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ASPHALTE

Sur la route des vacances, un événement va bouleverser la vie de plusieurs personnes.

Critique du film

Tourné à peu près au même moment que Le Grand embouteillage de Luigi Comencini, le film de Denis Amar s’en éloigne par son traitement et son caractère inclassable. Autant le film de Comencini  s’inscrivait dans le genre bien rôdé de la comédie italienne, autant Asphalte se démarque de tous les films français de cette époque et peut difficilement être rangé dans un style bien précis, bien délimité. Il flirte avec le fantastique, plus par son traitement que par les événements qu’il décrit – même si on entend un extrait du journal télévisé qui annonce des faits inexpliqués et inquiétants en rapport avec des accidents et des accès de violence. De même, on apprend dans une scène d’hôpital qu’une pénurie de sang risque de contraindre la France à passer commande à la Suisse. 

Le sentiment d’étrangeté qui naît de ce premier long métrage, réalisé en 1980, doit beaucoup à la photographie de Robert Fraisse qui nimbe le film dans une ambiance onirique, irréelle – le personnage de Carole Laure dit dès le début qu’elle n’arrive pas à se réveiller. On pourrait être dans un rêve et plus précisément dans un cauchemar avec ce personnage du « cousu » un voyeur qui harcèle l’héroïne, ces accidents spectaculaires, très bien réalisés – les cascades furent exécutées par Rémy Julienne – ou le personnage de Jean-Pierre Marielle dont l’intérêt quasi exclusif pour sa voiture et ses vacances dont il ne veut pas perdre une miette pourrait bien entraîner un drame. Ce sentiment vient aussi de la musique de Laurent Petitgirard, mélodieuse souvent mais qui prend parfois des accents inquiétants lors de certaines scènes.

Le cinéma français a rarement abordé le genre fantastique, on peut citer France Société Anonyme (édité lui aussi dans la collection MAKE MY DAY, couplé avec Hitler connais pas de Bertrand Blier) ou un film comme Demain les mômes de Jean Pourtalé, avec Niels Arestrup, œuvre également rare et qu’on aimerait avoir l’occasion de redécouvrir. Ici, l’inquiétante étrangeté vient directement de la folie des hommes, de leurs obsessions et du quotidien qui dérape. Il se dégage aussi une certaine poésie décalée avec le personnage qui ne veut pas faire attendre ses beaux-parents et qui continue à pied après un terrible carambolage. On sait finalement peu de choses sur les protagonistes, qu’il s’agisse du chirurgien désabusé – Georges Wilson – de l’employé de la casse – Etienne Chicot –  ou du goujat joué par Jean Yanne. Cela n’empêche pas le film de distiller à plusieurs reprises une certaine émotion comme ce passage avec Louis Seigner ou l’annonce que le chirurgien fait au personnage joué par Jean-Pierre Marielle.

Une œuvre à part, envoûtante, qui porte la marque d‘un véritable auteur original et singulier.


Film rare, invisible depuis sa sortie cinéma, Asphalte réédité par Studio Canal dans la collection MAKE MY DAY est disponible en combo DVD/Blu-Ray dès le 24 mars. Une présentation de Jean-Baptiste Thoret  (7 minutes) et un entretien avec Denis Amar (Asphalte revu par Denis Amar : 54 minutes) complètent et enrichissent la vision du film.

PENDANT LE CONFINEMENT / LE COUVRE-FEU, DANS LES SÉANCES BUISSONNIÈRES, UN MEMBRE DE L’ÉQUIPE VOUS RECOMMANDE UN FILM (OU UNE SÉRIE) DISPONIBLE ACTUELLEMENT EN STREAMING LÉGAL, REPLAY OU EN VIDÉO.