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MADAME CLAUDE

Fin des années 1960, Madame Claude règne sur Paris et au-delà grâce à son commerce florissant. En réinventant les codes de la prostitution, en empruntant ceux de la bourgeoisie et en s’inventant un passé respectable, elle est devenue une femme d’affaires redoutée et estimée du monde politique au grand banditisme. Femme de pouvoir dans un milieu et une époque d’hommes, à la veille des grands mouvements de libération de la femme, elle sera aussi le témoin de la fin d’une époque. Sa rencontre avec Sidonie, son opposée mais aussi son alter ego, sera imperceptiblement le fil conducteur de l’érosion de son empire. Sidonie est la fille qu’elle s’est choisie, qui deviendra presque son bras droit. Pour la première fois de sa vie, elle tient à quelqu’un. Elle qui tient le tout Paris dans ses carnets, qui s’est construite sur la haine et la honte, aimer quelqu’un, ça, elle ne sait pas le gérer. Sans le vouloir, et sans doute aussi car elle représente la liberté et l’indépendance, Sidonie précipitera sa chute…

Critique du film

Le biopic Madame Claude, initialement prévu en salle, ne sortira finalement pas au cinéma puisqu’il parviendra finalement aux français le 2 avril chez le géant américain de la SVOD. En ces temps de crise, il semble que cette pratique de « sauvetage » se répande de plus en plus. Ainsi, Forte et Brutus vs César ont été repêchés par Prime, La mission avec Tom Hanks a atterri sur Netflix, The nest (pourtant Grand Prix à Deauville) a été récupéré par Canal+ et le très attendu The nightingale , qui avait fait grand bruit à la Mostra et devait enfin trouver le chemin des salles cette année, a été proposé sur OCS avant sa sortie en vidéo. Avec plus de 300 films en attente pour la réouverture des salles obscures, cela devrait donc devenir monnaie courante durant cette année 2021 si particulière…

Ceux qui voient le verre à moitié plein y verront un moyen de limiter la casse pour en découvrant malgré tout ces films. D’autres regretteront que la gestion interminable et hypocrite des autorités aient privé quelques belles productions d’une rencontre avec le public dans les meilleures conditions de découverte. Avec sa distribution de qualité qui réunit quelques visages reconnus du cinéma d’auteur hexagonal (Garance Marillier, Pierre Deladonchamps, Benjamin Biolay, Roschdy Zem, Paul Hamy, Hafsia Herzi…), Madame Claude avait de quoi s’offrir un joli box-office.

Centré autour de la célèbre « Madame Claude », Fernande Grudet de son vrai nom, le film se déroule durant les années 1960 et raconte le parcours de celle qui s’est retrouvée à la tête d’un vaste réseau de prostitution de luxe dans le 16e arrondissement de Paris, satisfaisant politiciens, hommes d’affaires et artistes de renom. La maquerelle bourgeoise au bras long deviendra par la suite informatrice pour les renseignements généraux, tout en amassant une certaine fortune en mettant à son profit le « plus vieux métier du monde ». Mais sa réussite attirera l’attention du FISC et de nombreux démêlés avec le grand banditisme.

Après un premier portrait cinématographique dirigé par Just Jaeckin en 1977, la proxénète mondaine est à nouveau mise en scène, cette fois par Sylvie Verheyde (Sexdoll, Confessions d’une enfant du siècle, Stella). Avec Madame Claude, elle interroge sur l’état de notre société et sur la place de la femme dans la France de Pompidou. Et si elle demeure aujourd’hui encore une figure d’émancipation, elle dévoile aussi sa part de monstruosité.

Bande-annonce

2 avril 2021 (Netflix) – Avec Karole RocherRoschdy ZemGarance Marillier