SOULÈVEMENTS
Un portrait choral à 16 voix d’un mouvement de résistance intergénérationnel porté par une jeunesse qui vit et qui lutte contre l’accaparement des terres et de l’eau, les ravages industriels, la montée des totalitarismes et fait face à la répression politique.
Critique du film
Soulèvements de Thomas Lacoste ne documente pas tant un mouvement qu’il ne cherche à restituer une complexité humaine écrasée par le bruit médiatique. En ce sens, son documentaire s’affirme d’emblée comme un geste politique assumé, pensé comme un contre-récit face aux discours dominants qui caricaturent ou criminalisent la désobéissance civile. Pour ce faire, le cinéaste fait le choix de donner la parole aux acteurs des mouvements.
Seize personnes issues du mouvement prennent ainsi la parole face caméra. Seize voix, seize trajectoires singulières, filmées frontalement, sans médiation ni voix surplombante pour orienter le regard, le jugement ou le récit. Ce dispositif dépouillé tend à réhumaniser une lutte trop souvent réduite à des images spectaculaires de violence. Le témoignage, incarnée, devient ici un outil de résistance et de survie. Elle permet de restituer la diversité des parcours, des expériences et des engagements, et de déconstruire l’idée d’un mouvement homogène ou dogmatique.
Mais cette accumulation de témoignages, aussi passionnants soient-ils, révèle rapidement les limites du dispositif. L’enchaînement quasi mécanique des portraits finit par peser sur le rythme du film. Privé d’une véritable progression discursive, sans hiérarchiser ou faire dialoguer les récits, Soulèvements donne parfois l’impression d’un ensemble brouillon, dont la richesse des portraits se dilue dans leur répétition. Le film peine alors à transformer cette matière humaine foisonnante en une trajectoire cinématographique capable de porter durablement l’attention du spectateur.

Ce sentiment est renforcé par une mise en scène assez effacée. Lacoste privilégie une forme sobre, presque ascétique, où l’image se contente souvent d’accompagner la parole par quelques plans de coupe ou archives. Si cette discrétion peut être lue comme un geste de respect à l’égard des témoignages, elle tend parfois à étirer le temps, sans jamais le charger de tension ou de sens supplémentaire. Le film prend alors des airs de podcast filmé, où le cinéma semble renoncer à ses propres outils pour laisser toute la place au discours.
Pourtant, Soulèvements parvient à toucher juste dans ses moments les plus intimes. Certaines séquences, notamment la demande de pardon d’un père à sa fille, atteignent une émotion rare, précisément parce qu’elles font surgir l’humain au cœur du politique. Ces instants rappellent que l’engagement militant n’est pas qu’un combat idéologique ou stratégique, mais aussi une affaire de transmission, de responsabilité et de vulnérabilité.
Bande-annonce
11 février 2026 – De Thomas Lacoste


