still_QuaidOrsay

QUAI D’ORSAY

3
Futile

ALEXANDRE TAILLARD DE WORMS EST GRAND, MAGNIFIQUE, PLEIN DE CHARISME ET EST ACCESSOIREMENT MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES DE LA FRANCE.

Badinage ministériel

L’humour d’exaspération est un art risqué. Au début, on s’amuse, on rit. Sur la longueur, on n’en peut plus. À l’image de ses personnages qui parlent beaucoup plus qu’ils n’agissent, à l’image de son ministre qui brasse de l’air, Quai d’Orsay ne sert à pas grand chose et se distingue seulement par une forte habilité à enfoncer des portes ouvertes. Si certains observateurs politiques se gausseront très certainement des quelques allusions aux politiciens de l’époque Villepiniste, les spectateurs s’ennuieront assez rapidement devant tant de babillages inoffensifs. Il n’y a effectivement rien de corrosif dans cette adaptation futile du roman graphique de Christophe Blain et Abel Lanzac : aucun véritable propos, des acteurs qui s’éclatent à jouer aux clowns diplomates, un Raphaël Personnaz qui traîne encore son faciès de pauvre minot paumé dans un énième métrage cette année (avec qui couche t’il, franchement ?) et un Thierry Lhermitte qui se régale à nouveau dans le rôle de l’odieux narcisse. Ce dernier s’amuse, en fait des tonnes et déclenche même ça et là quelques sourires. Mais le spectateur, comme le citoyen français à l’époque, ne le suivra guère longtemps. Le personnage original était lui aussi initialement amusant avant de devenir véritablement insupportable. Une caricature de la caricature finalement. Et pas grand chose à se mettre sous la dent dans ce vaudeville qui se contente de nous offrir une visite des coulisses du ministère.

À trop insister sur la dimension grotesque de ses personnages et de tout cet absurde château de cartes, Bertrand Tavernier nous sert finalement un film-cartoon usant sans imagination des mêmes effets. Une adaptation en toc, sans mordant et sans fil conducteur, qui donne l’impression de survoler son sujet, à grands coups de Stabilo (le placement pub est volontaire). Une fiche Bristol plutôt qu’une plongée véritable dans le monde de la diplomatie à la française. C’est peut-être suffisant pour les journées du Patrimoine ou du théâtre de boulevard, ça ne l’est pas pour une oeuvre qui se revendique intelligente. 

La fiche
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QUAI D’ORSAY
Réalisé par Bertrand Tavernier
Avec Raphael Personnaz, Thierry Lhermitte
France – Comédie
6 novembre 2013
Durée : 113 min




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WilyrahCharlotte MENSneil Auteurs de commentaires récents
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neil
Invité
Je m’en fiche que le film se croit ou non intelligent, j’ai ri et puis c’est tout. Le côté appuyé du grotesque ne m’a semblé là que pour renforcer l’aspect graphique de l’adaptation de la BD. Sinon si Raphaël Personnaz veut coucher, je suis preneur.
Charlotte MENS
Invité
Charlotte MENS
Ne préjugez pas de l’avis de tous les spectateurs SVP.
Pour ma part j’ai adoré et, en tant que fonctionnaire de l’administration centrale, je dois dire que c’est assez réaliste.
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[…] l’on se montre indulgent) et une avalanche de navets sans aucune espèce d’intérêt (Quai d’Orsay, Au bonheur des ogres…) ou bien plus banales qu’il n’y paraissait (Gallienne à […]
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[…] qui a été choisi par la profession pour son rôle « à contre-emploi » dans Quai d’Orsay. Un choix compréhensible mais […]