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L’HOMME QUI TUA DON QUICHOTTE

Émouvant ratage

Toby, un jeune réalisateur de pub cynique et désabusé, se retrouve pris au piège des folles illusions d’un vieux cordonnier espagnol convaincu d’être Don Quichotte. Embarqué dans une folle aventure de plus en plus surréaliste, Toby se retrouve confronté aux conséquences tragiques d’un film qu’il a réalisé au temps de sa jeunesse idéaliste: ce film d’étudiant adapté de Cervantès a changé pour toujours les rêves et les espoirs de tout un petit village espagnol. Toby saura-t-il se racheter et retrouver un peu d’humanité ? Don Quichotte survivra-t-il à sa folie ? Ou l’amour triomphera-t-il de tout ?

Lost in La Mancha.

Enfin ! Après vingt-cinq années de galère et de malchance, voilà que l’inimitable Terry Gilliam a pu enfin montrer au monde entier son adaptation des aventures du chevalier de la Manche ! Aux premiers accords de guitares qui se font entendre alors que l’écran est encore noir, l’émotion est intense pour tous les cinéphiles au fait de l’épopée cauchemardesque qu’a connue la réalisation de ce film maudit. Une persévérance et une ténacité qui, au nom de l’amour que porte Gilliam au septième art, ne peuvent qu’être saluées, ancrant quoi qu’il arrive le film dans l’histoire du cinéma.

Au premier abord, L’Homme qui tua Don Quichotte apparaît comme un autoportrait satirique du cinéaste, tantôt représenté par le personnage d’Adam Driver, jeune réalisateur arrogant et désabusé évoluant au milieu d’hypocrites flatteurs et de producteurs véreux, ou tantôt sous les traits du personnage de Jonathan Pryce, un « Don Quichotte » intoxiqué par son propre rôle, en proie à de multiples rêveries hallucinatoires.

Le rêve comme échappatoire à la platitude et à l’absurdité grotesque du réel est un thème cher à l’univers de Terry Gilliam, et s’incarne ici de façon exponentielle. Or, la chevauchée hallucinatoire du film constitue également sa limite. L’emphase du récit avec le délire de ses personnages s’épuise assez rapidement, servie par une hystérie générale dans le jeu des acteurs/actrices qui tourne un peu à vide. Là où les visages grimaçants et grotesques des personnages de Brazil (1985) offraient au spectateur une impression d’absurdité angoissante, les personnages de Don Quichotte bougent, crient et gesticulent sans véritablement exprimer quoi que ce soit. En outre, beaucoup de scènes s’enchaînent sans imprimer leur singularité et leur intérêt dans l’économie globale du récit. Comme si l’amour de Gilliam pour son film le poussait à le remplir le plus possible, juxtaposant maladroitement les divers périples des deux héros sans prendre le temps de traiter jusqu’au bout les scènes en question. Don Quichotte est donc à la fois expéditif et trop long, victime d’un montage au hachoir voulant tout montrer sans jamais rien développer.

Néanmoins, le film se rattrape dans sa dernière demi-heure, aussi bien au travers de sa mise en scène que dans son propos, renouant avec la pertinence des critiques acerbes, ironiques et désabusées qu’étaient le prologue du Sens de la Vie et Brazil, avec une représentation pinçante d’un cynique milliardaire russe se vautrant dans sa propre ignominie. Gilliam retrouve alors la pleine maîtrise de son sujet, offrant (enfin) au spectateur une nouvelle dimension à son Don Quichotte, réduit jusqu’alors à sa propre hystérie, et devenant de façon émouvante un personnage profondément mélancolique. Au détour d’une scène aussi épique que cruelle, voilà que le personnage de Jonathan Pryce nous émeut, érigeant l’extravagant chevalier de la Manche au rang de rêverie universelle, créatrice d’images et source inépuisable d’imagination.

Car le film de Gilliam, malgré sa maladresse, voire son ratage partiel, n’en reste pas moins un formidable livre d’images, semblable à celui que « Don Quichotte » tient précieusement dans sa besace et qu’il montre à son fidèle compagnon. À ce titre, L’Homme qui tua Don Quichotte est avant tout un hommage émouvant et généreux du cinéaste à la fantaisie créatrice et au nécessaire jusqu’au-boutisme de la vision d’artiste.

La fiche
Don Quichotte affiche

L’HOMME QUI TUA DON QUICHOTTE
Réalisé par Terry Gilliam
Avec Adam Driver, Jonathan Pryce…
Espagne, Grande-Bretagne – Aventure, fantastique

Sortie : 19 mai 2018
Durée : 132 min




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