BILAN | Nos coups de coeur ciné de décembre 2025
CHAQUE MOIS, LES MEMBRES DE LA RÉDACTION VOUS PROPOSENT LEUR FILM PRÉFÉRÉ LORS DU BILAN DU MOIS, CELUI QU’IL FALLAIT DÉCOUVRIR À TOUT PRIX EN SALLE OU DANS VOTRE SALON (SORTIES SVOD, E-CINEMA…). DÉCOUVREZ CI-DESSOUS LES CHOIX DE CHAQUE RÉDACTEUR·ice DU BLEU DU MIROIR POUR LE MOIS de DÉCEMBRE 2025.
Le choix de François-Xavier

Quelques mois d’une famille, trois enfants et un chien, dont les parents viennent de se séparer. La vie, l’amour, la mort. Pálmason filme des cycles qui s’entrecroisent. Entre ruptures et continuité, il capte les petits riens du quotidien, les renoncements et les obstinations, les médiocrités et les épiphanies. Il faut prendre la mesure d’une narration flottante pour goûter au charme de ce cinéma qui révèle, indissociables, cruauté et beauté. L’Amour qu’il nous reste, c’est aussi parmi les plus beaux portraits de femmes que l’année cinéma nous aura donné à voir : Anna tout à la fois mère, fille, artiste et amie, incarnée par la lumineuse et rugueuse Saga Garðarsdóttir.
Le choix de Sam

En ce beau mois de sortie où les plus beaux films de cette fin d’année débarquait sur nos écrans le même mercredi, le cœur ne pouvait que choisir Love Me Tender d’Anna Cazenave Cambet, purement et simplement le meilleur long-métrage français de cette belle année 2025. À travers la trajectoire de la Clémence librement adaptée de Constance Debré et magistralement incarnée par Vicky Krieps, la réalisatrice dessine une fresque intime où la quête de liberté rencontre les impasses du cœur et les lourdeurs sociales. Lorsqu’elle annonce à son ex-mari qu’elle vit des relations avec des femmes, Clémence se heurte à une réaction d’égo, teintée d’amertume, de sexisme et d’homophobie qui la prive de la garde de son fils, Paul. Mais plutôt que de s’enfermer dans le pathos, Love Me Tender refuse les plaintes faciles et explore avec sensibilité les violences silencieuses du jugement social, la complexité des rapports familiaux et les préjugés encore vivaces contre les femmes qui s’émancipent. La mise en scène délicate et sensuelle, portée par une écriture qui épouse corps et émotions, évite tous les écueils pour capter l’essence d’un combat double : celui d’une mère pour rester mère et celui d’une femme pour rester libre, même quand cette liberté coûte terriblement cher. Universel bien qu’enraciné dans une expérience lesbienne, cette œuvre mémorable touche à ce que signifie être parent, artiste et libre. Un manifeste d’émancipation doux-amer qui résonne presque encore aussi fort sept mois après sa découverte cannoise.
Le choix d’Antoine

Vu l’état de déliquescence politique et humaine dans laquelle se trouve la société américaine actuelle, Rebuilding agit comme un véritable baume cicatrisant et réparateur. En posant sa caméra au cœur du Far West contemporain, Max Walker-Silverman interroge moins les mythes fondateurs américains qu’il ne scrute l’humanité fragile qui subsiste en marge du système. En cela, son film offre un contrepoint humaniste très intéressant au Eddington d’Ari Aster. Sans jamais céder ni aux bons sentiments, ni au misérabilisme, Rebuilding avance délicatement, à petits pas. Le cinéaste s’en remet simplement à la beauté du lien humain – qu’il soit filial, amical ou simplement social – pour panser les maux d’un monde à bout de souffle (isolement géographique, catastrophe écologique, perte du sentiment d’appartenance à une communauté…). C’est beau, juste et servi par un Josh O’Connor d’une belle sensibilité.
Le choix de Noam

Dans Girls for Tomorrow, Nora Philippe saisit avec une rare délicatesse le devenir d’une génération féministe en suivant, sur une décennie, quatre jeunes femmes américaines issues du Barnard College. Entre l’ère Obama et l’Amérique post-Trump, elle filme l’entrelacement du politique et de l’intime, révélant comment les idéaux d’engagement se heurtent à la fatigue, aux contradictions et au passage du temps. Par un regard attentif et sans emphase, la réalisatrice transforme le documentaire en espace de sororité vécue, où l’émancipation se construit dans la parole, la solidarité et le doute. Plus qu’un manifeste, Girls for Tomorrow apparaît comme une méditation sensible sur le féminisme occidental contemporain, ses fractures, ses désillusions et sa force souterraine.
Le choix de Théo

