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LES SAISONS

Entremêlant témoignages de travailleurs agricoles et extraits de carnets de terrain d’un couple d’archéologues, images d’archives amateurs et dessins scientifiques, légendes, poèmes et chansons, les Saisons est un voyage à travers l’histoire réelle et inventée d’une région du Portugal, l’Alentejo, et des peuples qui l’ont habitée.

Critique du film

Des Habitants, le précédent film de Maureen Fazendeiro, un moyen métrage présenté l’an passé au Festival de Brive, on se souvient des longs et doux panoramiques qui imprimaient au film une sérénité d’apparence. On retrouve dans Les Saisons, ce goût pour la patience du plan derrière laquelle se dessinent peu à peu les aspérités du temps. Devant sa caméra, les paysages de l’Alentejo défilent dans leur splendeur estivale et leur parfaite osmose entre le végétal, l’animal et le minéral. Et puis il y a les humains, bergers, villageois, les habitués auxquels il faut ajouter un groupe d’archéologues venu prolonger les travaux du couple Leisner, Georg et Vera dont on entendra, en voix off, une partie de la correspondance entretenue leur de leur séjour dans les années 40 dans le but de dresser un inventaire des monuments mégalithiques de la région. Horizontalité du paysage et verticalité de l’Histoire se répondent tandis que le documentaire est bientôt innervé par des récits légendaires, narrés par les anciens et mis en scène par la réalisatrice avec la complicité des villageois.

C’est un paradoxe du film d’apparaître à la fois très construit tout en feignant de laisser la responsabilité de la narration aux bons soins des autochtones. Les écrits sont surtout l’affaire des « visiteurs » comme en témoigne la correspondance du couple d’archéologues allemands tandis que domine, sur place, la tradition orale, qu’il s’agisse de chants populaires ou de légendes transmises, et potentiellement transformées au fil des siècles, de génération en génération. Bien que les précautions d’usages soient énoncées – « on m’a raconté, je ne sais pas si c’est vrai » – la croyance affichée est d’autant plus forte que toutes ces aventures, mises bout à bout, finissent par raconter une histoire des luttes locales. Ici un bandit de grand chemin (seul acteur professionnel du film) martyrisé pour avoir trop claironner que les bonnes gens étaient mal traitées. Ses restes seraient enterrés au pied d’un arbre en forme de cheval qui porte son nom. Là une fée et son trésor qui apparaîtraient aux hommes les jours de bonne étoile. Aux vieilles histoires s’ajoutent les plus récentes, vérifiées sinon vécues : une pluie de tracts et la grève qui s’ensuit, mouvement de révolte qui trouve son point d’orgue le 25 avril 1974, synonyme de la chute de la dictature salazariste.

Le film navigue entre présent et passé, reconstitutions et archives, il creuse avant tout la marque du temps, contemple la constance des pierres et salue la persévérance des Hommes, ou bien l’inverse. Du temps, il en aura sans doute fallu à Maureen Fazendeiro pour apprivoiser ce lieu et ses habitants. Son film est davantage la trace de cette rencontre que l’aboutissement d’un projet. Une méthode qui trouve aussi ses limites, on pense à la présence des enfants dans la dernière partie, plus artificielle. Elle appuie un peu fort le symbole du cycle perpétuel tout en ajoutant une couche excédentaire de légende. Ce bémol mis à part, Les Saisons s’inscrit dans la tradition d’un beau cinéma à la fois ethnographique et fabuleux, où, tandis que l’oeil observe, il est permis à l’esprit de battre la campagne. Un cinéma du quotidien et de l’antan, toutes temporalités embrassées par une unique lune aux mille et une facettes.


25 mars 2026 – De Maureen Fazendeiro