Apollo 10 1/2: A Space Age Childhood

APOLLO 10 ½ : LES FUSÉES DE MON ENFANCE

Apollo 10 1/2 : Les fusées de mon enfance retrace l’histoire du premier voyage sur la Lune selon deux points de vue croisés. Le film raconte ainsi l’incroyable épopée de l’été 1969 non seulement du côté des astronautes et du centre de contrôle de mission, mais aussi à travers les yeux d’un enfant qui vit à Houston au Texas et qui nourrit ses propres rêves intergalactiques.

Critique du film

À en croire son postulat de départ, on pourrait facilement ranger cette nouvelle œuvre de Richard Linklater dans une certaine tendance du cinéma hollywoodien. Apollo 10 ½ : Les fusées de mon enfance a comme projet de nous faire décoller vers la galaxie des années 60 du point de vue tendre d’un homme (doublé par Jack Black) qui raconte son enfance. Comment ne peut-on pas penser à la balade utopique dirigée par Quentin Tarantino dans Once Upon A Time … in Hollywood, ainsi qu’à l’errance de deux jeunes à San Fernando qu’imagine Paul Thomas Anderson dans Licorice Pizza ? Les réminiscences de ces deux films nous parviennent spontanément à la découverte du dernier projet personnel de Richard Linklater.

Pourtant, il serait injuste de placer Linklater dans une simple tendance qui ignorerait l’ensemble de son oeuvre qui compose depuis deux décennies une exploration passionnante des souvenirs et de la joie des petits moments du quotidien. Il y a, bien sûr, les souvenirs romantiques sublimes évoqués dans la trilogie des Before, mais aussi ceux capturés telles des vignettes dans des époques évolutives dans Génération Rebelle et Everybody wants some ! du lycée à l’université, et bien sûr de la tendre enfance au départ à la fac avec Boyhood, qui a conduit son auteur à repenser à sa propre enfance à Houston pour donner vie à Apollo 10 ½. La mémoire fait partie de nous et de notre propre construction avec, aussi, ces souvenirs qu’on convoque entre fantasmes et réalité, comme c’est le cas dans la dernière oeuvre du cinéaste texan.

Retrouvant la technique visuelle de la rotoscopie (où les dessins sont créés à partir de prises de vues réelles, donnant une approche plus “réaliste” à l’animation) que Linklater avait déjà explorée dans Waking Life et A Scanner Darkly, Apollo 10 ½ : Les fusées de mon enfance explore les souvenirs de Stan entre cette nostalgie inhérente au cinéaste et des tranches de rêveries lors desquelles il s’imagine avoir été choisi par la NASA pour aller sur la lune avant Neil Armstrong.

Apollo 10 1/2

Reconquête de l’enfance

Bercé par une B.O rétro et estivale, on suit le quotidien de ce cadet d’une famille nombreuse à Houston, fasciné par l’effervescence américaine pour la conquête spatiale. Découpé en différentes tranches de vie auxquelles la voix-off (le narrateur est Stan adulte) et l’animation apportent tendresse et grandeur, le récit nous ramène à l’enthousiasme débordant que représentaient une journée dans un parc d’attractions, le visionnage de feuilletons et de séries B horrifiques à la télévision, les jeux dans les cours de récréation. Mais, en toile de fond des expériences du jeune héros, Richard Linklater pose aussi un regard distancié vis à vis du mode de vie américain de l’époque (la surproduction et la surconsommation, le recours aux pesticides, la malbouffe) ainsi que sur les mouvements politiques de l’époque, teintant l’élan nostalgique de réserves lucides bienvenues. Regarder le passé pour ce qu’il était, avec le bon et le mauvais, pour nourrir son témoignage personnel en apparence « basique » d’une page d’histoire informative et stimulante visuellement.

Drôle, attachant et passionnant, Apollo 10 ½ marque le retour d’un cinéaste américain sensible dont le regard sur l’Histoire et les sentiments nous avait terriblement manqué.

Bande-annonce

1er avril 2022 (Netflix) – De Richard Linklater