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NAKED

Johnny vit dans un rejet total de la société. Après avoir volé une voiture, il rejoint Londres pour habiter quelque temps chez son ex-petite amie, Louise. Vagabond flamboyant et cynique, à la fois charmant et violent, il déambule plusieurs nuits dans les rues de la capitale.

Critique du film

Quatrième long métrage de Mike Leigh, Naked, réalisé en 1993, constitue encore aujourd’hui, plus de trente ans après sa sortie, un véritable électrochoc, une déflagration cinématographique qui défie la morale et le jugement, et prend littéralement aux tripes à travers son personnage principal. Johnny est en errance : il a quitté Manchester pour Londres après avoir violé une femme en pleine rue et volé une voiture. Il se réfugie chez une ex-petite amie et passe plusieurs nuits à zoner, croisant et rencontrant des individus souvent aussi esseulés que lui, et peut-être tout aussi dérangés, malgré leurs façades de normalité. Johnny ne se contente pas de tourner le dos à la société : il se plaît à la vomir, cherchant la querelle, provoquant ses interlocuteurs, les couvrant de quolibets teintés d’une érudition qui le rend aussi hilarant qu’insupportable, malgré sa méchanceté et son acharnement à humilier son prochain.

Il croise successivement un jeune Écossais qui a perdu sa petite amie, un veilleur de nuit qui lui propose de l’accueillir dans le bâtiment inoccupé dont il a la garde, ou encore une femme qui danse seule la nuit devant sa fenêtre. Johnny malmène les personnes qu’il rencontre, frappe les femmes qu’il enlace et avec lesquelles il a des rapports sexuels — difficile d’employer le terme « faire l’amour », tant ces étreintes semblent surtout prétextes à la veulerie et à l’humiliation. Apparemment obnubilé par la Bible et l’Apocalypse, Johnny pourrait être un croisement entre un héros de Dostoïevski et un personnage de Jean Genet. Sa violence vient-elle d’un profond désespoir, d’une haine viscérale de l’autre et de lui-même, d’un goût immodéré pour le vice et l’avilissement ? Et qui est Archie, cet homme aisé, lui aussi violent et cynique ?

La grande réussite de Naked, ce qui rend cette œuvre d’une noirceur si perturbante, tient à l’absence de jugement de la part de Mike Leigh, à la complexité de son regard et à sa vision du monde, crue et cruelle. Cette vision rendue avec un impact considérable grâce au travail du chef opérateur Dick Pope et à la lumière blafarde nimbe ce récit vénéneux et éprouvant. Très violent et très sombre, Naked n’en comporte pas moins des moments d’une grande drôlerie, dus notamment aux logorrhées de Johnny, qui enrobe de citations littéraires ou bibliques ses impitoyables saillies. David Thewlis, dans le rôle de Johnny, livre une composition incroyable qui lui valut le prix d’interprétation au Festival de Cannes en 1993, tandis que Mike Leigh obtenait le Prix de la mise en scène. Descente aux enfers — ceux de la ville comme ceux de l’âme humaine — Naked ressort au cinéma le 28 janvier, dans une version restaurée distribuée par Potemkine Films.

Bande-annonce

28 janvier 2026 (ressortie) – De Mike Leigh