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Premiers Plans 2026 | L’Espagne domine le palmarès de la 38e édition

Pendant une semaine de projections, rencontres et débats, Premiers Plans Angers s’est (re)fait caisse de résonance de films qui interrogent frontalement le monde contemporain, les corps qui l’habitent et les récits intimes ou politiques qui s’y inventent. Et ce sont deux productions espagnoles qui ont ravi une bonne partie des prix de cette 38e édition

Le palmarès des longs métrages européens témoigne d’un équilibre subtil entre reconnaissance critique et plébiscite collectif, venant confirmer la vitalité du cinéma de l’autre côté des Pyrénées. Déjà couronné du même prix à Royan il y a quelques semaines et désormais auréolé de 13 nominations aux Goyas, Les Dimanches d’Alauda Ruiz de Azúa repart d’Angers avec le Grand Prix du Jury, consacrant un film d’une grande justesse. À travers un dispositif resserré et une écriture affutée, la cinéaste ibérique explore la sphère familiale comme un espace de tensions sourdes, de non-dits et de gestes minuscules qui disent beaucoup plus qu’ils ne montrent.

sorda

Lauréat du Prix Jeanne Moreau du public et multi-récompensé, Sorda d’Eva Libertad s’impose comme l’un des incontournables de cette édition. Prix des Activités sociales de l’énergie et Prix d’interprétation féminine pour Miriam Garlo : la reconnaissance est à la hauteur de ce récit sensoriel, qui place la surdité au cœur de sa mise en scène. Le film déplace le regard, inventant une forme d’écoute autre, attentive aux vibrations, aux corps et aux silences.

Cette édition a d’ailleurs été marquée par une présence forte des films travaillant la question du corps — corps empêché, exposé, violenté ou désirant. À bras-le-corps s’inscrit dans cette veine, avec une frontalité qui interroge les rapports de domination et de résistance, tandis que La Gifle utilise un geste isolé et un prétexte paranormal pour mieux en déployer les répercussions morales, sociales et affectives. Dans un registre plus artisanal, La lumière ne meurt jamais propose une expérience presque métaphysique du temps et de la persistance, là où Pillion s’attache à la trajectoire intime de son personnage qui trouvera son émancipation dans le monde du BDSM. Deux propositions queer qui, si elles n’ont pas forcément fait l’unanimité dans les couloirs du Centre de Congrès, ont plutôt séduit la rédaction.

À bras-le-corps

Côté courts métrages, la sélection européenne et française a confirmé la vitalité et la diversité des écritures émergentes. Qu’il s’agisse de récits intimes, de propositions plus expérimentales ou de films ancrés dans des réalités sociales très concrètes, Premiers Plans demeure un observatoire privilégié des tendances à venir.  De Eraserhead dans un filet à provisions à Ne réveillez pas l’enfant qui dort, les films primés témoignent d’un goût affirmé pour des univers singuliers, souvent audacieux dans leurs choix formels.

En clôture, Le Gâteau du Président est venu apporter une dernière note humaniste, jouant de la fable et de l’absurde pour mieux pointer les mécanismes du pouvoir, trouvant un équilibre subtil entre comédie et récit de survie à hauteur d’enfant. En conjuguant exigence artistique, attention aux premiers films et véritable dialogue avec le public, la 38e édition de Premiers Plans Angers confirme l’importance de garder le cap et de laisser la place que les nouvelles voix méritent.