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TOUTE UNE NUIT SANS SAVOIR

Quelque part en Inde, une étudiante en cinéma écrit des lettres à l’amoureux dont elle a été séparée. A sa voix se mêlent des images, fragments récoltés au gré de moments de vie, de fêtes et de manifestations qui racontent un monde assombri par des changements radicaux. Le film nous entraine dans les peurs, les désirs, les souvenirs d’une jeunesse en révolte, éprise de liberté.

 Critique du film

A la fois fiction et documentaire, Toute une nuit sans savoir se compose d’un mélange d’images tournées par Payal Kapadia et d’autres tournées par des amis ou trouvées sur internet. C’est le premier long-métrage de cette réalisatrice, qui avait déjà tourné plusieurs courts-métrages après avoir étudié à l’Institut Indien du Cinéma et de la Télévision, été pensionnaire de Berlinale Talents et avoir participé à la Cinéfondation –Résidence du Festival de Cannes.

Toute une nuit sans savoir développe les thèmes de la rébellion, du cinéma et de l’amour, ces deux derniers se confondant dans leur lutte contre l’oppression et la discrimination, notamment celle du système des castes qui perdure en Inde, malgré son caractère profondément archaïque. Les Dalits, ou Intouchables, subissent encore cette injustice. Le personnage principal de Toute une nuit sans savoir, fait partie de la caste des Dalits. Son amant a été séquestré par ses parents, car il appartient à une autre caste, considérée comme supérieure. La jeune femme souffre de son absence, mais également de l’attentisme de son amoureux, de sa passivité et de sa résignation. La désillusion de la jeune femme est flagrante : « Désormais j’écrirai à celui que j’aurais aimé que tu sois ». Elle continue à écrire car c’est une lutte, son amant l’ayant profondément déçue.

Toute une nuit sans savoir

L’histoire se déroule dans les années 2010. Une grève a lieu dans une école de cinéma, en raison de la nomination du nouveau directeur, ancien acteur affilé au BJP, parti nationaliste indien. Les élèves contestataires sont censurés, tabassés. Au-delà de l’histoire de la jeune femme trahie, déçue par celui qu’elle chérissait, il y a la lutte de toute une partie de la population qui veut combattre l’injustice et la haine. 

Intégralement en noir et blanc, poétique, lancinant et envoûtant, Toute une nuit sans savoir happe le spectateur et ne le lâche plus. Sa force vient à la fois de sa sobriété, de son caractère hypnotique et de son intérêt social et historique. On apprend beaucoup de choses sur l’Inde contemporaine à travers ce brûlot à la fois sentimental, politique et engagé, au sens noble du terme, qui évoque le cinéma de Chris Marker, par sa beauté, sa singularité et sa force et n’a pas volé l’Oeil d’Or 2021 du meilleur documentaire décroché au Festival de Cannes. Hybride et inclassable.

Bande-annonce

13 avril 2022 –  De Payal Kapadia