still_coutures

COUTURES

À Paris, dans le tumulte de la Fashion Week, Maxine, une réalisatrice américaine apprend une nouvelle qui va bouleverser sa vie. Elle croise alors le chemin d’Ada, une jeune mannequin sud‐soudanaise ayant quitté son pays, et Angèle, une maquilleuse française aspirant à une autre vie. Entre ces trois femmes aux horizons pourtant si différents se tisse une solidarité insoupçonnée. Sous le vernis glamour se révèle une forme de révolte silencieuse : celle de femmes qui recousent, chacune à leur manière, les fils de leur propre histoire.

Critique du film

C’est un petit exploit de tenir la durée d’un long-métrage, dont l’action se tient pendant une fashion week, en laissant de côté podium et people. Alice Winocour ne connaissait strictement rien à ce milieu lorsqu’elle choisit d’en faire le centre de son film. Elle tenait précisément à pénétrer un monde inconnu pour traiter d’un sujet intime : la maladie.

Son regard sur la haute couture semble dépourvu d’affects, ni Capitole ni Roche Tarpéienne. On notera tout de même que le grand patron de la maison représentée (Chanel, co-producteur du film, a prêté ses locaux) est un homme, ainsi que les professeurs de médecine. On notera également que Maxine, une des trois protagonistes principales, est cinéaste, métier pas exactement exotique aux yeux de la réalisatrice. Les deux autres, Angèle et Ada, sont respectivement maquilleuse et mannequin. Ada, c’est Anyier Anei, jeune femme d’origine soudanaise mais grandie au Kenya. Elle interprète ici peu ou prou son propre rôle après que Winocour l’a rencontrée pendant la préparation du film. Angelina Jolie n’incarne pas un avatar d’elle-même, mais le cancer du sein qui frappe son personnage n’est pas étranger à sa douloureuse expérience personnelle. Porteuse d’un gène défectueux, elle a subi il y a une dizaine d’années une double mastectomie puis une double ovariectomie afin de prévenir un risque très important de cancer. En rendant la chose publique, l’actrice espérait sensibiliser sans frontières ; on parle aujourd’hui du « gène Angelina ». On voit que les fils de la fiction et de la réalité s’entremêlent, comme se croisent les destins des personnages de Coutures.

Coutures

C’est un peu la loi du genre : il faut un certain temps au film choral pour trouver sa vitesse de croisière. Le scénario n’est pas malhabile ; on fait connaissance avec Maxine, Angèle et Ada tout en embrassant la pyramide des métiers qui font tourner le manège, de la couturière au patron. Monte cependant une petite musique bien connue, quand la mécanique du scénario engonce les personnages davantage qu’elle ne leur donne vie. La maladie de Maxine donne lieu à une série de scènes convenues : l’annonce puis la verbalisation, la trajectoire professionnelle rompue en plein envol et le défi de la séduction. Autant de balises qui devraient être authentiquement bouleversantes, hélas ici égrenées sans fraîcheur.

Que dire de la scène du sacrifice des cheveux ? Elle est simplement suggérée mais annoncée par une séquence révélatrice. Anton, son chef opérateur taiseux mais bienveillant, amant en puissance, accompagne Maxine faire l’acquisition d’une tondeuse électrique. Soudain, voir Angelina Jolie et Louis Garrel (il interprète le bel Anton) déambuler dans les travées de chez Darty renvoie le film à une sorte de paradoxe : comment éviter les poncifs sur la mode en employant des égéries de l’industrie du luxe ? On appellera ce malaise la « gêne Angelina ».

C’est d’autant plus dommage que la sincérité d’Alice Winocour ne saurait être discutée, son talent non plus. Deux séquences en sont l’éclatante confirmation. La première suit l’initiation d’Ada dans une soirée entre collègues. La jeune femme s’est tordue la cheville ; elle plonge le pied dans un seau de glaçons où flottait une bouteille de champagne quand son regard est attiré par une télévision qui diffuse un dessin animé. En fond sonore, Françoise Hardy chante Mon amie la rose, accompagnée par un chœur de filles. Le sourire qui illumine le visage d’Ada est celui de l’enfance ; elle n’en a probablement pas d’autre. La seconde voit le clou du spectacle, le défilé pour lequel tout le monde se prépare, ruiné par un orage. Alors que le décor s’écroule et que chacun court se mettre à l’abri, Ada, souveraine dans sa robe blanche, poursuit sa marche en avant, filmée au ralenti. Maxine, de son côté, indifférente au désastre, cherche à joindre sa fille.

« Pourtant j’étais très belle. Oui, j’étais la plus belle. Des fleurs de ton jardin. On est bien peu de chose… »

Bande-annonce

18 février 2026 – D’Alice Winocour