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PRISCILLA

Quand Priscilla rencontre Elvis, elle est collégienne. Lui, à 24 ans, est déjà une star mondiale. De leur idylle secrète à leur mariage iconique, Sofia Coppola dresse le portrait de Priscilla, une adolescente effacée qui lentement se réveillera de son conte de fées, pour prendre sa vie en main.

CRITIQUE DU FILM 

Ses pieds pédicurés épousent la moquette rose, sa main retouche son maquillage, d’un geste appris par cœur : le nouveau long-métrage de Sofia Coppola s’ouvre sur l’image iconique de Priscilla Presley, probablement la seule image que beaucoup connaissent d’elle. Celle d’une femme glamour et apprêtée, aux côté d’un époux superstar. Mais qui est-elle réellement ? 

En 1985, Priscilla Presley raconte quatorze années de sa vie dans le livre Elvis et moi, coécrit avec Sandra Harmon. De sa rencontre en Allemagne avec Elvis en 1959, alors qu’elle avait 14 ans, jusqu’à leur mariage en 1967 et à leur séparation en 1972, Sofia Coppola puise dans ces confidences pour conter l’histoire intime d’une jeune femme, derrière les paillettes. 

Si l’on connaît les héroïnes de la cinéaste, enfermées comme les sœurs Lisbon dans Virgin Suicides ou délaissées comme Marie-Antoinette dans le film du même nom, on n’a aucun mal à comprendre son intérêt pour l’histoire de Priscilla Presley. Avec Priscilla, c’est encore une fois la complexité du passage de l’enfance à l’âge adulte qu’elle met en scène. Et comme Marie-Antoinette, Priscilla va évoluer dans une prison dorée. 

Pour la jeune fille, l’histoire débute comme un conte de fée : alors qu’elle s’ennuie à Bad Nauheim, en Allemagne, où son père adoptif, officier de l’US Air Force, a été affecté, elle rencontre Elvis qui y effectue son service militaire. À l’époque, le chanteur âgé de 24 ans est déjà une idole et c’est à elle, qui n’est encore qu’une enfant, qu’il s’intéresse. Si notre cœur se serre à la vue de leur première rencontre, on se met aisément dans la peau de l’héroïne qui, pour la première fois, se sent aussi importante qu’extraordinaire. Et tout au long du film, la représentation de leur relation témoigne de la grande sensibilité de Sofia Coppola et de ses talents de conteuse pour restituer les souvenirs doux-amers de Priscilla.  

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Pour la cinéaste, pas question de romantiser l’histoire. En revanche, plus que la fidélité historique, Sofia Coppola cherche à capter les sentiments, l’intime de son héroïne et surtout à raconter l’histoire de son point de vue. Dans Priscilla, ce n’est donc pas l’Elvis des tabloïds qu’on voit, mais plutôt l’homme qui vit derrière ces images. Un homme qui dissimule ses tourments derrière son aura de gourou, un homme qui confond l’amour et la domination et qui croit pouvoir façonner son épouse idéale. Tout cela, nous l’observons à travers les yeux d’une jeune fille qui, à mesure qu’elle grandit, s’éveille d’un rêve fragile et illusoire, pour s’émanciper d’une emprise.

Sans jamais quitter le point de vue de l’héroïne, Sofia Coppola nous plonge dans les années 1960 à travers l’esthétique élégante qu’on lui connaît. Avec Priscilla, la cinéaste nous livre encore une œuvre contemplative et pudique, qui trouve son intensité dans les regards et dans les silences. Et si le rythme du récit est plutôt constant, son atmosphère feutrée et l’excellente interprétation des acteurs nous captivent tout au long du film. L’actrice Cailee Spaeny est tout simplement étincelante dans le rôle de Priscilla et Jacob Elordi livre une interprétation d’Elvis très différente de celle d’Austin Butler dans le biopic réalisé par Baz Luhrmann en 2022. 

Ce portrait trouve aisément sa place dans la galerie créée par Sofia Coppola tout au long de sa filmographie et vient y ajouter la dimension de résilience. Et si un regret s’installe à la fin du long-métrage, c’est peut-être celui de quitter Priscilla au moment où elle commence enfin à vivre sa propre vie, loin de l’ombre d’Elvis. 

Bande-annonce

3 janvier 2024 – De Sofia Coppola, avec Cailee SpaenyJacob Elordi