WIVES
Trois amies d’enfance se revoient lors d’une fête donnée en l’honneur de leur ancienne institutrice. Retrouvant leur complicité, désireuses de prolonger ce bon moment partagé, elles décident d’abandonner famille et travail pour passer la journée ensemble. L’occasion de prendre conscience de leur situation individuelle et de faire le point sur leur vie
Critique de la trilogie
Réalisé en 1975 par la Norvégienne Anja Breien, Wives fait clairement écho au film de John Cassavetes, Husbands (1970), et en constitue, en quelque sorte, le pendant féminin : similitudes du point de départ, mélange des genres entre comédie et gravité, importance de l’improvisation et interprétation de comédiennes inspirées, qui se répondent avec une apparente complicité réjouissante.
Trois amies d’enfance, aujourd’hui trentenaires, se retrouvent avec leurs anciennes camarades de classe lors d’une fête donnée en l’honneur de leur institutrice. Au petit matin, lorsque se termine cette nuit de retrouvailles et de festivités, Kaja, Mie et Heidrun décident de prolonger ce moment et s’offrent une escapade durant laquelle elles se confient sur leurs vies respectives, défient les convenances d’une société corsetée et n’hésitent pas à aborder les hommes en inversant les rôles, s’affranchissant ainsi des conventions.
Les hommes semblent souvent désarçonnés par leurs initiatives, a priori plus malicieuses que sérieuses. Les trois amies partent alors en virée, d’un bar à un autre, passent brièvement chez elles et se libèrent provisoirement de toute contrainte familiale et professionnelle. Kaja, enceinte, rabroue sèchement sa mère, irritée par son inquiétude. Wives propose, à travers cette parenthèse, une vision à la fois désenchantée et amusée de femmes trentenaires confrontant leurs vies à leurs rêves de jeunesse.
Mie a un amant mais continue d’admirer son mari et s’interroge : « Pourquoi nos rêves ne se réalisent-ils jamais ? » Heidrun lui répond : « C’est peut-être lié à l’argent. » Le film évoque aussi une époque contrastée, entre les bouleversements de la fin des années 1960 et les vestiges d’une société dominée par le désir masculin. De nombreux thèmes sont abordés : la difficulté d’être mère, celle de rester amoureuse et fidèle au même homme, le monde du travail, la société norvégienne, les désillusions propres à chacune et à chacun.

Dix ans après Wives, Anja Breien propose une suite, Wives 2, deuxième volet de ce qui deviendra une trilogie. Kaja, Mie et Heidrun ont désormais la quarantaine. C’est la veille de Noël et les trois femmes participent à une fête costumée. Là encore, comme dix ans auparavant, l’envie leur prend de prolonger la fête à trois, quitte à laisser maris, enfants, familles ou amants fêter Noël sans elles.
Travail compliqué, dépression, IST contractée : autant d’événements, importants ou anecdotiques, qui leur font prendre conscience du temps qui passe. C’est l’heure des premiers bilans. Il leur arrive de se disputer, voire d’être tyranniques entre elles. Elles prennent conscience qu’elles sont arrivées au milieu de leur vie, tout en étant encore dans la fleur de l’âge.
Ce deuxième opus comporte toujours autant de moments savoureux et humoristiques, qui viennent tempérer les instants douloureux ou les questionnements existentiels de ces trois amies : on est parfois autant chez Ingmar Bergman que chez John Cassavetes. Les trois interprètes principales, Anne Marie Ottersen, Katja Medbøe et Frøydis Armand, sont confondantes de naturel, aussi bien dans les moments légers que dans les instants de fragilité ou d’angoisse face à la vie et au vieillissement.

En 1996, Wives 3, elles ont cinquante ans vient clore une trilogie remarquable. Les trois femmes, désormais quinquagénaires, sont marquées par les déceptions mais ne renoncent pas à trouver l’amour, et leur ironie ne bascule jamais dans le cynisme ou l’aigreur. Leur appétit de vivre demeure intact.
Le film s’ouvre sur l’anniversaire de Kaja, qui déclare aux participantes : « C’est le premier jour du reste de votre vie. Et elle commence maintenant. » Prendre conscience du temps qui passe sans céder à la panique, mais avec sagesse et une forme d’hédonisme, ne pas renoncer à ses rêves : voilà ce qui caractérise la force de ces trois amies, malgré la maladie, le déclin psychique d’une mère ou les conflits de génération avec une fille. Abordant différents sujets de société — racisme, violence, place de l’éducation — Wives 3 ne démérite pas. Tout aussi réussi que les deux précédents volets, il alterne scènes de pure comédie et moments touchants, parsemant parfois le récit d’une forme de poésie, à travers des images ou des citations.
Ces trois films forment un ensemble homogène, tant par leurs thèmes et leurs formes que par leurs qualités, et se distinguent par une réelle originalité.
Bande-annonce
1er avril 2026 (ressortie)
Malavida Films ressortira également, le 6 mai, quatre autres films d’Anja Breien.






