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LE MÉCANO DE LA GENERALE

Le cheminot Johnnie Gray partage sa vie entre sa fiancée Annabelle Lee et sa locomotive, la Générale. En pleine Guerre de Sécession, il souhaite s’engager dans l’armée sudiste, mais celle-ci estime qu’il se montrera plus utile en restant mécanicien. Pour prouver à Annabelle qu’il n’est pas lâche, il se lance seul à la poursuite d’espions nordistes qui se sont emparés d’elle et de sa locomotive…

Critique du film

Contrairement à l’autre grande figure du cinéma muet, Charlie Chaplin, Buster Keaton n’a pas connu la même trajectoire artistique et populaire, ne parvenant pas à rebondir avec l’arrivée du parlant. Pourtant, sa postérité paraît incontestable tant la filmographie de celui-ci l’impose comme un artiste de référence. Souvent considéré comme son chef d’oeuvre intemporel, Le mécano de la Generale (1926) est surtout l’une de ses propositions les plus ambitieuses. Tandis que la scène de la chute du train dans la rivière fut la plus onéreuse de l’Histoire du cinéma muet, Keaton bénéficia d’une reconstruction de la véritable locomotive de la General et d’un tournage en décors réels, conférant à son film une dimension indéniablement réaliste.

Pour son aventure romantique et burlesque se déroulant durant la guerre de Sécession (conflit qu’il n’hésite pas à tourner en dérision), Keaton s’inspire librement de l’authentique « raid d’Andrews »*. Le personnage qu’il incarne, le mécanicien Johnnie, se retrouve embarqué dans une course-poursuite ferroviaire aux commandes d’un train de marchandises. À l’image du film, la locomotive avance à un rythme soutenu et fait office de personnage à part entière, presque doté d’une volonté propre. Très spectaculaire, le long-métrage n’oublie ni d’être irrésistiblement drôle, grâce au génie comique de Keaton, ni d’avoir de l’esprit. Parodiant les genres tout en s’inscrivant dans la tradition romanesque, Le mécano de la Général caricature l’agitation humaine dans ce qu’elle a de plus monstrueux : la guerre.

L’enfer, c’est les autres

Recalé par l’administration militaire alors qu’il souhaite s’engager pour ne pas perdre la face vis à vis de sa promise, Annabelle Lee, Johnnie joue un vilain tour à la disgrâce tel un valeureux chevalier sur son indomptable monture, affrontant l’hostilité des autres pour briser sa solitude et trouver sa place dans un monde qui s’évertue à le rejeter.

Courageux à l’écran comme à la vie, le rigoureux comédien-cinéaste n’avait pas peur de se mettre en danger, réalisant lui-même ses cascades, bien avant Jean-Paul Belmondo et Tom Cruise. Acrobate du rire et de la gamelle, « L’homme qui ne sourit jamais » mérite d’être célébré et son Mécano de la Generale (re)découvert tant il reste un monument du burlesque.



* Article initialement rédigé pour le Ciné-club de Grains de Sel (janvier 2018)