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UNE PLACE POUR PIERROT

Pierrot a 45 ans. Il est autiste et vit dans un foyer médicalisé. Déterminée à lui offrir une vie plus digne et plus juste, sa sœur Camille décide de le prendre chez elle et de chercher un lieu mieux adapté à sa singularité. Le chemin sera long, semé d’obstacles, mais porteur de la promesse d’une nouvelle existence, au sein de laquelle chacun pourra trouver sa place.

Critique du film

En 2012, Hélène Médigue, actrice et réalisatrice, signait un court métrage très touchant, C’est pas de chance quoi !, interprété par son frère autiste, Vincent Médigue. Le film abordait déjà le besoin d’affection et la quête d’amour chez les personnes autistes. Cette préoccupation traverse également Une place pour Pierrot, qui s’inscrit dans une continuité à la fois intime et artistique.

À 45 ans, Pierrot vit dans un foyer médicalisé. Lors d’une visite chez sa sœur Camille, avocate installée à Paris, il apparaît que son état s’est fortement dégradé : Pierrot semble avoir régressé et ne parle plus. En consultant l’ordonnance qui lui est prescrite, Camille comprend rapidement que son frère a été surmédicalisé afin de gérer ses variations d’humeur, au risque de l’anesthésier totalement. Avec l’aide d’amis restaurateurs, elle récupère ses affaires et décide de l’accueillir chez elle, dans l’appartement qu’elle partage avec sa fille de 14 ans. Quelques jours suffisent à Pierrot pour retrouver des repères et un certain apaisement. Mais l’objectif de Camille demeure clair : lui trouver un lieu véritablement adapté, un espace où il pourrait exister pleinement, en sécurité et avec respect.

Forte de sa légitimité — nourrie à la fois par son histoire familiale et par ses engagements, notamment la création en 2019 des Maisons de Vincent, établissements destinés aux adultes autistes — Hélène Médigue signe avec Une place pour Pierrot un plaidoyer sensible en faveur des personnes dites « différentes » et de celles et ceux qui, avec bienveillance, œuvrent à leur protection, à leur autonomie et à leur épanouissement.

Une place pour Pierrot

Grégory Gadebois incarne Pierrot avec une grande justesse. Son interprétation, empreinte de poésie, ne verse jamais dans l’excès et témoigne d’une écoute et d’une observation rares. Face à lui, Marie Gillain compose une Camille traversée par des mouvements contradictoires — espoir et découragement, révolte et apaisement — et parvient à rendre palpable la fatigue émotionnelle des aidants. Patrick Mille, Mathilde Labarthe, Marianne Basler, Vincent Elbaz, François Vincentelli et Hélène Médigue elle-même complètent une distribution au service d’une œuvre délicate et profondément humaine.

Les problématiques abordées — le regard des autres, la difficulté de prendre les bonnes décisions pour un proche dépendant, la perception erronée de comportements jugés incohérents, mais aussi la question sensible de l’affectivité, de l’amour et de la sexualité — sont traitées avec pudeur et intelligence, sans jamais forcer le trait.

Comédie dramatique au sens le plus noble du terme, Une place pour Pierrot embrasse la complexité de la vie sans en nier la douleur, tout en laissant affleurer la lumière qui subsiste en chaque situation et en chaque être. C’est aussi un film sur la solidarité du quotidien, porté par des personnages profondément attachants, un film qui apaise.


Disponible depuis le 20 janvier en DVD et Blu-ray chez Diaphana Éditions Vidéo, ainsi qu’en VOD. L’édition physique propose en supplément un échange entre le philosophe Fabrice Midal et Hélène Médigue, ainsi que le court métrage C’est pas de chance quoi !, réalisé par la cinéaste avec son frère Vincent.

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