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AVATAR 2 : LA VOIE DE L’EAU

Se déroulant plus d’une décennie après les événements relatés dans le premier film, AVATAR : LA VOIE DE L’EAU raconte l’histoire des membres de la famille Sully (Jake, Neytiri et leurs enfants), les épreuves auxquelles ils sont confrontés, les chemins qu’ils doivent emprunter pour se protéger les uns les autres, les batailles qu’ils doivent mener pour rester en vie et les tragédies qu’ils endurent.

Critique du film

Après la sortie de Titanic et son succès planétaire, une question s’est posée : James Cameron cherchera-t-il à faire plus grand, plus imposant ? Il donnait une réponse affirmative avec Avatar, après la sortie duquel la même question intervient. La réponse est encore affirmative et se nomme cette fois Avatar : la voie de l’eau. Attendu depuis treize ans, doté d’un budget de plusieurs centaines de millions d’euros, d’une durée de trois heures douze, repoussant l’ingéniosité de ses créateurs d’effets spéciaux, il réunit en effet tous les paramètres pour être plus grand, plus imposant.

À première vue, cette suite n’a pourtant pas l’effet d’une surprise. Ce n’est pas la première fois que James Cameron en réalise une, qu’il soit responsable ou non du premier opus, respectivement Terminator et Aliens. Seulement, le réalisateur est un homme de défi qui envisage désormais chaque projet comme un palier supplémentaire, montant vers un sommet qui n’existerait pas encore. Avant de réaliser cette suite, il a d’ailleurs battu un record de plongée en solitaire à plus de dix kilomètres sous la mer. Son goût du dépassement et de la performance est un mode de vie qui se reporte dans sa façon de concevoir le cinéma. Bien que les Avatar suivants soient déjà annoncés (3, 4 et 5), laissant légitimement planer le risque d’une franchise pensée uniquement de façon industrielle, Avatar : la voie de l’eau apparaît au contraire affranchi de cette logique.

À l’issue du film précédent, Jake Sully (Sam Worthington) était débarrassé de l’humain, en tant que corps et communauté. Il se réveillait in fine en Na’vi, le peuple extraterrestre qu’il était censé infiltrer, et l’armée dont il faisait partie était évacuée. Ses plaies du passé, liées aux limites du corps humain (il avait perdu l’usage de ses jambes) sont aussi définitivement effacées. Lorsqu’on le retrouve auprès de sa compagne Neytiri (Zoe Saldana) et des enfants qu’ils ont eu entre-temps, la vision idéalisée de leur vie dans une forêt luxuriante, à travers laquelle la caméra nous incite à voyager, s’assimile à celle d’un éden possible car il exclut entièrement les hommes. C’est visuellement enchanteur, tout en envoyant un message sombre à l’humanité.

Dans ce deuxième volet, les avatars sont uniquement la propriété des ennemis, les clones des soldats revenant à Pandora pour terminer leur travail inachevé. Lorsque la colonisation reprend, le récit n’échappe pas à certaines redites. Est-ce que l’Histoire se répète ? L’oppression réitère les mêmes mécanismes, mais elle se charge d’une vengeance, trahissant l’idée selon laquelle une lubie personnelle peut être le point de départ d’un désastre atteignant de nombreux innocents.

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Avatar : la voie de l’eau est ainsi nourri par de longues scènes d’action et de tension, chacune contenant l’imagerie d’un conflit brûlant ou d’un débat actuel. À commencer par la guerre du Vietnam, James Cameron allant jusqu’à citer un plan emblématique d’Apocalypse Now, mais aussi la colonisation spatiale ou la destruction des fonds marins. D’autant plus que la forêt, ce sanctuaire, est devenue une zone minée. Lorsque Jake formule auprès du « peuple du récif » une demande d’asile, la place des siens devient celle de réfugiés. Ils ont tout à apprendre pour se fondre dans une autre culture, réviser leurs préjugés. Que l’acceptation d’une demande d’asile soit le postulat d’un film de science-fiction constitue un parti pris très fort.

Le film n’est pas uniquement un grand réseau de signes qui n’aurait de sens qu’à travers la métaphore. « La voie de l’eau », son sous-titre, a valeur de programme de mise en scène. Les séquences aquatiques s’appréhendent sur le mode de la découverte, puis de la stase et du frisson. L’exploration du monde de l’eau, de ses créatures et ses habitations va de pair avec l’apprentissage que les personnages enfants font de leur nouveau monde. Découvrir un environnement, ses dangers, ses images, met sur la même ligne la famille de Jake et l’œil du spectateur.

« La mer donne, la mer prend. »

Cette réplique entendue comme une variation autour du livre de Job (« Le Seigneur a donné, le Seigneur a repris ») verbalise la vision spirituelle que la forme du film tente d’adopter, en y parvenant souvent. Si Avatar peut être décrit par des chiffres, mis en avant par ses prouesses techniques, les effets spéciaux disparaissent au profit de mouvements d’une grande limpidité. Dans le récit, la technologie dominante reste même l’apanage des envahisseurs (armes, avions, bateaux perfectionnés) contre la minéralité propre aux Na’vis. L’idée d’un flux ininterrompu entre le vivant et la nature est justement transmis par la clarté de la 3D, la fluidité du numérique.

Prolongeant une vision intime, James Cameron rejoue également sa propre histoire de cinéaste, notamment lors d’une séquence qui superpose à son suspense le souvenir émouvant d’une scène de Titanic. C’est ici toutefois que le film prolonge un discours assez convenu, voire solennel, sur la famille comme étant la plus grande force de l’être. Le message n’écrase pas, malgré tout, l’éblouissement du grand spectacle ni notre mémoire de spectateur, concédant à Avatar la qualité d’être incomparable.

Bande-annonce

14 décembre 2022De James Cameron, avec Zoe SaldanaSam WorthingtonKate Winslet