GAMERA
Durant l’affrontement entre l’Union soviétique et les États-Unis, une explosion atomique réveille Gamera, un monstre légendaire. Celui-ci se met alors à détruire tous les humains qu’il croise sur son chemin.
Critique du film
Réalisé en 1965 par Noriaki Yuasa, metteur en scène de cinéma mais aussi spécialiste des effets spéciaux, Gamera, ou Daikaiju Gamera, est un kaiju eiga, c’est-à-dire un film de monstres dans la culture cinématographique japonaise. Gamera est une tortue géante qui apparaît dans deux séries de films : la première se situe durant l’ère Shōwa et s’étend de 1965 à 1980 avec huit longs-métrages, tandis que la seconde, durant l’ère Heisei, se compose de trois films, de 1995 à 1999.
Daikaiju Gamera a été envisagé par les studios Daiei pour se renflouer, mais aussi pour répondre au phénoménal succès rencontré par les films mettant en scène Godzilla, proposés par la firme Toho. Ce premier opus de Gamera, le seul en noir et blanc, partage certains points communs avec Godzilla, mais aussi de grandes différences. Parmi les éléments qui relient les deux créatures, on retrouve dans les deux séries de longs-métrages des monstres que l’on pourrait qualifier de préhistoriques, et la peur du péril nucléaire fait partie intégrante du récit. Mais Daikaiju Gamera a été conçu pour un public très jeune, voire enfantin, là où Godzilla visait un public adulte. Le jeune héros de Daikaiju Gamera n’est autre qu’un garçon de 12 ans, dont la sagesse et l’autorité en imposent aux adultes, qu’ils soient civils, militaires ou scientifiques.
Autant dire qu’il faut avoir conservé une grande part d’enfance et de poésie pour se laisser embarquer totalement par cette histoire, avec un tel parti pris. Mais cela fonctionne, comme fonctionne encore le King Kong de 1933, réalisé par Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack. Qu’importe l’invraisemblance de quelques situations ou le fait que certains effets spéciaux puissent paraître dépassés — utilisation de maquettes ou de costumes plus ou moins bien finalisés —, le charme suranné de ce type d’œuvre, pour peu qu’on se laisse prendre au jeu, est instantané, et la réussite plastique, magnifiée par une impeccable restauration 4K, fait le reste.

Les péripéties sont nombreuses, il y a de l’action, une inventivité certaine et salvatrice — le choix du noir et blanc était lié à un budget très serré — qui transcende l’ensemble. Le spectre de la guerre froide qui pourrait dégénérer, le traumatisme atomique vécu par le Japon vingt ans plus tôt : tout cela donne une patine et une force à ce long-métrage, qui ne souffre d’aucun temps mort — il dure un peu moins d’une heure vingt — et que l’on découvre avec les yeux d’un enfant qui trouverait au pied du sapin des jouets vintage pour se fabriquer son propre film.
Resté inédit dans les salles françaises, Daikaiju Gamera avait connu les honneurs de la vidéo, à l’époque en DVD, il y a plus de quinze ans, mais c’est aujourd’hui qu’il peut ressortir dans toute sa splendeur grâce aux éditions Blu-ray et 4K UHD proposées par Roboto, éditeur passionnant et passionné par le cinéma japonais dans toute sa diversité. Disponibles depuis le 25 février, ces deux coffrets comportent les deux films qui ont suivi Daikaiju Gamera, Gamera contre Barugon et Gamera contre Gyaos, ainsi qu’un livret de 60 pages, un poster, mais également des compléments passionnants, tels que les commentaires de Fabien Mauro, qui reviennent sur les trois œuvres du coffret, leurs genèses et leurs thèmes. Un autre supplément de taille est proposé avec l’interview de Shinji Higuchi et de Shunichi Ogura, superviseurs de cette restauration datée de 2025, qui s’avère exceptionnelle tant pour l’image que pour le son.






