THE WORLD IS FULL OF SECRETS
Critique du film
Réalisé en 2018 par Graham Swon, dont c’était le premier long-métrage, The World Is Full of Secrets est né de l’envie du metteur en scène de retrouver un style de narration proche de celui de la radio ou des débuts de la télévision. Il s’inspire également du théâtre grec antique, dans lequel les protagonistes font le récit des événements plutôt que de les jouer.
La narratrice, que l’on entend uniquement et qui semble âgée, revient sur une nuit d’été de l’année 1996. Cinq adolescentes américaines vivant en banlieue se retrouvent chez l’une d’entre elles, Clara, dont les parents sont sortis. Ces jeunes femmes ont le sentiment d’être jeunes et riches, que rien de mal ne peut leur arriver. La narratrice précise que cette sensation allait alors être ressentie pour la dernière fois. Les cinq amies décident de raconter, chacune à son tour, une histoire effrayante, l’idée étant bien sûr de surpasser les autres, de tomber dans une surenchère de l’horreur.
Le procédé utilisé par Graham Swon s’avère assez simple : caméra fixe sur le visage de chaque jeune femme en train de narrer un fait divers, une légende urbaine, voire un fait historique violent. Cette sobriété fait que le récit fonctionne, notamment grâce au talent des interprètes, à la photographie et à l’ambiance générale, qui doit beaucoup à la voix off et à la partition assez angoissante de Rae Swon. Une sensation étrange et inquiétante sourd de cette réunion amicale, durant laquelle on cherche peut-être à s’affranchir d’un quotidien terne ou des frustrations de l’adolescence.

Certaines de ces adolescentes, en apparence banales, semblent prendre un malin plaisir, une satisfaction presque sadique, à donner des précisions horribles sur les histoires qu’elles racontent. Tel est le cas de Suzanne, dont le visage et les inflexions de voix trahissent une véritable appétence pour les descriptions sanglantes : on pourrait presque parler d’une gourmandise morbide.
Cette fascination pour l’horreur, la transgression et les sciences occultes — jeu avec un miroir, notamment — pourrait les entraîner plus loin qu’elles ne le pensent et faire basculer la soirée. Rebecca prétend d’ailleurs ne pas être novice en matière d’invocations. Du récit à l’acte, il n’y a parfois qu’un pas. Ne vaut-il pas mieux, parfois, se taire plutôt que de réveiller des angoisses ou des forces que l’on ne connaît pas et que l’on ne peut maîtriser ? Le mystère restera entier.
The World Is Full of Secrets déroule un récit où l’imagination du spectateur est constamment sollicitée et tire aussi sa force d’un sens du cadre certain et d’une esthétique qui repose beaucoup sur l’éclairage et les surimpressions. Loin des surenchères de nombreux films d’horreur ayant pour cadre la jeunesse banlieusarde américaine, le film choisit le doute et l’effleurement plutôt que les effets chocs et les explications fumeuses. Il n’en est que plus efficace et original.
Bande-annonce
8 avril 2026 – De Graham Swon






