IMPERIAL PRINCESS
Iulia vit seule à Monaco depuis le départ de son père, retourné en Russie à cause des sanctions contre son pays. Elle ne va plus en cours. Elle se sent de plus en plus seule et menacée.
Critique du film
Étonnamment, lors du visionnage d’Imperial Princess, dernier projet de Virgil Vernier, on pense à un film qui a marqué de nombreux spectateurs en 1999 : Le Projet Blair Witch. Bien qu’entre le quotidien oisif d’une fille d’oligarque russe à Monaco et les frayeurs d’un groupe d’amis américains dans un bois du Maryland il n’y ait, a priori, pas beaucoup de points communs, on retrouve dans les deux films la volonté de troubler la nature du médium en floutant la frontière entre le réel et la fiction. Sans le sensationnalisme marketing qui entourait le film de Daniel Myrick et Eduardo Sánchez, Imperial Princess se présente comme le journal intime brut d’une fille d’oligarque russe, sans que l’on sache jamais précisément à quel point le récit de la jeune femme relève de son vécu ou de son imagination.
Pour donner l’impression que ses images seraient celles d’un réel qui aurait, comme par magie, échoué sur les écrans de cinéma — telle une bouteille à la mer qui nous parviendrait enfin — la qualité de l’image est volontairement dégradée, ramenée à une matière si brute et si peu travaillée qu’elle en paraît détériorée, presque amochée. La réalité semble ici si difficile, éprouvante et inédite à capturer qu’elle n’aurait pu se laisser emprisonner par les caméras sans tenter de leur faire violence. Dans les deux films, ce sont les protagonistes eux-mêmes qui enregistrent leurs actions et leur perception du monde, effaçant ainsi le regard d’un œil extérieur, et revendiquant être à la fois les créateurs et les acteurs de leur histoire, plutôt que les marionnettes d’un·e cinéaste.
Iulia n’est certes pas une marionnette, mais elle est bien captive de quelque chose. Seule, comme nombre de personnages féminins chez Virgil Vernier, elle filme avec son téléphone les rues de la principauté monégasque, son luxe glamour et ostentatoire. À cette imagerie très superficielle, le grain de l’image — qui n’existe pourtant pas avec les smartphones actuels — confère un écrin nostalgique, renforçant la fascination pour ces objets (voitures haut de gamme, vêtements de designers) et pour un mode de vie qui paraît lui-même profondément superficiel. Iulia pourrait quitter Monaco et rejoindre son père en Russie, contraint d’abandonner son yacht et son existence sur le Rocher à la suite des sanctions européennes imposées aux oligarques russes après l’invasion de l’Ukraine par Poutine, mais quelque chose d’indicible la retient à Monaco, quelle que soit la solitude ou le désœuvrement qu’elle y éprouve.
C’est cette contradiction que Vernier travaille dans Imperial Princess en entrechoquant les séquences filmées par sa protagoniste et l’enregistrement d’une voix off (trop) longue, dans laquelle Iulia décrit son histoire, son quotidien et ses rencontres. Elle apparaît ainsi sporadiquement à l’écran mais demeure hyperprésente dans nos oreilles, comme déchirée entre deux mondes. Lorsqu’elle filme les figurants de son histoire, on ne sait jamais très bien si elle cherche en eux un miroir, le désir de s’y intégrer, ou au contraire la confirmation de sa différence.
C’est dans ces rares moments poétiques, quand la parole se fait moins rébarbative, qu’Imperial Princess devient véritablement impérial. Hélas, le vrai-faux témoignage d’Iulia, s’il permet de donner un sens à certaines images, n’atteint jamais le charme tragique et tapageur de ce que montre l’écran. C’est sans doute à la fois la force et la limite du film : s’être laissé emprisonner par son propre dispositif, à l’image d’Iulia elle-même.
Bande-annonce
(à venir)
21 janvier 2026 – De Virgil Vernier






