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ZODIAC

Zodiac, l’insaisissable tueur en série qui sévit à la fin des années 60 et répandit la terreur dans la région de San Francisco, fut le Jack l’Eventreur de l’Amérique. Prodigue en messages cryptés, il semait les indices comme autant de cailloux blancs, et prenait un malin plaisir à narguer la presse et la police. Il s’attribua une trentaine d’assassinats, mais fit bien d’autres dégâts collatéraux parmi ceux qui le traquèrent en vain.
 

L’ombre du doute.

David Fincher était gamin quand un mystérieux meurtrier a commencé à sévir, en 1968, sous le soleil californien. Pour lui, comme pour beaucoup de ses copains, le croquemitaine existait bel et bien et se faisait appeler « le Zodiac ». Sous cet alias, un homme prenait son pied à narguer policiers et journalistes, envoyant dans les commissariats et rédactions messages codés et revendications de crimes. Pendant plus d’une dizaine d’année, son ombre menaçante a plané au dessus de San Francisco sans que personne n’ait pu découvrir qui se cachait sous ce pseudonyme. Sans que personne, non plus, n’ait pu dire avec précision combien de meurtres il a commis de sa main. C’est un euphémisme, le Zodiac a profondément marqué les mémoires américaines et s’est même payé le luxe de s’inviter, d’une certaine manière, dans la culture populaire (c’est lui qui a inspiré le Scorpio de L’inspecteur Harry). Aujourd’hui encore, il passionne toujours une poignée d’individus qui, alors que l’affaire est classée, continuent d’enquêter sur la véritable identité de ce tueur en série.

À sa manière, David Fincher se penche sur ce poids lourds du fait divers américain parce que le cinéma sert aussi à ça : à exorciser un cauchemar d’enfance. Ainsi, le film se place essentiellement du côté de quatre enquêteurs. Deux flics, David Toschi et William Armstrong (Mark Ruffalo et Anthony Edwards), un journaliste, Paul Avery (Robert Downey Jr.) et un caricaturiste, Robert Graysmith (Jake Gyllenhaal), tous deux employés par le San Francisco Chronicle. Ce que saisit la caméra de Fincher, c’est tout autant le processus de leurs propres enquêtes (les découvertes, l’exploitation des indices, les pistes qui s’ouvrent devant eux avant qu’ils ne s’aperçoivent qu’elles ne mènent nulle part ou presque) que leur caractère obsessionnel. Ainsi, le Zodiac, à proprement parler, n’est pas le principal sujet du film qui s’attache avant tout à montrer combien ces quatre hommes ont vu leur vie (familiale, professionnelle…) bouffée, broyée, par la traque de ce criminel. Il s’appuie notamment sur deux bouquins signés Graysmith (Zodiac et Zodiac Unmasked) et présente les événements avec une remarquable minutie (tant dans le souci accordé aux détails du décor qu’au nombre d’éléments informatifs débités à la minute.

David Fincher étire délibérément le récit sur plus de deux heures et trente minutes (Zodiac couvre une période qui s’étend de la fin des années 1960 à 1990) pour bien insister sur l’importance du temps qui passe (et sur celle du temps passé par les protagonistes à enquêter) sans que l’identité du meurtrier ne soit révélée avec certitude. Il réduit aussi le spectaculaire au strict minimum – trois scènes de meurtres d’une véritable violence – pour se concentrer sur le crépusculaire (qui peut être compris au sens psychiatrique, un état crépusculaire se définissant par une obnubilation de la conscience), autrement dit, la traque, à tout prix, de l’insaisissable qui confine à la paranoïa. Une scène en particulier invite le spectateur à ressentir, à son tour, ce climat de soupçon permanent : lorsque Robert Graysmith « visite » un sous-sol et se demande (tout comme le spectateur, donc), si ce n’est pas le Zodiac qui lui fait face. Cette scène, magistrale et flippante, est d’autant plus réussie qu’elle repose sur une économie d’effets et une tension qui va crescendo ainsi que sur un Robert Fleischer tranquillement inquiétant. Une scène, à l’image du long-métrage : porteuse d’une angoisse contenue, d’une menace palpable et habitée par le doute.

La fiche

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ZODIAC
Réalisé par David Fincher
Avec Jake Gyllenhaal, Robert Downey Jr, Mark Ruffalo…
Etats-Unis – Drame, Thriller
Sortie : 17 Mai 2007
Durée : 156 min
 





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