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ROMERIA

Afin d’obtenir un document d’état civil pour ses études supérieures, Marina, adoptée depuis l’enfance, doit renouer avec une partie de sa véritable famille. Guidée par le journal intime de sa mère qui ne l’a jamais quittée, elle se rend sur la côte atlantique et rencontre tout un pan de sa famille paternelle qu’elle ne connait pas. L’arrivée de Marina va faire ressurgir le passé. En ravivant le souvenir de ses parents, elle va découvrir les secrets de cette famille, les non-dits et les hontes…

Critique du film

Une des premières images qui se révèle au spectateur de Romería mêle avec élégance discours méta et poésie. Marina apparaît en plongée, debout sur le pont d’un bateau de plaisance appartenant à son oncle. Dos au sens de navigation, son caméscope braqué vers l’arrière de la coque, elle filme ce qui échappe au cadre : un passé enfoui, une mémoire familiale douloureuse, ensevelie sous les mensonges et le mutisme. Marina, double fictive de la cinéaste, fouille cette mémoire pour comprendre qui étaient ses parents, morts du sida alors qu’elle n’était encore qu’une enfant.

Pour qui connaît déjà l’œuvre de Carla Simón, ce voyage mémoriel s’apparente moins à un retour en arrière qu’à un saut dans le temps. Marina prolonge le geste autobiographique de la cinéaste en venant remplacer Frida, son double dans Été 93, qui n’avait alors que six ans et affrontait un deuil encore à vif. Ici, le regard a changé : plus distancié, plus conscient, mais toujours traversé par une même quête intime.

Romeria

On dit souvent que chaque nouveau film d’un cinéaste donne de ses nouvelles. Avec Carla Simón, dont le cinéma est profondément personnel, l’expression prend tout son sens. La vue aérienne de Marina sur le bateau matérialise ce déplacement : une nouvelle perspective sur une histoire déjà partiellement explorée. Ce déplacement est aussi géographique. La cinéaste quitte la campagne catalane du côté maternel pour rejoindre l’autre rive, celle du père. D’un territoire à l’autre, l’été semble suspendu, baigné par une lumière constante qui épouse la nostalgie de Marina. Cette mélancolie est amplifiée par les images filmées au caméscope. Leur texture, plus fragile, contraste avec le reste du film et agit comme une chambre d’écho du récit, renforçant sa dimension autobiographique.

Ce travail sur la matière de l’image n’est pas sans rappeler certaines expérimentations récentes — notamment À pied d’œuvre de Valérie Donzelli — mais chez Carla Simón, il s’accompagne d’un dédoublement du regard : ces images ne sont pas seulement sensorielles, elles rejouent une mémoire possible, presque fantasmée.

Romeria

Ces fragments, volontairement de moindre qualité, apparaissent furtivement et semblent anodins. Pourtant, dans ces vacances baignées de douceur, ils sont traversés par un même manque : l’absence des parents. Cette quête de traces trouve un prolongement dans une autre archive, le journal intime de la mère de Marina. Relu dans l’obscurité, il ouvre à nouveau un ailleurs, un espace à la fois intime et inaccessible.

Déterminée à s’approprier ce récit, à l’exhumer, Marina voit sa quête culminer dans un dernier mouvement plus ouvertement poétique, où les fantômes reprennent vie. La fiction permet alors à Carla Simón de recomposer cette mémoire familiale lacunaire, de lui donner forme et présence — comme si le cinéma pouvait, sinon réparer l’absence, du moins en proposer une traversée sensible.

Bande-annonce

8 avril 2026 – De Carla Simón