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LA VIE APRÈS SIHAM

Namir et sa mère s’étaient juré de refaire un film ensemble, mais la mort de Siham vient briser cette promesse. Pour tenir parole, Namir plonge dans l’histoire romanesque de sa famille. Cette enquête faite de souvenirs intimes et de grands films égyptiens se transforme en un récit de transmission joyeux et lumineux, prouvant que l’amour ne meurt jamais.

Critique du film

Quels secrets, non-dits, excentricités abritent les familles ? Ce mois-ci, deux cinéastes aux parcours et aux œuvres très différents se sont posé cette question. D’un côté, Jim Jarmusch, avec son regard programmatique et distant ; de l’autre, Namir Abdel Messeeh et son cinéma intime, profondément personnel. Cette divergence d’approche, et les formes très différentes qui en découlent, feraient presque oublier que ces deux cinéastes portent pourtant un regard proleptique sur la famille. Chez Jarmusch comme chez Abdel Messeeh, il y a la conscience que capturer des images du présent revient déjà à fabriquer des fantômes, toutes les familles étant vouées à disparaître, englouties par la mort.

La mort constitue le point de départ de La Vie après Siham. Elle pousse son créateur, à la fois artisan et interprète, à replonger dans les archives familiales, à exhumer les enregistrements de sa mère, Siham, autant pour la ressusciter que pour éclaircir ses propres origines. Dans cette partie « enquête » du documentaire — où l’on retrouve une même voracité de vérité que dans Histoire d’un secret de Mariana Otero, autre film où la disparition de la mère suscite un besoin irrépressible de retour sur le passé — le cinéaste touche par son appétit de découverte, puis par sa retenue lorsqu’il lui faut décider quoi faire des informations nouvellement acquises. Une fois l’énigme autour du mariage tardif de sa mère résolue, une autre question surgit : doit-il partager ce qu’il a appris avec son père ?

La vie après Siham

Entre deux plongées dans les archives et deux entretiens menés avec ce dernier, Abdel Messeeh glisse des extraits de films de Youssef Chahine, L’Aube d’un nouveau jour et Le Retour de l’enfant prodigue. Sans rien sacrifier à la relation presque fétichiste du fils envers ses parents, ces images instaurent une distance bienvenue. Mieux encore, le recours à la fiction renforce la vision idéalisée de cet enfant devenu adulte, qui iconise et mythifie ses parents en les transformant en personnages de cinéma.

Ce dialogue constant entre l’art et la réalité traverse tout le film. Abdel Messeeh cherche, caméra en main, à trouver sa place à la fois dans le monde et au sein de sa famille. La création laisse alors progressivement place à la contemplation. Dans l’EHPAD où réside désormais son père, l’un des liens qui continue de les unir passe par le visionnage de films à la télévision, dans l’intimité de la chambre.

En retournant en Égypte, le cinéaste apprivoise l’idée que l’amour de nos proches, même après leur disparition, continue de nous habiter. Ainsi, aussi douloureuse que puisse être la vie sans Siham, il reste toujours la vie.

Bande-annonce

28 janvier 2026 – De Namir Abdel Messeeh


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