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CALL ME BY YOUR NAME

Été 1983. Elio Perlman, 17 ans, passe ses vacances dans la villa du XVIIe siècle que possède sa famille en Italie, à jouer de la musique classique, à lire et à flirter avec son amie Marzia. Son père, éminent professeur spécialiste de la culture gréco-romaine, et sa mère, traductrice, lui ont donné une excellente éducation, et il est proche de ses parents. Sa sophistication et ses talents intellectuels font d’Elio un jeune homme mûr pour son âge, mais il conserve aussi une certaine innocence, en particulier pour ce qui touche à l’amour. Un jour, Oliver, un séduisant Américain qui prépare son doctorat, vient travailler auprès du père d’Elio. Elio et Oliver vont bientôt découvrir l’éveil du désir, au cours d’un été ensoleillé dans la campagne italienne qui changera leur vie à jamais.

Critique du film

Adapte-moi si tu peux !

« Adapter, c’est trahir ». Pas tout à fait. Savoir adapter, c’est surtout savoir raconter différemment. Avec Call Me by Your Name, Luca Guadagnino et son scénariste James Ivory ont parfaitement réussi cette modification de langage, en partant d’un matériau pourtant particulièrement littéraire.

Rien que dans sa structure générale, le roman d’André Aciman n’est pas très adapté à la narration cinématographique. Si les deux premiers tiers du roman respectent une temporalité plutôt homogène, le dernier la bouscule totalement, se divisant en deux parties dont l’une se focalise presque sur une seule nuit, tandis que la seconde couvre une vingtaine d’années. Guadagnino et Ivory vont donc faire le choix judicieux de se concentrer sur les deux premiers tiers du roman et de réduire la fin au strict minimum. Un choix qui va également leur permettre de contourner une autre difficulté narrative du roman.

Le livre d’Aciman est en fait le souvenir d’un homme de presque 40 ans, Elio, qui se remémore l’été de ses 17 ans, au cours duquel il a vécu une histoire courte mais intense avec Oliver, un doctorant accueilli par ses parents le temps de quelques semaines. Écrit à la première personne, le roman adopte le point de vue de son narrateur qui, des années plus tard, se souvient de cet été particulier comme celui de sa découverte du désir et de l’empreinte que cet amour a laissé dans sa vie. En écartant la dernière partie du livre, celle des années suivant l’été fondateur, le film se place dans l’instant et évite la lourdeur qu’aurait pu être une écriture en flash-back. Par ailleurs, le procédé narratif du roman, même s’il laisse de la place à l’émotion, est très intellectualisant. Elio, que ce soit avec son regard d’adolescent ou d’homme, analyse beaucoup les sentiments qui le traversent. Le scénario initial conservait une subjectivité par l’ajout d’une voix-off, qui a finalement été écartée, ancrant là encore le film dans plus de spontanéité et réduisant l’aspect réflectif pour se concentrer davantage sur les sensations et les émotions.

En fait, le film revient à l’écriture la plus simple du cinéma, celle des images et de l’action. La majeure partie du scénario est constituée de séquences clés du roman retranscrites presque à l’identique à l’écran. Tout passe ensuite par la subtilité du jeu des acteurs, par le choix d’un plan qui s’attarde sur un regard ou un geste, et par la confiance faite aux spectateurices de comprendre ce qui se joue dans la tête des personnages. La mise en scène elle-même cherche avant tout à être sensuelle (au sens premier du terme), plus qu’intellectuelle. D’une part, par l’importance donnée aux corps (comme dans le roman), d’autre part par sa façon d’appréhender la période estivale, la lumière du soleil venant caresser l’image, enveloppant le film d’une chaleur douce et agréable. Même lorsqu’il cherche à retranscrire l’érudition du roman, le film a tendance à privilégier l’aspect sensuel. Au-delà des références musicales déjà présentes dans le roman (Elio passe son temps à transcrire des œuvres musicales), le fait que le père devienne archéologue (là où il était professeur de lettres dans le roman) permet de mettre particulièrement en avant la statuaire antique et sa représentation des corps.

Call me by your name

La dernière partie du film, très différente du roman comme nous l’avons déjà évoqué, confirme clairement le parti pris de l’adaptation de Luca Guadagnino. Chez André Aciman, l’escapade finale en « tête à tête » d’Elio et Oliver prend pour cadre Rome, où les deux amants vont goûter à la liberté de pouvoir se montrer en public au cours d’une soirée en compagnie d’un groupe d’érudits. Chez Guadagnino et Ivory, Elio et Oliver trouvent aussi la liberté, mais dans un décor rural (donc totalement opposé). Seules quelques bribes du roman ont été reprises, le film s’écartant une fois de plus du côté assez cérébral du livre pour prendre une teneur beaucoup plus simple et intime, qui ouvre la voie vers une conclusion qui va être dominée par l’émotion.

Là où le roman analysait avec plus de recul le regard d’Elio et Oliver sur leur histoire à travers plusieurs rencontres réparties sur 20 ans, la fin du film va s’articuler autour du monologue que le père d’Elio tient à son fils pour lui faire comprendre l’importance de la relation qu’il vient de vivre. Si cette séquence est empruntée directement au livre, elle est encadrée par deux autres, imaginées pour le film et particulièrement émouvantes, qui vont illustrer la répercussion sur Elio de son histoire avec Oliver. D’abord dans l’immédiateté, quand paralysé par le départ de son amant, il fond en larmes au téléphone et demande à sa mère de venir le chercher sur le quai de la gare. Ensuite, six mois plus tard, lorsqu’il apprend le futur mariage d’Oliver lors d’un échange téléphonique avec celui-ci, et qu’il se met à pleurer en silence, les yeux dans le vide (plan final bouleversant qui a indubitablement concouru à imposer Timothée Chalamet parmi les acteurs majeurs de sa génération). Par cette fin, Guadagnino assoit définitivement sa volonté de laisser l’émotion et l’instant prendre le pas sur l’analyse, offrant à Call Me by Your Name une force et une universalité assez rares.


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Adapte-moi si tu peux !

(Cycle de films sur les grandes adaptations)