TRULY NAKED
Pour Alec, qui vit seul une relation toxique avec son père Dylan, acteur X, le désir se confond avec le porno. Son quotidien devient de plus en plus difficile à dissimuler lorsqu’il se rapproche de Nina, une camarade de classe. Pour s’ouvrir à ses sentiments, Alec devra se libérer et accepter de se mettre à nu.
Critique du film
Il ne faudrait pas faire l’erreur de juger Truly Naked sur ses premières minutes. L’œuvre s’emploie d’abord à une certaine déstabilisation silencieuse, à mettre à mal les bonnes mœurs et les idées reçues. Une douteuse banalisation de la pornographie, plus précisément de l’industrie pornographique, se dessine à mesure que le long-métrage introduit son sujet.
Tout semble faire partie d’une routine assidue : les tournages, la mise en place des scènes de sexe, le jeu d’acteur. Cette illustration du factice, inhérente au milieu, contrebalance rapidement ce que la caméra filmait jusqu’ici avec une — fausse — neutralité. C’est finalement l’absence de remise en question des protagonistes face à une activité que nous, spectateur·ices, remettons vite en cause, qui enclenche notre esprit critique. Le film de Muriel D’Ansembourg n’est ni culpabilisateur ni complaisant, il préfère questionner de l’intérieur.
Truly Naked est avant tout une histoire de mécanismes, chaque rouage composant la production d’un film pornographique mène à des contestations éthiques. Derrière son introduction dorée, le brillant s’effrite pour laisser place à ce qui ne surprendra personne : l’envers du décor est insalubre, loin d’être aussi léger que le laisse entendre la relation entre Alec et son père. Pourtant, Truly Naked ne se contente pas de charger l’industrie avec une envie d’annihilation pure et simple, le cheminement critique est tel qu’il envisage plutôt la transformation que la disparition. « Pour un porno plus sain ! » semble scander la cinéaste derrière une œuvre finalement loin d’être élusive. Une volonté louable, sûrement moins vaine au vu de la longévité de l’industrie du sexe en ligne, un empire financier qui ne s’effondrera de toute façon pas du jour au lendemain, quand bien même on tenterait d’en fragiliser les fondations par le débat.

Définitivement, les dynamiques du film reposent sur la nécessité d’un changement. Alec est un acteur direct de la scène pornographique, il filme, diffuse, produit des images. Voilà ce que le scénario espère faire de ce personnage : un moteur pour une prise de conscience collective. Les femmes qui entourent Alec, aussi bien externes à l’industrie qu’actrices directes, modifient son regard, bien trop formaté par la dimension masculine d’une telle industrie, qui n’est après tout qu’une « branche du patriarcat parmi d’autres », pour citer l’œuvre.
Certes, après les récents débats autour de l’interdiction de plusieurs sites pornographiques en France, l’actualité nous a déjà éveillé·e·s à ces questionnements. Mais il ne semble jamais mauvais de rappeler ces bases malsaines, surtout vis-à-vis de contenus consommés de plus en plus tôt. La fabrication du porno implique des sacrifices considérables, notamment pour les femmes qui s’y engagent : les abus et l’absence de protection en font un métier à risque, tant pour leur intégrité physique que pour leur santé mentale.
Avec son premier long-métrage, Muriel D’Ansembourg réussit à donner une voix à ces actrices du X. Si elle doit parfois grossir le trait pour compléter son propos (la signification de la séquence du poulpe n’échappe à personne, même si elle relève d’une exagération d’un certain mauvais goût), la réalisatrice vise une fenêtre d’analyse juste, entre compréhension et dénonciation. L’aspect vaporeux de ces vidéos pornographiques présentes sur le web s’efface à mesure que leur imagerie tronquée influence les comportements du réel. Truly Naked tente de parer à cette contre-éducation en se servant directement du support critiqué afin d’éduquer, à son tour, sur les dangers d’une industrie que l’on ne questionne plus.
Bande-annonce
15 avril 2026 – De Muriel d’Ansembourg






