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ROUGE

Hong Kong, 1934. Fleur est courtisane dans une maison close fréquentée par la haute société. Lorsqu’elle rencontre un séduisant client du nom de Chan Chen-Pang, le coup de foudre est immédiat. Alors qu’ils souhaitent officialiser leur union, les parents du jeune homme s’y opposent formellement. Les amants décident alors de se suicider ensemble, se promettant de se retrouver dans l’autre monde. Cinquante ans plus tard, en 1987, le fantôme de Fleur revient hanter Hong Kong à la recherche de son amour perdu, aidé dans sa quête par un couple de journalistes…

Critique du film

Troisième réalisation de Stanley Kwan, Rouge, qui suivait donc Amours déchus, fut le premier grand succès public de son metteur-en-scène. Ce long-métrage, produit par Jackie Chan, mêle habilement ambiance surannée d’un époque révolue, vision romantique de l’amour fou qui transcende les époques et la mort et intrigue fantastique. Les changements de tons de Rouge, le passage d’un genre à l’autre, tout cela se fait naturellement. 

L’ambiance de luxe et de sensualité des maisons closes du Hong Kong des années 1930 s’avère parfaitement rendue avec un raffinement extrême. Les décors sont somptueux, tout comme les costumes et la photographie. L’alternance entre passé prestigieux et présent plus terne est un des atouts majeurs du film. Car les années 1930 où se sont connus les deux amants font partie d’une époque révolue de luxe et de préciosité, mais également de passion, d’amour fou, tandis que le Hong Kong des années 1980 voit les précieux vestiges transformés en lieux commerciaux.

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Cette forme de prosaïsme touche aussi les sentiments, la vision de l’amour que partagent les habitants de la ville cinquante ans après le début de cette histoire. Le couple de journalistes, malgré leur altruisme – ils aident le fantôme de Fleur – ne partage pas cette vision de l’amour absolu. Ils reconnaissent eux-mêmes qu’ils n’envisageraient pas le recours au suicide. 

Rouge nous convie donc à une forme de médiation d’une grande poésie sur l’amour absolu, le souvenir mais aussi la trahison et la vengeance. Anita Mui remporta plusieurs prix amplement mérités pour son interprétation intense et nuancée de Fleur, femme intransigeante, amante passionnée, hantée par le souvenir de l’homme qu’elle a passionnément aimé et qu’elle aimerait retrouver. Leslie Cheung est tout aussi touchant en être plus fragile et velléitaire, peut-être, que la femme qu’il aime. Plastiquement très réussi et très émouvant, Rouge est un mélodrame fantastique délicat et précieux.

 


Rouge est visible depuis le 10 avril, dans une superbe restauration 4K, distribué par Carlotta Films dans le cadre de la rétrospective Stanley Kwan.