IS THIS THING ON?
Le mariage d’Alex et Tess ne tient plus qu’à un fil. Alex doit soudain affronter les doutes de la cinquantaine et la menace d’un divorce imminent. A la recherche d’un nouveau souffle, il se lance dans le milieu du stand-up new-yorkais, tandis que Tess remet en question les sacrifices qu’elle a faits pour leur famille… Ils vont devoir composer avec la coparentalité, questionner leurs propres envies et répondre à une interrogation essentielle : l’amour peut-il prendre une nouvelle forme ?
Critique du film
L’art peut-il être un moyen de palier son mal-être ? Bradley Cooper continue de réfléchir à cette question qui l’obsède, en y apportant un souffle plus optimiste avec Is That Thing On ?. Une comédie de remariage épatante, inspirée de la vie de l’humoriste John Bishop, où le dispositif du stand-up offre un jeu de miroir exutoire pour son réalisateur.
En pleine crise de la cinquantaine, un homme divorcé va se retrouver subitement à prendre le micro lors de l’open-mic d’un comedy-club. Lorsqu’il rencontre ses nouveaux camarades de stand-up, Alex (Will Arnett) se voit complimenté pour son « innocence ». Une innocence qui n’est ni considérée comme naïve, ni comme de la gentillesse, mais plutôt comme une manière de qualifier son envie de foncer tête baissée vers ses instincts. Quitte à se prendre les pieds dans les fils du micro et se ramasser complètement. Ce compliment fait directement écho à la carrière de Cooper en tant que cinéaste. Il n’est jamais là où on l’attend, ici un remake de classique hollywoodien, là incarnation de Leonard Bernstein. Il a toujours su faire preuve d’une authenticité « innocente », prenant alors le risque de laisser le public sur le carreau. La trivialité qui pouvait apparaître en un éclair dans A Star Is Born en est une preuve : scène de drague « kitsch » à base de nez, humiliation auto-destructrice en plein Grammy Awards, mort par suicide. Cela a pu être considéré comme du mauvais goût mais il faut reconnaître le côté intrépide de la démarche de Cooper.
Is That Thing On ? continue cette exploration intransigeante de l’artiste, avec une nuance plus positive. Habituellement au premier plan, Cooper recule pour donner le rôle principal à Will Arnett. Un acteur important de la scène comique américaine, que vous avez certainement déjà entendu puisqu’il double Bojack Horseman dans la série animée éponyme. Ce choix s’avère ingénieux. Il offre tout d’abord un rôle de cinéma enfin à la hauteur du talent dramatique d’Arnett, au timbre de voix imposant mais constamment fissuré par la vulnérabilité. On perçoit chaque signe hésitant de gène, d’appréhension mais aussi de joie. Mais, surtout, ce choix va permettre à Cooper de travailler sur un effet de dédoublement entre Arnett et lui-même. Leurs scènes permettent des échos aussi saisissants qu’hilarants, où Cooper se moque de ses propres choix. Il y une blague, par exemple, sur son look qui va faire écho à la prothèse nasale controversée qu’il portait pour Maestro. Face à ce miroir grotesquement déformant, Alex va incarner une figure d’alter-ego plus attentive et ascendante du cinéaste.

Car ce jeu sur le dédoublement n’est pas qu’un artifice. Il permet également un décentrage de soi, où les erreurs et les accomplissement des autres peuvent nous aider à remonter la pente. Il évite aussi d’embrasser complètement le narcissisme masculin qui peut être lié au stand-up. En se focalisant aussi sur la vie de Tess, ex-femme d’Alex (Laura Dern) nostalgique de son passé d’athlète sportive. Et c’est en cela que la comédie de remariage s’ancre parfaitement dans le film. Le couple principal pense déjà être au point de rupture lorsque le film démarre. Cooper renverse alors le film attendu sur le divorce (la présence de Dern ramène immédiatement à Marriage Story de Noah Baumbach, devenu une figure codifiée du genre) pour proposer un récit d’amélioration de soi qui irradie l’écran par le charisme fou de son duo d’acteurs. Voir ce couple retrouver une seconde jeunesse, apprendre à l’apprivoiser pour travailler leur couple et eux-même, est une chose qui devient de plus en plus réjouissante à mesure que l’on avance dans le film.
En s’achevant sur une scène de chant enfantin galvanisante, dont le choix musical pourrait nous faire envisager le film comme un Aftersun inversé, Is That Thing On ? nous laisse l’image tendre d’un artiste apaisé et amoureux, peu importe si Alex a réussi à être reconnu parmi les grands de l’humour. Il continuera de pratiquer modestement son art, pour lui-même et son audience. À l’image de Bradley Cooper qui semble destiné à pratiquer le cinéma en conteur, dans le plus pur plaisir de l’artisanat.
Bande-annonce
25 février 2026 – De Bradley Cooper






