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CHRISTY

Inspiré d’une histoire vraie, Christy retrace l’ascension tumultueuse de la boxeuse Christy Martin, qui est passée de l’anonymat à la célébrité. La légendaire ténacité de Christy sur le ring cache en réalité des combats plus intimes avec sa famille, son identité et une relation toxique qui pourrait bien se transformer en une question de vie ou de mort.

Critique du film

Pour expliquer son talent inné pour la boxe, sa pugnacité instinctive, Christy évoque les « démons » qui habitent son esprit. Elle n’est ni la plus grande ni la plus lourde, mais ses coups de poing font l’effet d’une anesthésie générale sur ses adversaires. Dès son premier combat amateur dans les années 80, malgré la fébrilité de ses gestes et le manque d’assurance dans ses déplacements, il émane de ses frappes une puissance insoupçonnée. Une puissance nourrie par la frustration, par un refoulement que le sport permet enfin de libérer.

Comme dans Smashing Machine de Ben Safdie, autre film sur un sport de combat sorti récemment en France, la quête de gloire de Christy ne constitue pas le cœur du récit. Bien que sa personnalité arrogante — sans doute moins que celle du Marty Mauser de l’autre Safdie — puisse laisser penser l’inverse. Les véritables combats de Christy Martin et de Mark Kerr se déroulent davantage en dehors du ring qu’entre les cordes.

Le montage du long-métrage de David Michôd ne cherche d’ailleurs même pas à donner l’illusion du suspense sportif par moments. La plupart des combats des années 80 et 90 sont expédiés avec une rapidité déconcertante. On se demande moins si Christy va gagner que combien de rounds il lui faudra pour mettre son adversaire au tapis. Chez Christy Martin comme chez Mark Kerr, la machine à victoires ne s’enraye véritablement qu’avec l’âge et l’arrivée de combattants plus jeunes et plus féroces. Parallèlement, plus leurs performances déclinent, moins le sport demeure une échappatoire leur permettant de fuir leurs démons. Ils s’embarquent alors dans un cercle vicieux où vie intime et carrière se vampirisent mutuellement, poussant le·la combattant·e vers la destruction, ou à tout le moins vers une forme de mutilation — physique et/ou psychologique.

Christy

L’homosexualité refoulée de Christy, son mariage toxique, sa famille ultra-conservatrice, ces frustrations font d’elle une combattante d’autant plus féroce. Sa vie intime et professionnelle sont parasitées par un mari dont l’enlaidissement progressif semble moins relever du passage du temps que de la révélation d’une nature monstrueuse. Le ring apparaît dès lors comme le seul espace où elle possède une réelle maîtrise de son existence. On comprend mieux pourquoi cette pionnière du sport féminin a toujours refusé de se revendiquer féministe, pourquoi elle a adopté les codes de la femme traditionnelle. La boxe était « sa voie », mais surtout son royaume. En reniant une partie d’elle-même, en acceptant de jouer le jeu du système, elle s’assurait que celui-ci continue à lui offrir un refuge. Tant qu’elle gagnait, tant qu’elle performait, la boxe resterait ce sanctuaire.

En transposant peut-être un peu trop littéralement le refoulement de Christy, le cinéaste donne parfois l’impression de vouloir, à son tour, esquiver les violences domestiques subies par sa protagoniste. Comme s’il préférait détourner le regard, horrifié par cette brutalité, pour filmer quelque chose de plus conventionnel : les combats. À sa décharge, ces séquences, mises en scène sans éclat particulier, évitent toutefois la victimisation du personnage. Après avoir passé une grande partie de sa vie à se nier, à s’oublier, le biopic parvient à préserver le souvenir d’une femme héroïque et imparfaite — bref, un véritable personnage de biopic. Reste que le long-métrage de David Michôd peine à restituer toute la complexité de son sujet.

Bande-annonce

4 mars 2026 – De David Michôd