BILAN | Nos coups de coeur ciné de février 2026
Chaque mois, les membres de la rédaction du Bleu du Miroir partagent les films qui ont laissé une empreinte durable sur leur regard : œuvres marquantes, découvertes précieuses, expériences de cinéma qu’il fallait absolument vivre en salle obscure. Retrouvez ci-dessous les coups de cœur de février 2026.
Le choix de Noam

C’est dans l’éclat agité des rayons du soleil traversant les vagues, mêlés à des cris dont on ne sait s’ils relèvent de la joie ou du désespoir, que s’ouvre Tout va Bien. Le littoral marseillais s’impose dès lors comme une matrice de destin, une frontière entre la traversée et l’ancrage, pour des milliers de jeunes qui, après la traversée périlleuse des mers et des déserts, sont contraints d’affronter une nouvelle épreuve : celle d’un ancrage dans un monde nouveau. Dans le paysage phocéen baigné de lumière, Thomas Ellis choisit de suivre le parcours de cinq Mineurs Non Accompagnés. Leur aventure, jalonnée d’obstacles administratifs, sociaux et intimes, se dépeint comme un processus d’enracinement progressif dans le monde professionnel, où l’apprentissage d’un métier devient un moyen de se faire une place. Ces cinq personnalités, singulières et profondément attachantes, sont difficiles à quitter et nous rappellent qu’ils ne sont que cinq visages parmi des milliers d’autres pour qui, derrière l’objectif vital de subsister, demeurent des rêves, une énergie têtue et un espoir qu’il est nécessaire de protéger.
Le choix d’Antoine

Voilà plus de quinze ans que Park Chan-wook rêvait de porter à l’écran le roman Le Couperet de Donald E. Westlake, déjà adapté une première fois par Costa-Gavras en 2005. Le réalisateur de Mademoiselle a persévéré suite à plusieurs faux départs et l’on ne peut que s’en réjouir, tant le propos politique de l’œuvre originelle demeure (malheureusement) intact en 2026. Fidèle à son style baroque et virtuose, Park Chan-wook orchestre une mise en scène foisonnante qui navigue entre la comédie absurde et la fable sociale cruelle. En exacerbant la violence symbolique du monde du travail pour la transformer en violence bien réelle, le réalisateur livre une satire où le rire se fige peu à peu jusqu’au malaise le plus total, lors d’un final glaçant. Aucun autre choix est nouvelle réussite formelle et thématique qui donne d’autant plus de sens à la nomination du maitre comme Président du jury de la prochaine édition du Festival de Cannes !
Le choix de Jeanne

Si nos yeux se sont rapidement tournés sur le très vivant Marty Supreme de Josh Safdie, le dernier film de Kelly Reichardt, The Mastermind, sorti en ce début de mois accomplissait la prouesse semblable de commenter l’Amérique au présent par un détour vers son passé. Là où il nous semble important de remettre en avant le geste de Reichardt c’est parce qu’il s’éprouve dans une forme de lenteur, d’ennui et de déception, autant de ressentis qui peuvent se révéler frustrants dans un moment où notre consommation des images repose de plus en plus sur le rapide et l’impressionnant. The Mastermind entre dans la continuité de l’oeuvre de Reichardt habituée des subversions de genre comme First Cow ou La Dernière Piste avait su le faire avec le western. Ici, nous sommes bien face au canvas d’un film de casse : James Blaine Mooney planifie un vol de tableaux dans le musée de sa ville. Il y a le cerveau et son équipe, le plan puis l’action et in fine la cavale. Et si cela aurait pu donner lieu à un film d’action épique, la machine finit par s’enrayer. Chaque geste est frappé par la maladresse ou l’accident, chaque relation humaine par le doute et la fragilité. L’intelligence du personnage principal dont les actes apparaissent comme une rebellion face au milieu dont il est issu (bourgeoisie cultivée des suburbs) se voit constamment défiée par les imprévus du monde et ses propres échecs relationnels. Par un cadrage et un rythme aussi millimétré que les performances d’acteur.ices sont précises, Kelly Reichardt montre avec discrétion et subtilité l’échec d’une quête égocentrique irrémédiablement entérinée par une grande déliaison entre le personnage principal, son cercle familial/amical et le contexte politique et social de son propre pays. L’ironie du titre se révèle à mesure que l’intrigue avance dans un anticlimactisme assumé, inhabituel puis captivant, jusqu’à ce que le contrôle du déconnecté et errant J.B. Mooney soit définitivement contrarié par un croisement hasardeux entre sa trajectoire et celles de ses compatriotes. Achevant de démystifier le rêve américain et sa réalisation individualiste qui a mené le personnage à l’impasse, la scène finale le réinscrit à sa place d’homme ordinaire en prise avec les institutions de l’Amérique exerçant leur domination sur le peuple et participant à l’oppression des minorités auxquelles J.B. se retrouve finalement re-lié. Par cette réintroduction brutale de la réalité socio-politique et du collectif américains, la fin du film marque le geste de Reichardt comme étant éminemment contemporain parvenant à faire se propager une forte inquiétude des évènements passés aux évènements actuels, ce qui rétrospectivement rend d’autant plus puissante et significative la grande discrétion qui traverse le film, de son intrigue à sa mise en scène.
Le choix de Fabien

