréhensibles dans une logique de dramatisation visant à maintenir l’attention du spectateur.

Dans sa dernière partie, le film élargit son regard en donnant une dimension plus collective au parcours de Davidson. Celui-ci décide de mettre des mots sur son expérience pour la transmettre, aussi bien à des adolescents concernés qu’à un public plus large encore mal informé.
Si la réception du film a parfois été parasitée par certaines incompréhensions — notamment autour d’un incident aux BAFTA —, le chemin parcouru par Davidson laisse entrevoir des perspectives plus apaisées. Le film s’achève sur une forme de suspension, ouvrant vers les espoirs permis par les avancées médicales. Une conclusion douce, incarnée par une scène de train pleine de tendresse, à l’image d’un film sincère, accessible et profondément humain.
Bande-annonce
1er avril 2026 – De Kirk Jones






