MĀRAMA
Dans les landes désolées du Yorkshire du Nord en 1859 à l’époque de l’Angleterre Victorienne, Mary Stevens, une femme māorie en quête de vérité sur ses origines, rejoint le manoir Hawkser. Entre les couloirs lugubres, apparaissent alors d’ancestrales visions qui révèlent peu à peu un mystère terrifiant.
Critique du film
De la critique du consumérisme de Zombie (George A. Romero, 1978) à la satire du racisme étasunien de Get Out (Jordan Peele, 2017), les cinémas d’horreur et fantastique ont toujours été de puissants vecteurs d’expression politique, mettant en avant les angoisses collectives et culturelles de leur époque. Mārama s’inscrit clairement dans cette lignée. D’origine māorie, son réalisateur Taratoa Stappard puise dans l’histoire de son peuple pour construire un premier film sombre et gothique, qui évoque sans détour l’horreur de la colonisation et de l’appropriation culturelle.
Mārama ne dévoile pas immédiatement ses enjeux narratifs. Mieux vaut d’ailleurs en savoir le moins possible sur les ressorts de l’intrigue afin de se laisser happer par ses mystères, subtilement esquissés dès le prologue. Les visions oniriques et cauchemardesques qui rythment cette introduction annoncent la couleur : Mārama sera une quête intime, sensorielle et empreinte de spiritualité, qui ne pourra échapper, en chemin, à une forme de violence crue et sauvage.
Une telle entrée en matière, aussi intrigante sur le fond que soignée dans sa forme, semblait ouvrir la voie à un champ des possibles passionnant pour traiter ses thématiques. La suite se révèle malheureusement en deçà de ces promesses. Hautement influencé par Les Innocents de Jack Clayton, auquel il emprunte de nombreux motifs, Stappard déroule son récit de manière mécanique, cochant ce qui finit par s’apparenter à un cahier des charges un peu vain du film d’épouvante : visions cryptiques répétées, révélations progressives sur le passé familial, personnage antagoniste de plus en plus menaçant…

Le film retrouve toutefois une singularité lorsqu’il mobilise certains concepts spirituels propres à la culture māorie. Les visions qui assaillent Mary ne relèvent jamais du simple ressort horrifique, elles évoquent davantage la figure du kehua, esprit errant revenant guider les vivants. Contrairement aux héroïnes traditionnelles du cinéma d’horreur, Mary ne cherche jamais à fuir ces manifestations surnaturelles. Elle les accepte, les ressent et s’en sert comme d’un fil conducteur pour mettre au jour son histoire familiale et se réapproprier une identité qui lui avait été volée jusqu’alors. Finalement, le fantôme est utilisé ici non pas comme une menace, mais comme un passeur de mémoire, offrant au film une belle allégorie sur sa propre nature, ainsi que sur celle de son auteur.
Mārama demeure un film aux intentions profondément louables, porté par une réalisation élégante, à défaut d’être pleinement inspirée. À l’image de son héroïne, ce récit de réappropriation identitaire semble paradoxalement prisonnier du genre dans lequel il s’inscrit. S’il parvient à raconter son histoire par la mise en scène (l’évolution des costumes portés par Mary, qui traduisent sa révolte à venir, par exemple), Taratoa Stappard peine cependant à dépasser certains tropes attendus et éculés du cinéma horrifique. Cela finit par nuire à la portée dramatique d’un récit dont les problématiques méritaient un traitement moins convenu. Le film ne manque pourtant pas de fulgurances, notamment dans un troisième acte brutal et cathartique, aux accents féministes, qui laisse entrevoir tout ce que le cinéma de Stappard pourrait offrir à l’avenir.
Bande-annonce
22 avril 2026 – De Taratoa Stappard






