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LES LOIS DE L’ATTRACTION

Au Camden College, l’essentiel de la vie des étudiants ne se déroule pas pendant les cours. Dans cet univers de fêtes et de débauche, Sean Bateman n’a pas usurpé sa réputation de tombeur. Une bonne partie des jeunes filles du campus peuvent en témoigner personnellement. Paul Denton, lui, affiche au grand jour son homosexualité, mais peine à se trouver des partenaires. Lauren Hynde, pour sa part, est sublime. Elle n’en abuse pas encore. Elle est trop occupée à chercher sa place dans ce monde libertaire qui obéit tout entier aux lois de l’attraction…

Critique du film

Adapte-moi si tu peux !

Quand on pense à Bret Easton Ellis au cinéma, on a immédiatement l’image d’un Christian Bale ensanglanté dans American Psycho. La peinture écornée de la haute bourgeoisie masculine, mise en scène par Mary Harron à la fin des années 90, a suffisamment marqué les esprits pour faire de Patrick Bateman un personnage culte du thriller psychologique. Mais ce n’est pas la seule œuvre de l’écrivain sulfureux à avoir été adaptée au cinéma. Ce n’est même pas le seul membre de la famille Bateman à apparaître sur grand écran. En 2003, le réalisateur et scénariste Roger Avary électrise le campus movie en adaptant Les Lois de l’attraction. Une œuvre étrange, violemment critique du monde universitaire, mais traversée par une sensibilité inattendue.

La loi de l’attraction repose, dans son acception populaire, sur l’idée que plus on adopte une attitude positive, plus des événements positifs surviendront. À en croire le film, l’usage de ce principe relève d’une ironie mordante. Plutôt du côté de Murphy que de l’attraction, le récit met en scène une précipitation vers le pire pour trois étudiant·e·s liés par un marivaudage universitaire cruel. Nous les rencontrons en pleine fête, qui tourne à la catastrophe, avant que le film ne se rembobine sous nos yeux pour nous montrer comment ils en sont arrivés là. Il y a Lauren (Shannyn Sossamon) et Paul (Ian Somerhalder), perpétuellement confronté·e·s à des déceptions sentimentales, mais surtout celui qui gravite autour d’eux : Sean Bateman, petit frère du Patrick d’American Psycho, avec qui il partage un certain penchant pour la sociopathie. Interprété par le regretté James Van Der Beek, son comportement toxique entraîne une série de quiproquos aux conséquences parfois dévastatrices.

Les lois de l'attraction

À travers le quotidien de ces trois personnages, Roger Avary dépeint un monde étudiant en décomposition. Sexisme et homophobie y prédominent et semblent annihiler tout espoir. Mais plutôt que de s’enfermer dans ce constat, le film offre à ses personnages de véritables bulles d’oxygène, évitant ainsi une posture critique trop uniforme. Le plus bel exemple reste ce split-screen matinal, sur l’air de Colours de Donovan. La scène marque la première rencontre entre Sean et Lauren, qui déambulent chacun de leur côté dans un campus ensoleillé avant de se croiser dans un couloir. C’est dans ce type de séquences, où il expérimente sans cesse les possibilités du médium, qu’Avary donne de l’épaisseur à la solitude existentielle de ses personnages.

Il pousse cette logique plus loin encore dans une séquence de montage où un certain Victor raconte son voyage en Europe. Le montage ultra-saccadé enrichit le personnage d’expériences toujours plus folles, tout en les vidant de leur sens par la brièveté avec laquelle elles sont racontées. Une scène marquante, qui aurait d’ailleurs inspiré la série Bref de Kyan Khojandi. Il faut également souligner l’importance de la musique dans le film, qui apporte de la respiration : entre la bande originale électronique de Tomandandy et les morceaux de The Cure ou Public Image Ltd.

Les Lois de l’attraction est ainsi un film singulier. Derrière une façade d’œuvre cynique sur les violences universitaires, il ne cesse de bifurquer pour interroger, par le cinéma, les quêtes de bonheur de ses personnages. Un film parfois difficile à appréhender, par son agressivité, mais dont on gagne beaucoup lorsque sa sensibilité étrange finit par affleurer.


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Adapte-moi si tu peux !

(Cycle de films sur les grandes adaptations)