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LE GARÇON ET LA BÊTE

7
Riche

Shibuya, le monde des humains, et Jutengai, le monde des Bêtes… C’est l’histoire d’un garçon solitaire et d’une Bête seule, qui vivent chacun dans deux mondes séparés. Un jour, le garçon se perd dans le monde des Bêtes où il devient le disciple de la Bête Kumatetsu qui lui donne le nom de Kyuta. Cette rencontre fortuite est le début d’une aventure qui dépasse l’imaginaire…

Le garçon est la bête.

Bien que figure de proue aux films enchanteurs, Miyazaki n’est que l’arbre qui cache l’immense forêt de talentueux animateurs japonais. Si certains voient la mise en pause des studios Ghibli comme un vide à combler, sachez que l’industrie nipponne se trouve entre de bonnes mains avec (notamment) celles de Mamoru Hosoda. Son cinéma plus difficile d’accès que celui de Miyazaki a offert en à peine dix ans quatre films indispensables qui font s’entrechoquer les univers, les espaces-temps, les hommes et les bêtes, pour amener à réfléchir sur de multiples sujets comme celui (récurrent) de la famille.

Si La traversée du temps était le film de la révélation, Summer Wars confirmait les espoirs que le public plaçait en lui. C’est avec Ame & Yuki : les enfants loups sorti durant l’été 2012 que les spectateurs français découvrirent majoritairement ses talents de conteur singulier. Il revient avec Le Garçon et la Bête, un film au ton (en apparence) plus léger mais toujours empreint de mélancolie.

Si les thèmes abordés peuvent sembler déjà vus et revus, leur fin traitement fait la force du film. Le réalisateur évite tous les pièges qui lui étaient tendus pour en ressortir une réflexion subtile dans un film fragmenté en trois parties distinctes. Dans la première, la fuite du jeune Ren va le précipiter, et nous avec lui, dans un monde parallèle où vivent des bêtes en parfaite harmonie, et duquel sont exclus les humains. Hosoda nous amène à découvrir un univers solide, à la richesse stupéfiante.

Hosoda a énormément à raconter et le seul regret est qu’il estime que deux heures suffisent à le faire. Ce manque de temps l’oblige à être trop didactique à une ou deux reprises, mais surtout à faire vite dans la mise en place des enjeux nous laissant avec quelques questionnements : pourquoi Kamatetsu veut-il devenir le nouveau seigneur ? Pourquoi doivent-ils absolument prendre un apprenti ? En quoi la famille d’adoption que fuit Ren est-elle si horrible ?

Mais on oublie bien vite ces quelques trous narratifs car le cinéma d’Hosoda a de ça qu’il est tout particulièrement sensible et personnelle. Si Ame & Yuki était un film dédié à sa femme avec laquelle il ne peut avoir d’enfants, Le Garçon et la Bête s’adresse directement à la jeunesse japonaise et propose plusieurs pistes de réflexion autour du vieillissement de la population, de son évolution et des nouvelles formes de famille qui en découlent. Un film qui cultive l’espoir, érige le dialogue et le partage en bannière, sollicitant les anciennes générations à entretenir les liens qui les unissent aux nouvelles. 

Avec la mise en parallèle de ces deux mondes, les allégories filent. Si comme chez Del Toro l’Homme y est plus cruel que les monstres et source des problèmes de ces derniers, le film n’en est pas manichéen pour autant. Chacun y est tantôt odieux, tantôt estimable. C’est le propos du film : la bête réside en chacun de nous. En cela, le réalisateur répond aux médias actuels qui s’inquiètent de l’invasion des « autres », en rappelant que les « autres » c’est aussi nous. Hosoda propose un discours antimilitariste singulier et bienvenu. Le titre original « Bakemono no ko » signifie littéralement « le garçon de la bête » mais après cette dernière partie une chose devient évidente : le garçon est la bête. 

Après ce dernier acte à l’intensité et la beauté vertigineuse mélangeant animation 2D et 3D, le film se termine presque trop brusquement et laisse le spectateur quelque peu frustré de devoir quitter si rapidement un univers et des personnages auxquels il s’était déjà tant attaché. Le long-métrage, qui a tendance à se disperser, se recentre quelque peu sur la fin. Certes Le garçon et la bête n’atteint pas la puissance des précédents films d’Hosoda, pêchant du fait d’une narration parfois brouillonne, mais prend place dans un univers riche, offrant une réflexion passionnante sur la narration de l’imaginaire. La route est encore longue mais Mamoru Hosoda confirme son statut d’auteur essentiel du cinéma d’animation japonais et c’est avec une excitation non dissimulée que l’on attend avec impatience sa prochaine création originale. 

La fiche

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LE GARÇON ET LA BÊTE
Réalisé par Mamoru Hosoda
Avec les voix de Koji Yakusho, Aoi Miyazaki, Shôta Sometani…
Japon – Animation, Aventure
Sortie en salle : 13 janvier 2016
Durée : 118 min

 




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ynausicaa
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ynausicaa
Merci pour cette critique…
Pour ma part, il s’agit du meilleur film que j’ai vu en janvier (5 films vus).
Je ne peux que le conseiller, d’ailleurs mon Hobbit de 6 ans a vu la bande annonce et est très intéressé.
Seul regret, la fin qui m’a déçue même si, je comprends les choix des protagonistes.