Love Me Tender prend sa protagoniste par les deux mains pour tantôt l’enfoncer sous l’eau et parfois la faire jaillir avec une grâce qu’on ne peut qu’admirer. Le long-métrage d’Anna Cazenave Cambet est un bras de fer constant, entre la maternité et la vie privée, entre la volonté et l’impossibilité, entre le système et sa personnalité, tout est prétexte au combat. Si le personnage de Vicky Krieps dit « préférer la vérité de la guerre à l’hypocrisie de la paix », le constat est troublant : il y a des combats qu’on ne peut pas gagner, mais la défaite ne signifie jamais l’arrêt de l’existence. Derrière la solitude d’une mise en scène parfois distante, Love Me Tender est une histoire de femme qui ne renonce à rien. Clémence embrasse sa sexualité lesbienne, tente de persévérer pour voir son fils, change de logements, elle vit mille existences en quelques heures de cinéma pour ne montrer qu’une chose : mère, amante, épouse, coup d’un soir, colocataire ou conjointe, tous ces mots ne sont pas des rôles stricts. Vivre c’est aussi savoir ne pas s’arrêter, être la personne qu’on doit être à l’instant où l’on en a le plus besoin.
Le choix de Fabien

Le choix de Gregory

Avec L’Agent secret, Kleber Mendonça Filho avance à couvert, jouant sur l’ambiguïté trompeuse du titre. Il compose une œuvre politique d’une ampleur rare, qui transforme le thriller en outil de mémoire et de résistance. Situé dans le Brésil de 1977, en pleine dictature militaire, le film ne se contente pas de reconstituer une époque : il en fait sentir la suffocation morale, l’usure quotidienne, la violence dissimulée derrière les routines administratives et les sourires de façade. Marcelo, homme traqué cherchant à se reconstruire auprès de son fils, incarne moins un héros qu’un corps vulnérable pris dans les filets d’un pouvoir omniprésent. Le film montre avec une acuité remarquable comment l’autoritarisme agit à bas bruit, par la surveillance, l’effacement des traces, la falsification des vies et des filiations. Mendonça Filho préfère la contamination progressive du récit par l’angoisse, le doute et la compromission, plutôt que la dénonciation frontale. Cette oppression est contrebalancée par une énergie vitale débordante : le carnaval, les amitiés clandestines, l’amour du cinéma, la transmission entre générations… Vivre, se souvenir et raconter constituent déjà des gestes politiques. En mêlant légendes urbaines, figures grotesques et motifs de cinéma populaire, le film transforme la peur en fable, l’horreur en langage codé, comme le font ceux qui résistent sous la censure. L’Agent secret parle ainsi d’un pays qui a trop vite voulu oublier ses crimes et ses disparus : Tant que les récits sont confisqués, la violence continue. En redonnant des voix, des images et des liens au passé, le film oppose au régime de l’effacement une foi profonde dans le cinéma comme acte de survie collective.
Le choix de Simon

Œuvre ample à la mélancolie dissimulée sous un récit chimérique, Résurrection fait du cinéma un phénix et ressuscite puis transforme un siècle d’histoire du cinéma dans différentes vignettes. Passant du film muet au film de vampire, Bi Gan plonge les spectateurices dans un rêve, dont il est parfois compliqué de cerner les tenants et les aboutissants, mais qui arrive toujours à stupéfier par la plastique absolument renversante de ses images. Lauréat du prix spécial du jury lors du dernier festival de Cannes et récompensé sur son territoire national par un succès au box-office, bien qu’imparfait, Résurrection prouve qu’il y a encore de la place au cinéma pour des œuvres ambitieuses et exigeantes.
À voir aussi…

Après La Panthère des neiges, Vincent Munier nous transporte une nouvelle fois dans un voyage contemplatif au cœur de la nature. Entouré de son père et de son fils, il part à la recherche du Grand Tétras, disparu des forêts des Vosges, et nous incite à réfléchir à l’évolution de notre environnement, à l’impact du réchauffement climatique et à l’importance de la transmission. Mais loin d’être alarmiste, Le Chant des forêts est une invitation pleine d’espoir à nous émerveiller de nouveau de la nature qui nous entoure, seule façon pour l’Homme de prendre conscience de l’importance qu’il y a à la préserver. – FG

Est-ce qu’il y a encore un intérêt à retourner sur Pandora ? Très clairement : oui ! Ne serait-ce que pour la splendeur visuelle qu’est encore ce troisième opus d’Avatar, Cameron étant passé maître dans l’art de tirer le meilleur des nouvelles technologies pour nous immerger au cœur de son univers. Sur le fond, les détracteurs y trouveront probablement de la redondance. L’arc narratif reste effectivement le même, mais parce que Cameron opte plutôt pour un format sériel où les évolutions se font progressivement, en particulier chez les personnages. Et au final, on ne voit pas les 3h15 passer, grâce à un rythme parfaitement maîtrisé. Du grand et beau spectacle.






