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À VOIX BASSE

De retour en Tunisie pour les funérailles de son oncle, Lilia retrouve une famille qui ignore tout de sa vie à Paris. Déterminée à éclaircir le mystère de cette mort soudaine, Lilia se retrouve confrontée aux secrets d’une maison où cohabitent trois générations de femmes.

Critique du film

À voix basse suit l’enquête de Lilia, qui cherche à comprendre les circonstances de la mort de son oncle, sans pour autant relever du thriller. Il n’y a ni mystère clairement résolu, ni vérité finale à atteindre. Le film s’attache davantage à explorer les liens au sein de cette famille tunisienne et ses secrets, en avançant à partir de témoignages, de souvenirs et de traces laissées par chacun. Chaque personnage apporte sa version, souvent partielle, parfois contradictoire, autour de l’oncle Dali. Leyla Bouzid propose ainsi une vision fragmentée de cette histoire familiale, bouleversée par une mort inexpliquée, que certains cherchent à élucider tandis que d’autres tentent d’oublier.

Le film repose en grande partie sur l’importance du silence. Les personnages parlent, mais rarement de manière directe. Ils contournent, hésitent, s’interrompent, et passent parfois d’une langue à l’autre au sein d’une même phrase, comme si certaines choses ne pouvaient être formulées que dans un registre précis. La langue ne constitue pas une barrière à proprement parler, mais elle ne permet pas non plus de tout dire. Ces glissements linguistiques soulignent l’écart entre ce qui est exprimé et ce qui est réellement ressenti, renforçant le sentiment d’une communication incomplète qui entretient un malaise latent.

On comprend alors que certaines vérités sont difficiles à formuler, soit parce qu’elles sont douloureuses, soit parce qu’elles vont à l’encontre des attentes familiales. C’est notamment le cas de Lilia, dont la position s’oppose à celle des générations précédentes. Elle se voit contrainte de taire une partie de sa vie et d’adapter son discours selon ses interlocuteur·ices, par crainte de provoquer de nouveaux conflits.

À voix basse

Les normes familiales et culturelles jouent ainsi un rôle déterminant dans ces silences. Des règles implicites, profondément ancrées, entrent en tension avec les aspirations des plus jeunes générations. Cette pression, jamais explicitement formulée, influence les comportements et explique pourquoi certains éléments restent dans l’ombre, et pourquoi certains préfèrent se taire plutôt que de risquer de transgresser ces interdits.

Le film interroge également ce que signifie « faire justice » à une histoire familiale. Lilia semble être la seule à vouloir comprendre les circonstances de la mort de son oncle, tandis que le reste de la famille préfère ne pas raviver le passé et éviter toute procédure. Chercher la vérité implique pourtant de confronter des points de vue divergents et de fragiliser un équilibre déjà précaire. Dire peut libérer, mais aussi blesser. Le film ne tranche pas et reste dans un entre-deux : en dire suffisamment pour éclairer l’histoire, sans pour autant en révéler tous les secrets. Quant à la mise en scène, elle demeure simple et discrète. Elle laisse la place aux visages, aux voix, et surtout aux silences. Ce choix peut donner une impression de lenteur, mais il s’accorde pleinement avec le sujet : comprendre une histoire familiale demande du temps, et passe souvent par ce qui n’est pas immédiatement dit.

Bande-annonce

22 avril 2026 – De Leyla Bouzid