featured_vingt-dieux

VINGT-DIEUX

Totone, 18 ans, passe le plus clair de son temps à boire des bières et écumer les bals du Jura avec sa bande de potes. Mais la réalité le rattrape : il doit s’occuper de sa petite sœur de 7 ans et trouver un moyen de gagner sa vie. Il se met alors en tête de fabriquer le meilleur comté de la région, celui avec lequel il remporterait la médaille d’or du concours agricole et 30 000 euros.

Critique du film

Avec Vingt Dieux, son premier long-métrage présenté dans la sélection Un Certain Regard, Louise Courvoisier avait envie de filmer son territoire, le Jura, et de raconter sa jeunesse. Celle qui a été lauréate du premier Prix de La Cinef en 2019 avec son film de fin d’étude Mano à Mano, a ainsi imaginé l’histoire de Totone et de sa bande de potes dans la campagne de son enfance, au pays du Comté, fromage noble qui fait vivre toute une région autour de sa production.

Rapidement, on comprend que l’on va suivre la trajectoire de ce jeune homme écorché qui doit trouver un moyen de s’en sortir. Lors des premières scènes, on découvre un Totone qui n’hésite pas à se mettre à nu (littéralement), poussé par sa troupe de copains bien éméchés qui entonnent une chanson paillarde. Plus tard, le garçon rentre accompagné d’une jeune fille rencontrée ce jour-là mais, bien vite, il a un coup de mou (au premier comme au second degré). Et c’est pensif et penaud qu’il revient sur l’exploitation de son père, agriculteur. On commence à comprendre que l’adulte en devenir n’a pas encore dépassé certains troubles de l’adolescence, dont certains sont nourris par la masculinité toxique qui peut parfois régner dans cette jeunesse qui se cherche une virilité tout en souffrant silencieusement de ces injonctions. Pour preuve, très vite, ses fidèles compagnons réclament des détails, l’ayant vu partir avec cet « avion de chasse », mais comme bien des adolescents écrasés par le besoin d’impression sa troupe, il se gardera bien d’évoquer son décollage manqué.

Le soir même, les rôles s’inversent entre le père et son fils, puisque cette fois c’est bel et bien le fils qui doit prendre soin de son paternel ivre. Sûrement embarrassé par l’état d’ébriété de celui-ci, il le raccompagne à sa voiture pour qu’il rentre se coucher. Une négligence qui interpelle et qui se paiera malheureusement au prix fort. Au détour d’un virage, le véhicule a fini sa course contre un arbre, percuté de plein fouet. Le seul parent qui semblait rester à Totone et sa petite soeur meurt sur le coup, les laissant tous les deux orphelins.

vingt dieux

Et voilà le garçon, tout juste majeur, propulsé chef de famille, gérant la vente expéditive du matériel agricole tout en découvrant les nouvelles responsabilités du quotidien : veiller à ce que sa soeur se douche, s’habille correctement, aille à l’école. Un rôle qu’il peine à embrasser, en plein déni du deuil qui vient de les frapper. Pourtant, on le devine, les beuveries qu’il tente de poursuivre, cette fois certainement pour faire taire la souffrance qui le ronge, et les bagarres lors des fêtes de village ne pourront durer maintenant que son destin et celui de sa soeur reposent uniquement sur ses épaules juvéniles.

Le comté bon

Bien sûr, le postulat de l’intrigue comporte certaines incohérences sur lesquelles il ne faudra pas se montrer trop regardant (où est l’ASE ?) et cela ne semble pas être la préoccupation principale de Louise Courvoisier, qui préfère raconter avec tendresse et humour les nombreuses galères qui attendent Totone alors qu’il se trouve un rêve soudain pour se sortir de la difficulté financière : faire le meilleur comté de la région. Le système D, la récup’, les tutos du net et les petites magouilles deviennent leurs seules ressources pour tenter de faire vivre ce rêve illusoire, quitte à trahir celle qui lui offre une attention aussi improbable que sincère.

Célébrant l’amitié et la solidarité, Vingt-Dieux séduit par sa bonne humeur contagieuse et son énergie folle, insufflées par des personnages sans filtres et foncièrement attachants. La grande réussite de ce premier film se trouve incontestablement dans les protagonistes imaginés par sa jeune auteure et propulsés par des comédiens désarmants de naturel. Vingt-Dieux a pour lui sa grande authenticité et sa chaleur qui lui confèrent ce charme irrésistible, avec sa troupe de jeunes adultes en quête d’eux-mêmes, emplis de fougue mais bardés d’insécurités et de doutes. Mélange de détermination et de fragilité, son acteur principal, Clément Favreau, dévore l’écran et porte avec talent cette épopée revigorante au coeur aussi grand et fondant qu’une meule de Comté.


11 décembre 2024 – De Louise Courvoisier, avec Clément FavreauLuna GarretMathis Bernard


Cannes 2024 – Un Certain Regard




%d blogueurs aiment cette page :