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COP

Lloyd Hopkins, un policier consciencieux et cynique, laisse le travail prendre le pas sur sa vie privée. Il demande à être chargé d’une enquête sur une jeune femme assassinée dans un luxueux appartement d’Hollywood. Une lettre envoyée par l’assassin laisse supposer que ce meurtre n’est que le dernier d’une longue série remontant à une quinzaine d’années…

Critique du film

Adapte-moi si tu peux !

James B. Harris doit une grande part de sa notoriété au fait d’avoir été le producteur avisé de plusieurs films de Stanley Kubrick : L’Ultime Razzia, Les Sentiers de la gloire et Lolita. Mais il a également mis en scène une poignée de films, dont l’étrange et rare Some Call It Loving (Sleeping Beauty), œuvre profondément originale sur le thème de la Belle au bois dormant. En 1987, James B. Harris adapte Lune sanglante de James Ellroy, premier volet de la trilogie Lloyd Hopkins, du nom du personnage principal, un policier de Los Angeles. Cop fait partie des toutes premières adaptations du grand écrivain américain, quelques années avant le très réussi L.A. Confidential de Curtis Hanson et le controversé Le Dahlia noir de Brian De Palma.

Autant L.A. Confidential parvenait à jouer la carte de la fidélité à l’univers foisonnant de James Ellroy, autant Cop s’éloigne à plusieurs reprises du matériau originel. Lune sanglante mettait en scène le tueur en série et le policier quasiment à égalité, les opposant l’un à l’autre tout en les réunissant, leur trouvant des similitudes, comme deux doubles, deux personnages dostoïevskiens. Cette ambiguïté est évacuée du film, tout comme les allusions aux émeutes de Watts ou d’autres aspects du roman d’Ellroy, qui n’aimait ni cette adaptation ni l’acteur James Woods, interprète ici de Lloyd Hopkins.

Cop appartient donc à ce type d’adaptation qu’il vaut mieux décorréler du roman d’origine. Le style de James Ellroy, la construction savante de ses ouvrages, l’aspect non linéaire de ses récits — tout cela est difficilement compatible avec un long métrage d’une durée standard se voulant accessible. Ce qui n’empêche nullement d’apprécier Cop, qui compte probablement parmi les meilleurs films noirs des années 1980.

Cop

L’histoire, particulièrement sombre, nous entraîne dans l’enquête d’un sergent de police perturbé, obsessionnel et doté d’une intuition très développée, qui traque un serial killer sévissant depuis des années. L’ambiance anxiogène du film, sa violence assez crue, sa vision du monde d’une grande noirceur participent à sa réussite. Cop a connu un franc succès à sa sortie et a paradoxalement contribué à faire mieux connaître James Ellroy.

James Woods y compose un enquêteur dur et fragile à la fois : dur à cuire dans l’affrontement, mais vulnérable par ses fêlures psychologiques, son caractère obsessionnel et sa tendance à la transgression. Il livre une prestation touchante par son ambiguïté. La distribution comprend également Charles Durning, parfait en binôme plus posé, et Lesley Ann Warren en poétesse féministe.

Porté par une très belle partition du compositeur Michel Colombier, Cop ne connaît pas de temps mort au fil de ses cent-dix minutes et mérite d’être découvert ou revu. Il fait très probablement partie de ces adaptations à voir avant de lire le roman qui l’a inspiré. En tant qu’adaptation de Lune sanglante, Cop pourrait laisser le spectateur sur sa faim. Mais envisagé indépendamment du roman, c’est une franche réussite : un polar sec comme un coup de trique, qui laisse peu d’illusions sur le monde dans lequel on vit, refuse tout manichéisme et donne, on l’espère, envie de se plonger dans l’œuvre de James Ellroy.


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Adapte-moi si tu peux !

(Cycle de films sur les grandes adaptations)