Si passer de devant à derrière la caméra est loin d’être toujours une évidence, ça l’est indubitablement pour Harris Dickinson, tant son premier film démontre un sens inné pour la réalisation. En abordant un thème qui lui tient particulièrement à cœur (la vie dans la rue et la difficulté à s’en sortir), il livre un film fort traitant son sujet dans toute sa complexité sans aucune démagogie et sans avoir la prétention d’en trouver la réponse. Mais il va même au-delà de la simple peinture sociale et n’hésite pas à donner une vraie empreinte cinématographique à son film. Il a par ailleurs eu la très bonne idée de ne pas s’offrir le rôle principal du film mais de le confier à Franck Dillane, qui livre une prestation d’une grande richesse, faisant de son personnage un être insaisissable.
Le choix de Greg

Fable politique d’une redoutable sobriété, Le gâteau du président révèle la mécanique intime d’un régime autoritaire à travers la quête d’un simple gâteau d’anniversaire. À hauteur d’enfant, ce film irakien d’Hasan Hadi montre comment le culte du leader s’insinue dans les gestes les plus ordinaires et transforme une célébration imposée en épreuve de soumission. Le gâteau, d’ordinaire objet de partage et joie, devient ici le symbole de cette loyauté arrachée au peuple par la force. La contrainte du régime ne passe pas seulement par la brutalité spectaculaire ou par le discours, mais aussi par l’intériorisation de la peur qui rejaillit sur toutes les composantes de la vie dès les premières années, bien loin de l’insouciance qui devrait les accompagner. Pour la jeune Lamia et son meilleur ami Saeed, chaque étape du parcours pour rassembler les ingrédients du gâteau ressemble à un rite initiatique où la ruse et la détermination deviennent des principes essentiels de survie. En évitant la caricature, le film capte la banalité du contrôle auquel il parait impossible d’échapper. Les paysages ouverts de cette Irak en lambeaux contrastent d’ailleurs avec l’étroitesse des possibles. Honoré de la Caméra d’Or lors du dernier Festival de Cannes, Le gâteau du président est un premier film brillant et présente tous les ingrédients d’une recette plus que réussie !
Le choix de Simon

Le plus gros défaut du dernier film de Valerie Donzelli, long-métrage génial au charme froid et mélancolique, réside assurément dans sa bande-annonce. Vendu comme une expérience de tourisme sociale misérabiliste, À pied d’œuvre, pour notre plus grand soulagement, enregistre quelque chose de bien différent : une recherche de sens. Sous fond d’ubérisation de la société, Paul, écrivain dont les dernières ressources commencent à s’épuiser, enchaîne les petits boulots pour continuer d’écrire. Par moments, la mise en scène minimaliste de Donzelli épouse la nature taciturne de « son premier héros masculin » (Libération), parfois la caméra Super 8 offre une sensorialité bienvenue pour mieux nous plonger dans cette histoire de déclassement social. Le film fonctionne car il ne vise jamais la généralisation. Il sait que sa force est l’élaboration sensible mais implacable de son étude de cas singulière : le cas Paul.
Le choix de Théo

The Mastermind peut sembler n’être qu’une déambulation visuelle dont les paysages défilent avant tout par appétence pour un certain type de mise en scène. L’errance au cœur de l’œuvre parait presque prétexte, jusqu’à l’instant où celle-ci se retrouve au pied du mur. Une immense étendue de briques émerge de la pénombre, en son sein trône une longue affiche de l’oncle Sam, le doigt pointé autant vers le protagoniste que vers le spectateur ; « I want YOU in the U.S.ARMY ». L’échappée automnale réalisée par Kelly Reichardt tend à éviter un destin tragique, celui d’une génération entière envoyée au cœur d’un conflit purement vain et impérialiste. Entre deux interludes jazzy, c’est l’Amérique qui s’effondre, change de visage pour les années à venir, il faut prendre le train en marche ou perdurer dans un passé nauséabond. La neutralité n’est pas permise, l’errance prend alors un nouveau sens, elle devient la fuite inutile d’un système auquel on ne peut échapper quand bien même on s’en sentirait éloigné.
Le choix de Sam

Caméra d’or au Festival de Cannes, Le gâteau du président de Hasan Hadi est de ses oeuvres à la fois testamentaires et universelles, accessibles aux adolescents comme aux adultes, pour mieux appréhender notre monde contemporain. À travers le regard d’une fillette orpheline, contrainte de préparer un gâteau pour l’anniversaire du président, le film dévoile l’absurdité de la propagande et la brutalité d’un régime totalitaire. Mais loin du seul constat tragique, Hadi insuffle à son récit une poésie délicate, un humour discret et une attention bouleversante aux élans de solidarité. Entre réalisme cru et échappées oniriques, la mise en scène capte l’innocence comme ultime rempart face au chaos. Le dernier plan, sous les bombardements, élève cette résistance fragile au rang de geste inoubliable.
Le choix de Victor







