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PILLION

Colin, un jeune homme introverti, rencontre Ray, le séduisant et charismatique leader d’un club de motards. Ray l’introduit dans sa communauté et fait de lui son soumis.

Critique du film

Avec Pillion, Harry Lighton signe un premier long métrage audacieux qui s’inscrit à contre-courant des représentations queer les plus balisées. Loin des récits de coming-out ou des trajectoires tragiques souvent associées aux sexualités minoritaires à l’écran, le film explore une relation entre deux hommes au sein de la culture BDSM et fétichiste, avec une attention rare portée aux zones grises du désir.

Ce qui frappe et le distingue d’abord, c’est son refus du sensationnalisme. Ici, le BDSM n’est ni réduit à une imagerie choc ni traité comme une métaphore pathologique du pouvoir. Lighton opte au contraire pour une approche incarnée, presque quotidienne, où les pratiques s’inscrivent dans des routines, des codes implicites et une forme de banalité assumée. Cette écriture du détail, nourrie de maladresses, d’un humour discret et d’instants suspendus, confère au film une humanité précieuse. Dans Pillion, les affects ne sont jamais surdramatisés. Le film avance à hauteur d’homme(s) pour tenter d’illustrer ce que le désir a de parfois troublant, fragile et pourtant profondément ordinaire.

Pillion

À ce titre, le film constitue une contribution importante à la diversité des récits queer contemporains. Il donne à voir une sous-culture rarement représentée sans caricature, en faisant confiance aux spectateurices et en refusant tout didactisme appuyé. Cette confiance nourrit toutefois l’une des principales réserves que le film soulève. Le consentement, central dans les pratiques BDSM, demeure ici bien trop implicite – ces milieux reposant sur des règles claires, des négociations explicites et un cadre pleinement accepté. En choisissant de les laisser hors champ, Pillion s’expose au risque du malentendu, notamment auprès de publics peu familiers de ces codes.

Cette réserve n’annule cependant en rien la force du film. Elle en révèle au contraire l’enjeu principal : comment représenter des pratiques (queer) spécifiques sans les simplifier, ni les rendre opaques ? Pillion ne prétend pas apporter de réponse définitive, mais ouvre un espace de discussion rare et bienvenu. Un film imparfait qui rappelle toutefois que le cinéma gagne aussi à se raconter dans ses hésitations et ses aspérités.

Bande-annonce

4 mars 2026 – De Harry Lighton