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VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER

 1968. Mike, Steven, Nick, Stan et Axel travaillent dans l’aciérie du bourg de Clairton, Pennsylvanie, et forment une bande très liée. À Clairton, les histoires de coeur vont bon train : Steven épouse Angela, bien qu’elle soit enceinte d’un autre, et Nick flirte avec Linda qui semble troubler Mike. Mais cette tranquilité est rattrapée par la guerre du Vietnam lorsque Mike, Steven et Nick sont mobilisés pour partir au combat… 

Full mental jacket.

Michael Cimino a débuté sa carrière de réalisateur en 1974 avec Le Canardeur. Un road-movie d’action dramatique mêlant violence et humour avec le duo Clint Eastwood – Jeff Bridges. La réception du long-métrage, plus que correcte, permettra à Jeff Bridges de recevoir sa deuxième nomination aux Oscars mais surtout à Michael Cimino de se faire repérer pour mettre en scène Voyage au bout de l’enfer.

Voyage au bout de l’enfer – nommé The Deer Hunter en version originale – est un des premiers films américains à revenir sur la Guerre du Vietnam. Cependant, loin de céder aux lois du spectaculaire et du simple film de guerre, le long-métrage de Michael Cimino s’avère être une œuvre psychologique profonde, liant le destin des habitants d’une petite ville de Pennsylvanie à celui du conflit Vietnamien.

C’est grâce à sa construction narrative que Voyage au bout de l’enfer est devenu un des plus grands films de l’histoire du cinéma. Son découpage en trois actes est sa plus grande force et permet d’explorer l’intégralité des phases de la guerre du Vietnam.

Hell’s gate

Il y a tout d’abord sa première partie d’exposition où les déboires quotidiens se mêlent à une amitié profonde, des amours heureux et des rires joyeux. Les visages épanouis de ce groupe d’amis décidés à partir au Vietnam pour tuer l’ennemi, inconscients de l’enfer qui les attend, se teintent alors de la tristesse d’au-revoir bouleversants (des adieux pour certains) lors d’une ultime partie de chasse et d’une séquence de piano douce et mélancolique.

Puis c’est la rupture. Nette. L’émotion et les regards silencieux laissent place à la peur, aux cris, aux vacarmes et à la triste réalité du Vietnam. Un Vietnam qu’ils ne pensaient pas aussi dur et cruel. La monstruosité de cette guerre va vite leur sauter aux yeux à défaut de leur exploser la cervelle dans la séquence emblématique de la roulette russe. Dans cette deuxième partie, Michael Cimino envoie un signal fort en torturant les esprits, non pas en montrant du sang, mais en décrivant cette guerre épuisante, terrifiante, insoutenable et qui rend fou comme une marque indélébile sur la vie de chacun des personnages. À travers la mise en scène, les dialogues et la tension folle parcourant de nombreuses scènes, Michael Cimino réussit à ancrer le spectateur dans cette guerre et à lui faire ressentir son impact psychique.

Enfin, parce qu’il y a un avant et un pendant, il y a également un après. Voyage au bout de l’enfer trouve sans doute le paroxysme de son cheminement psychologique dans son dernier acte. La guerre est terminée, pourtant une lutte silencieuse et cérébrale persiste dans les têtes de ces anciens soldats. La guerre les a changés et, par conséquent, le quotidien de leur proche est aussi bouleversé. L’amour a une saveur différente, la peur n’en a plus, les envies n’ont plus lieu d’être, les pleurs sont contagieux, la folie est permanente, la vie devient insupportable et la mort semble l’unique espoir de retrouver le confort perdu.

Avec cette fresque de près de trois heures illuminée par la photographie de Vilmos Zsigmond, Michael Cimino livre une œuvre marquante, belle, émouvante et traumatisante. La dernière du regretté John Cazale, disparu avant même que l’œuvre soit achevée sur les bancs de montage, mais aussi l’une des premières des longues carrières de Christopher Walken et Meryl Streep. Une énième culte, enfin, pour celle de Robert De Niro.

Avec une telle maestria, Voyage au bout de l’enfer obtiendra ainsi neuf nominations aux Oscars en 1979 et en remportera cinq dont meilleur film et réalisateur. Son succès donnera à Michael Cimino la possibilité de réaliser La Porte du Paradis en totale liberté. Une deuxième fresque culte et inoubliable qui lui fera intégrer, avec le temps, le cercle fermé des légendes du cinéma. Elle signera aussi malheureusement la fin de sa consécration hollywoodienne et le début de son long voyage au bout de l’enfer.




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