JUMPERS
Mabel, une adolescente passionnée par les animaux, saute (littéralement !) sur l’occasion d’essayer une nouvelle technologie révolutionnaire permettant de communiquer avec eux d’une manière totalement inédite… en se glissant dans la peau d’une adorable femelle castor. Conçu par des scientifiques visionnaires, ce dispositif permet de transférer la conscience humaine dans le corps de robots-animaux plus vrais que nature. Mabel se lance alors dans une aventure unique et riche en découvertes au cœur du règne animal.
Critique du film
Au cours des années 2010, Daniel Chong fit parti des voix qui ont apporté un nouveau souffle à l’animation américaine aux côtés de Rebecca Sugar (Steven Universe), Pendleton Ward (Adventure Time) et J.G. Quintel (Regular Show). Ces auteur.ice.s ont contribué à donner à ce genre standardisé des regards plus débridés mais également plus enclins au calme et à l’empathie. Cet aspect, Chong l’a transposé avec la série We Bare Bears, où nous suivions la vie quotidienne de trois ours vivant en colocation. Cette manière anthropomorphique de voir le cartoon, à la fois burlesque et doux, le créateur a pu l’implanter au sein des studios Pixar avec Jumpers. Une version animalière d’Avatar, comme le clame haut et fort son héroïne.
Qui dit Avatar, dit exploration d’un monde inconnu pour son personnage principal. Mais plutôt que d’emprunter la prouesse solennelle de James Cameron pour nous faire découvrir le monde des animaux, Daniel Chong privilégie le pur cartoon. Dans la lignée d’Alerte Rouge, Jumpers brille surtout pour sa comédie excessive. Il surprend sans cesse par ses moyens inattendus de faire rire : expressions faciales exagérées pour décrire un ultra-son, rite quotidien des animaux basé sur de l’aérobic et même un certain humour morbide qui peut vaguement faire écho au cinéma de Tobe Hopper (oui, oui…). Jumpers aurait pu être un nouveau classique du studio, le dirigeant vers une nouvelle voie, si seulement son scénario ne posait pas autant problème.

Car, hélas, cette irrévérence que le film porte dans son humour ne devient rapidement qu’une façade lorsqu’il s’agit de raconter une histoire. Jumpers est à la fois un film sur la rébellion et également un film Disney. Afin de ne pas perdre une partie du public, la cause défendue par les animaux (conserver leurs terres) se voit très rapidement réduite à une intrigue binaire basée sur l’opposition protagoniste/antagoniste. Suite à un retournement de situation, la rébellion des animaux s’apprête à prendre une tournure plus violente lorsqu’un personnage initialement secondaire finit par prendre le pouvoir sur ce monde. Ce n’est certes pas nouveau, il suffit de regarder les séries Marvel pour constater combien la figure du méchant tend à couper toute ambiguïté, mais il est toujours décevant de voir que la firme n’apprend pas de ses erreurs et paraît alors de plus en plus déconnectée du monde. L’intrigue éco-politique devient simpliste, et échoue à proposer de nouvelles alternatives à un jeune public. L’enjeu n’est plus que les animaux aient leurs habitats sauvés, mais que le méchant soit neutralisé. Assumant de plus en plus son conservatisme, entre la récente (et ignorante) déclaration de Pete Docter sur l’effacement d’une intrigue LGBT dans Elio et la politique de franchise qu’elle mène avec les suites annoncées de Toy Story, des Indestructibles ou de Monstres & Cie, Pixar semble malheureusement se perdre dans des idées profondément figées.
Jumpers, par sa singularité, son humour et sa manière de repenser l’anthropomorphisme animé fait certes passer un moment agréable même si on regrettera de le voir se cogner aux valeurs réactionnaires de son entreprise.
Bande-annonce
4 mars 2026 – De Daniel Chong






