still_plus-forts-que-le-diable

PLUS FORTS QUE LE DIABLE

Valentin, un homme paumé et fauché, retrouve son fils Joseph après vingt ans d’absence et le précipite, lui et sa femme Alice, dans un chaos total. Avec JP, Mila et Gigi, le diable n’a qu’à bien se tenir…

Critique du film

Après dix-huit ans d’absence derrière la caméra, le réalisateur Graham Guit revient en forme avec un film de genre hybride, porté par un casting solide, au sommet duquel on retrouve Melvil Poupaud, qu’il avait déjà dirigé dans ses deux premiers films (Les Kidnappeurs et Le Ciel est à nous) au début des années 2000. L’acteur retrouve ici, avec un plaisir évident, un registre comique dont on l’éloigne trop souvent — à tort. Son personnage d’homme lâche, sur lequel on ne peut décidément jamais compter, forme avec Nahuel Pérez Biscayart un duo de bras cassés, bêtes et fauchés, toujours prêts à prendre la pire décision pour se sortir momentanément de la galère. Face à eux, un couple gentiment innocent et deux femmes aux activités diaboliques. Toute ressemblance avec le cinéma des frères Coen est évidemment assumée, Graham Guit citant volontiers leur œuvre — ainsi que celle de Scorsese — lorsqu’il s’agit de faire cohabiter des personnages antagonistes.

Ce qui débute comme une farce burlesque se transforme rapidement en jeu de massacre, où chacun lutte de manière viscérale pour sa survie au milieu d’un déchaînement de violence. Le cinéaste aborde ainsi la comédie criminelle sous un angle radical, mais avec un sens du style très affirmé. Au-delà de ses accès sanguinolents, Plus forts que le diable se distingue par une identité visuelle marquée. En installant sa caméra en Belgique, Guit tire pleinement parti de la richesse architecturale et culturelle du pays. Avec son équipe décoration, il exploite des décors naturels magnifiquement désuets et colorés, difficiles à dater ou à situer, et profondément cinématographiques. Les dégaines des personnages, elles aussi très travaillées, donnent naissance à des looks improbables que ne renieraient pas les propres fils du cinéaste, Lenny et Harpo Guit, eux-mêmes réalisateurs de comédies foutraques glorifiant la lose (Fils de plouc, Aimer perdre).

Dans cette épopée manichéenne et tristement injuste, les bonnes actions ne sont pas toujours récompensées — bien au contraire. Avec sa noirceur saillante, ses couleurs vibrantes et une ironie constante, le retour de Graham Guit s’impose comme une comédie réjouissante et habile, qui flirte jusqu’au bout avec le cinéma horrifique.

Bande-annonce

25 mars 2026 – De Graham Guit

Dernière mise à jour 9 mars 2026 par Sam Nøllithørpe ⚲ TP