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PROJET DERNIÈRE CHANCE

Ryland Grace, professeur de sciences, se réveille seul à bord d’un vaisseau spatial, à des années-lumière de la Terre, sans aucun souvenir de son identité ni des raisons de sa présence à bord. Peu à peu, sa mémoire lui revient, et il comprend l’enjeu de sa mission : résoudre l’énigme de la mystérieuse substance qui cause l’extinction du Soleil. Pour tenter de sauver l’humanité, il va devoir faire appel à ses connaissances scientifiques et à des idées peu conventionnelles.

Critique du film

Elles sont nombreuses, ces œuvres de science-fiction qui mettent l’humanité au pied du mur afin d’en faire ressortir le meilleur de sa nature : sacrifice héroïque, unité comme geste salvateur, courage d’affronter ce qui nous menace. À ce petit jeu anthropologique, l’espace est un terrain parfait : vide de tout, sans espoir si ce n’est celui placé en ceux qui nous accompagnent. Sûrement avide de difficulté, Projet Dernière Chance préfère miser sur autre chose. L’astronaute incarné par Ryan Gosling doit effectivement sauver l’humanité, mais il doit le faire seul, ou du moins sans le concours d’aucun autre Terrien. Paradoxalement, le film de Phil Lord et Chris Miller fait ressortir ce que son protagoniste possède de plus humain en l’isolant de ses semblables, preuve que l’humanité ne se limite pas à ce qui nous est familier.

Il serait vain de nier toute ressemblance entre Projet Dernière Chance et Contact de Robert Zemeckis : les deux films partagent de nombreuses similarités — la linguistique et la communication, la course à l’espace pour résoudre un mystère majeur, mais surtout la volonté de définir ce qui nous qualifie en tant qu’espèce. C’est à ce sujet que les deux films diffèrent. Projet Dernière Chance préfère renvoyer la sphère terrestre à des bribes, des flash-back disséminés à travers l’œuvre sans toutefois en faire le nœud central. Le long-métrage aime plutôt se mettre en difficulté, confrontant son héros à une entité extraterrestre avec laquelle il ne partage a priori aucun point commun.

Projet dernière chance

Le trope n’a rien de spécialement novateur : forcer l’entraide entre espèces (qu’elles soient fictives ou réelles) a déjà été éprouvé comme un moyen efficace de montrer notre capacité à la tolérance — bien que le réel nous en fasse parfois douter. Ce n’est donc pas tant dans la surface de cette relation alien/humain qu’il faut chercher le propos, mais davantage dans l’apprentissage de cette accointance passagère. Projet Dernière Chance est une ode à la sensation, à l’émotion. À l’instar du récent Life of Chuck, le monde semble tourner autour d’un seul personnage incarnant à lui seul le meilleur de l’humain. Loin de rendre l’ensemble égocentrique, cette dimension intime permet de resserrer l’essentiel : il n’est pas tant question de sauver le monde que de se souvenir pourquoi on désire le préserver.

Projet Dernière Chance a de tels éclats qu’il en vient à diversifier sa beauté. Sa plastique offre un spectacle parfois immense, un grandiose auquel Greig Fraser nous a souvent habitués par sa maîtrise de la colorimétrie dans les plans larges. Mais ces pluies d’étoiles ou ces aurores cosmiques ne seraient que de beaux tableaux spatiaux supplémentaires dans un cinéma qui ne manque pas de représenter le cosmos comme un lieu contemplatif si elles ne trouvaient pas leur pendant dans des instants plus calmes, plus réfléchis, moins soumis aux impératifs de l’action. Il se dégage une compassion sincère des échanges entre le personnage de Ryan Gosling et son compagnon minéral, sobrement baptisé « Rocky ». La fascination du second pour le premier n’est pas seulement de l’ordre du ressort comique, elle met en valeur tout ce que nous pouvons transmettre, partager et créer.

Certes, une douce naïveté émane du film de Phil Lord et Chris Miller, mais on peut aisément comprendre leur intention de rattacher la science-fiction à une forme d’évasion : fuir le réel quelques instants dans un voyage où la sensibilité prime. Projet Dernière Chance est une sorte de Golden Record cinématographique, un condensé de beauté humaine auquel il fait du bien de croire encore, de temps à autre.

Bande-annonce

18 mars 2026 – De Phil LordChristopher Miller

Avec Ryan GoslingSandra Hüller