ET MAINTENANT ON L’APPELLE EL MAGNIFICO
Tom Moore est un étudiant assidu d’une grande école britannique. Lorsque son père Joe, célèbre cow-boy de l’Ouest américain, décède, Tom retourne dans sa ville natale où il rencontre les amis de ce dernier : Bull, Holy Joe et Monkey, des hommes rustres et peu soucieux des bonnes manières. Déçu d’imaginer son père côtoyer de tels personnages, Tom entreprend de les remettre sur le droit chemin. Mais les hommes du Far West ne se laissent pas faire et décident, au contraire, d’apprendre au jeune Anglais à devenir un véritable cow-boy.
Critique du film
Quatrième film d’E.B. Clucher, pseudonyme de l’Italien Enzo Barboni, Et maintenant on l’appelle El Magnifico, réalisé en 1972, permettait à Terence Hill de tourner pour la troisième fois sous la direction du cinéaste, après On l’appelle Trinita et On continue à l’appeler Trinita. Dans ces deux westerns, Hill partageait l’affiche avec son célèbre partenaire Bud Spencer et incarnait une figure assez classique du western spaghetti. Ici, Terence Hill se retrouve sans Bud Spencer et interprète un rôle inhabituel : celui d’un dandy découvrant l’Ouest sauvage après de longues années d’études en Angleterre.
L’idée de départ évoquera aux lecteurs de Lucky Luke le 48ᵉ album de la série, Le Pied-tendre, qui désigne un citadin inexpérimenté confronté aux dangers de l’Ouest. Tom Moore, amoureux de poésie et de bicyclette, aux tenues raffinées et au maintien distingué, possède des manières et une éducation qui détonnent immédiatement avec la brutalité et les mœurs des hors-la-loi, tueurs à gages et autres figures emblématiques du genre.
Retrouvant les compagnons de son père — une bande de hors-la-loi sympathiques et nonchalants — Tom souhaiterait leur transmettre ses connaissances et partager ses hobbies, comme la bicyclette ou le violon. Mais de leur côté, ces compagnons tiennent à faire de lui un véritable homme de l’Ouest, selon leurs propres critères. De ce choc entre deux visions de la virilité naissent de nombreuses situations burlesques et décalées. Par ailleurs, Tom tombe sous le charme de la fille d’un notable local, déjà courtisée par un bandit de la région. Sensible à la poésie et aux bonnes manières aristocratiques du jeune homme, la jeune femme succombe à son tour, déclenchant la fureur de l’autre prétendant.

Dans cet agréable divertissement, plaisant mais sans doute un peu trop long, E.B. Clucher développe deux thématiques principales : l’acceptation de la différence — la sienne comme celle de l’autre — et la capacité d’adaptation, notamment en milieu hostile. Malgré une réelle tendresse pour ses personnages, le récit n’évite pas certaines maladresses, et Terence Hill lui-même ne semble pas toujours parfaitement à l’aise dans ce rôle à contre-emploi.
Reste un casting très homogène autour de Terence Hill — mention spéciale à Gregory Walcott, dont la prestation est particulièrement savoureuse —, de superbes paysages mis en valeur par la caméra de Clucher et par le travail du chef opérateur. Les scènes d’action sont efficaces, l’humour omniprésent et la galerie de personnages, alliés comme ennemis, demeure réjouissante. Et maintenant on l’appelle El Magnifico s’impose ainsi comme une demi-réussite : un film original dans son scénario, mais dont le développement souffre parfois de quelques lourdeurs.






