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TROIS JOURS ET UNE VIE

1999 – Olloy – Les Ardennes belges. Un enfant vient de disparaître. La suspicion qui touche tour à tour plusieurs villageois porte rapidement la communauté à incandescence. Mais un événement inattendu et dévastateur va soudain venir redistribuer les cartes du destin…

Critique du film

Sur le papier, il s’agissait d’une équation gagnante : porter sur grand écran l’adaptation du best-seller d’un écrivain français reconnu et populaire, y rattacher un réalisateur chevronné du cinéma de genre et compléter le tout avec un casting aux petits oignons. Pourtant, la sentence sera sans appel : avec un peu moins de 100 000 entrées en fin de parcours, Trois Jours et Une Vie n’aura su trouver qu’un faible écho auprès des spectateurs lors de la rentrée 2019. Injustice totale pour un film qui s’éloigne par bien des aspects du tout venant des productions de polar à la française et qui mérite une réévaluation sur le champ !

Film d’auteur(s)

À l’origine du projet, Pierre Lemaitre, l’auteur du roman en personne qui souhaite voir l’adaptation cinématographique de son récit publié en 2016. Il est vrai qu’à sa sortie, beaucoup ont loué l’efficacité des ressorts de suspens utilisés par le romancier, ‘’facilement’’ identifiables et portables à l’écran. Épaulé par la scénariste Perrine Margaine, c’est lui qui en signe l’adaptation pour le cinéma. C’est également lui qui approche Nicolas Boukhrief pour la réalisation ; un choix audacieux qui prouve d’entrée de jeu l’envie de cinéma chez Pierre Lemaitre. Loin de proposer une mise en image scolaire du récit, Boukhrief va au contraire apporter toute l’habileté qui caractérise son cinéma pour faire exister autant l’action que les personnages, en plus de porter un soin tout particulier à l’atmosphère.

Dès le prologue, il suffit à Boukhrief de quelques secondes pour restituer l’ambiance lourde et étouffante du roman, tirant profit, à chaque plan, de son incroyable décor brumeux et isolé (le film a été tourné en décor naturel dans le village d’Oloy dans les Ardennes Belges). Une atmosphère d’une noirceur glaçante renforcée par la photo désaturée de Manuel Dacosse. 

Cette introduction posée, le film peut alors mettre en place lentement mais sûrement son petit microcosme. Épousant le point de vue d’Antoine, jeune garçon de 12 ans, le réalisateur choisit de construire son personnage en regard du monde qui l’entoure. À la faveur d’un échange de répliques, d’un mouvement de caméra qui parcourt les lieux aux côtés de son protagoniste principal, le réalisateur donne progressivement corps et âmes à cette petite communauté. Boukhrief prend le temps d’ancrer ses personnages dans un quotidien familier pour mieux servir le matériau littéraire offert par Lemaitre. À l’image d’un Clouzot ou d’un Chabrol, ici, ce sont les personnages et leur caractérisation qui vont influer sur l’action et pas l’inverse. Jamais la crédibilité de cette petite cité ouvrière ne sera remise en question, si bien que les événements dramatiques à venir auront un impact émotionnel fort chez le spectateur.

Histoire d’un innocent coupable

Evidemment, il conviendra de ne pas trop en dévoiler sur l’intrigue ; l’un des grands plaisirs du film résidant dans la découverte de son brillant dispositif narratif. Mais encore une fois, toute cette mécanique tournerait à vide si elle ne se reposait pas sur une étude de caractères riche et précise. Ici, la disparition d’un enfant qui met en émoi tout un village sert de point de départ. La clé du mystère sera dévoilée assez rapidement au spectateur, permettant au film de se concentrer sur le parcours émotionnel de ses personnages : culpabilité, perte de l’innocence, basculement dans le mensonge… Boukhrief et Lemaitre n’en finissent pas d’interroger les méandres de l’âme humaine et la frontière ténue qui existe entre le bien et le mal. De son propre aveu, le réalisateur parle d’innocent coupable (ou l’inverse).

Sans jamais juger ses personnages ou poser de morale préconçue, le film préfère interroger le spectateur face à cette éternelle question : ‘’Qu’aurais-je fait dans cette situation ? ‘’. Il faudra patienter jusqu’au dernier plan du film pour avoir au moins la certitude que face à ses actes, on se retrouve souvent seul et qu’il n’est pas de pire prison que celle qu’on se construit soi-même…. Implacable !

#LBDM10ANS

ℝ𝕖́𝕥𝕣𝕠𝕤𝕡𝕖𝕔𝕥𝕚𝕧𝕖 𝟚𝟘𝟙𝟡